Le dessin de Matthieu Maudet a une ligne nette, un sens du rythme quasi musical, une tendresse qui ne sucre jamais, et cette capacité rare à parler aux tout-petits sans prendre de gants inutiles ni mettre de majuscules au « message ». Chez lui, l’enfance n’est pas un thème, mais un terrain de jeu sérieux, au sens le plus joyeux du terme.
Né à Nantes, Matthieu Maudet commence comme beaucoup de dessineurs dans les marges, obstinément, pendant que le monde demande d’être sage. Puis il grandit, passe par une école de graphisme, publie sa première BD en 2005, et enchaîne depuis une production impressionnante – autour d’une soixantaine d’albums et de BD jeunesse – chez L’école des loisirs, Frimousse, Milan, Thierry Magnier, Le Seuil, entre autres. Il est aujourd’hui installé à Rennes

Une autre constante traverse son parcours qui est le goût du dialogue. Matthieu Maudet écrit parfois, illustre très souvent, et s’accorde avec des plumes complices (Jean Leroy, Michaël Escoffier, et d’autres) comme on s’accorde en musique pour que l’album se lise d’une traite, mais se relise par petites lampées.

Une grammaire Maudet : clarté, vitesse, précision
Ce qui frappe, au fil de ses livres, c’est une intelligence de la lisibilité. Rien n’est confus, rien n’est démonstratif. Les formes sont franches, les situations immédiates, l’humour est un outil de narration (pas un vernis). Au plan visuel, tout semble conçu pour que l’œil de l’enfant « comprenne » avant même de savoir dire. Au plan narratif, l’efficacité n’empêche jamais la nuance ; un décalage, une inquiétude minuscule, une surprise qui ouvre la page suivante.
Et puis il y a ce sens du tempo. L’art du crescendo, du gag qui revient mais se déplace, du suspense très physique (ça tient, ça glisse, ça craque, ça va tomber… ou pas). Cette mécanique, Matthieu Maudet la maîtrise comme un artisan du rire bref, mais aussi comme un metteur en scène; chaque page est une petite scène qui avance.
Chouette, une balançoire !, le suspense sur un fil
Son dernier ouvrage, Chouette, une balançoire !, illustre cette dramaturgie du minuscule. Le point de départ est désarmant. Une petite araignée fabrique une balançoire grâce à son fil. Forcément, tout le monde veut essayer. Une coccinelle. Une chenille. Puis une fourmi, deux fourmis, toutes les fourmis… et l’album devient un jeu de tension : est-ce que le fil sera assez solide ?
Ce qui est beau, ici, c’est la manière dont l’histoire épouse un plaisir enfantin très pur qui ezst l’envie d’être « avec », de monter à son tour, de ne pas rater la joie collective. Mais l’album glisse aussi, sans insister, vers une petite leçon de monde. Le partage a ses limites matérielles, la fête peut déborder, et l’on apprend à mesurer (poids, place, patience) sans jamais quitter l’amusement. C’est le genre de récit qui fait rire et retenir son souffle dans la même seconde.
Au plan graphique, Matthieu Maudet sert ce mouvement avec une lisibilité redoutable. Chaque nouvel arrivant se comprend instantanément, et l’escalade reste claire, même pour un lecteur de 2 ans. L’album fonctionne comme une comptine visuelle, on anticipe, on répète, on s’étonne, on recommence. Bref; on lit et on joue.

Fiche technique
- Titre : Chouette, une balançoire !
- Auteur : Olivier Dutto
- Illustrations : Matthieu Maudet
- Éditeur : L’école des loisirs
- Collection : Loulou & cie
- Parution : 17 septembre 2025
- Format : tout-carton
- Âge : 2–4 ans
- Pagination : 46 pages
- Prix : 12,50 €
- ISBN / EAN : 9782211346573 (ISBN-10 : 221134657X)
À noter
Une rencontre-dédicace est annoncée au Festival Rue des Livres
