À Saint-Cyr-Coëtquidan, les drones entrent en guerre… et à l’école

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Aériens, terrestres, bientôt maritimes, les drones redessinent désormais en profondeur les conflits contemporains. À l’Académie militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan, à Guer, dans le Morbihan, des officiers en formation testent déjà, en conditions tactiques, des systèmes expérimentaux appelés à transformer le combat de demain.

À Saint-Cyr-Coëtquidan, les drones ne sont plus un simple sujet d’anticipation doctrinale. Ils entrent concrètement dans les scénarios de formation. L’Académie militaire intègre désormais ces technologies à l’apprentissage du commandement, à la compréhension de la menace et à l’appropriation des nouveaux usages tactiques. Reconnaissance, appui logistique, renseignement, mobilité, alimentation énergétique, évacuation ou acheminement de charges : le drone est devenu un outil central du champ de bataille contemporain.

Cette évolution répond à une réalité désormais bien connue des états-majors. Les conflits récents ont montré que les drones, qu’ils soient aériens ou terrestres, jouent un rôle décisif dans la détection, la confirmation d’objectifs, la surveillance d’axes, le soutien aux unités engagées et la réduction de l’exposition directe des soldats.

À Guer, les exercices se déroulent en situation tactique, avec des élèves-officiers placés dans des fonctions de chefs de section. L’enjeu n’est pas seulement de piloter une machine, mais de comprendre comment l’intégrer dans une manœuvre, comment l’exploiter sans désorganiser une unité et comment dialoguer avec les industriels pour faire remonter les besoins du terrain.

Démonstration tactique de drones à Saint-Cyr-Coëtquidan

Ces officiers en formation ne découvrent pas la réalité militaire. Beaucoup ont déjà une expérience du terrain et arrivent avec une culture opérationnelle solide. C’est précisément cette rencontre entre expérience tactique, innovation technologique et réflexion doctrinale qui donne son intérêt au dispositif de Coëtquidan. Les futurs chefs apprennent à exprimer des besoins concrets, tandis que les concepteurs affinent leurs solutions à partir d’usages réels.

Les drones testés à Guer répondent à des missions très diverses. Certains servent d’abord au renseignement et à la reconnaissance, de jour comme de nuit. D’autres sont pensés pour le transport de matériel, le ravitaillement, l’évacuation de blessés ou l’alimentation d’équipements sur le terrain. L’idée n’est pas seulement de voir plus loin, mais d’agir différemment, plus vite, avec moins d’exposition humaine.

Le Dragon P30, un drone aérien orienté logistique

Parmi les matériels observés figure le Dragon P30, un drone aérien capable d’emporter une charge utile allant jusqu’à 30 kilos. Ce type d’appareil intéresse particulièrement les militaires pour des missions logistiques de courte portée : livraison de matériel, transport de médicaments, ravitaillement ponctuel ou dépose de charges dans des zones difficiles d’accès. Dans une guerre de plus en plus mobile et dispersée, ce genre de drone peut contribuer à alléger les risques pesant sur les convois ou les personnels exposés.

Drone Dragon P30
Dragon P30

D’autres variantes plus puissantes sont également évoquées dans l’écosystème industriel lié à ces expérimentations, avec des perspectives allant vers des usages sanitaires, logistiques ou d’appui plus lourds. Mais à ce stade, il convient de distinguer ce qui relève déjà de l’essai concret à Coëtquidan et ce qui appartient encore au domaine du développement ou de la projection capacitaire.

Hermione, un drone terrestre discret et polyvalent

Au sol, les élèves-officiers ont également pu utiliser Hermione, un robot terrestre développé par la société brestoise H2X Ecosystems. Sa particularité tient notamment à sa propulsion électrique à forte capacité, pensée pour offrir une grande discrétion. L’engin peut remplir des missions de renseignement, de transport de matériel et de fourniture d’énergie, en limitant l’exposition directe des soldats.

Hermione n’est donc pas seulement un robot roulant. Il est aussi conçu comme une plateforme énergétique mobile, capable d’alimenter certains équipements ou d’appuyer d’autres systèmes déployés sur le terrain. Équipé d’une remorque, il peut également contribuer au transport de charges, voire participer à l’évacuation de blessés dans certains scénarios. C’est cette logique de polyvalence qui intéresse l’armée de Terre.

Les expérimentations menées à Coëtquidan montrent bien l’évolution de la guerre contemporaine. Le drone n’est plus un simple accessoire technologique ajouté à la marge du combat. Il devient un multiplicateur d’effets, un prolongement du commandement, un relais énergétique, un éclaireur, un vecteur logistique et parfois un outil de protection des combattants.

Cette dynamique s’inscrit aussi dans une logique industrielle de proximité. Plusieurs entreprises de l’Ouest, comme Drone Act à Malestroit ou H2X Ecosystems à Bruz, participent à cet effort d’innovation duale, à la croisée des besoins civils et militaires. Dans le cas de Drone Act, la collaboration avec l’Académie militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan a été formalisée par une convention de partenariat signée à l’automne 2025, autour des enjeux de recherche, de formation et d’innovation liés aux drones et à la robotique au service de la Défense.

Au fond, ce qui se joue à Guer dépasse la seule fascination technologique. Il s’agit de préparer des officiers capables de penser un combat saturé de capteurs, de plateformes autonomes et de systèmes interconnectés. Le champ de bataille change vite. À Saint-Cyr-Coëtquidan, on forme déjà ceux qui devront l’affronter, le comprendre et le commander.

Démonstration finale de drones à l’Académie militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan
Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.