Alors que le Planning familial, né en mars 1956, fête ses 70 ans en 2026, des menaces pèsent sur cette association historique engagée pour l’éducation à la sexualité, le droit à la contraception et à l’avortement, ainsi que la lutte contre les violences et les discriminations visant les femmes et les minorités de genre. En cause notamment, la baisse ou la suppression de financements dans plusieurs territoires, sur fond de pressions conservatrices persistantes.
D’abord appelée La Maternité heureuse, l’association est fondée en 1956 à l’initiative de plusieurs femmes et hommes déterminés à faire évoluer la loi de 1920, qui interdisait la propagande anticonceptionnelle et réprimait l’avortement. Parmi ses figures fondatrices se trouvent la gynécologue Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé (1916-1994) et la sociologue, essayiste et militante féministe Évelyne Sullerot (1924-2017).


En 1960, le mouvement prend le nom de Mouvement français pour le Planning familial, bientôt connu de toutes et tous sous le nom de Planning familial. Au fil des décennies, l’association s’impose comme l’un des grands acteurs des conquêtes sociales et juridiques en matière de libertés reproductives. Elle participe aux combats qui rendent possible la légalisation de la contraception avec la loi Neuwirth de 1967, puis la légalisation de l’IVG avec la loi Veil de 1975. Par la suite, elle soutient les évolutions successives du droit, qu’il s’agisse du remboursement de l’avortement, de l’amélioration de l’accès des mineures, de la suppression de certaines contraintes parentales ou encore de l’allongement des délais légaux.
Mais l’histoire du Planning familial ne se réduit pas à la seule question de l’avortement. Le mouvement porte une vision plus large de l’émancipation, fondée sur l’information, l’écoute, l’autonomie et l’égalité. Il combat les violences faites aux femmes, les contraintes imposées aux corps, les discriminations liées au genre, à l’orientation sexuelle ou à la situation sociale. Il agit aussi contre les inégalités d’accès aux soins, s’engage dans la prévention des infections sexuellement transmissibles et, dès les années 1980, prend part aux mobilisations face au sida, en développant une approche d’éducation populaire et de santé sexuelle attentive aux publics les plus vulnérables.

Au fil du temps, le Planning familial a également élargi son champ d’action. Il accompagne aujourd’hui des personnes très diverses, défend les droits sexuels et reproductifs dans toute leur amplitude, soutient les personnes LGBTQIA+, les personnes en situation d’exil, les victimes de violences sexistes, sexuelles ou intrafamiliales, et prend position sur des sujets contemporains tels que la justice reproductive, la précarité menstruelle, la soumission chimique ou encore la gratuité effective des moyens de contraception. Ses combats débordent ainsi le cadre historique du féminisme pour rejoindre une réflexion plus vaste sur la dignité, la santé, l’égalité et la liberté concrète de disposer de soi.
Le Planning familial continue aujourd’hui de défendre une idée simple et décisive : chaque personne doit pouvoir choisir d’avoir ou non des enfants, et vivre sa sexualité sans violence, sans honte et sans contrainte. Or ce droit demeure inégalement garanti. Les écarts entre territoires, la fermeture ou l’éloignement de certains services, les fragilités économiques, la précarité sociale, les inégalités d’accès aux soins ou à l’information rappellent que les droits inscrits dans la loi ne deviennent pas automatiquement des droits réels dans la vie quotidienne.

Cette actualité prend, en 2025 et 2026, un relief particulier. Dans plusieurs territoires, des baisses de subventions ont été dénoncées, voire des suppressions pures et simples de financements publics. Ces décisions menacent directement l’accueil, l’écoute, les permanences, les actions de prévention et l’accompagnement de terrain assurés par les équipes militantes et professionnelles. À cela s’ajoute un climat d’hostilité plus dur. Des locaux ont été vandalisés ou tagués, des équipes visées par des intimidations, des appels anonymes ou des courriers agressifs. La constitutionnalisation, le 8 mars 2024, de la liberté garantie de recourir à l’IVG n’a donc pas mis fin au conflit culturel et politique autour de l’avortement. Elle en a confirmé l’importance, sans faire disparaître les offensives idéologiques qui continuent de l’attaquer.
Il faut mesurer ce paradoxe. Soixante-dix ans après sa naissance, le Planning familial apparaît à la fois comme une institution historique et comme une vigie toujours exposée. Son ancienneté atteste la profondeur de son action. Sa fragilité actuelle rappelle, elle, qu’aucune conquête n’est jamais entièrement acquise. Dans une société traversée par des tensions conservatrices, des reculs budgétaires et des polarisations croissantes, le maintien de ses missions relève moins du symbole que d’un enjeu démocratique concret.
Malgré les intimidations, les entraves et les fragilisations financières, les équipes du Planning familial poursuivent leur travail. Depuis 1956, l’association n’a cessé de rappeler qu’en matière de sexualité, de maternité, d’avortement ou de santé reproductive, la liberté n’a de sens que si elle peut être effectivement exercée. À 70 ans, le Planning familial n’en a donc pas fini de lutter.

