André Malraux. 2026, année d’hommages et un livre pour relire sa vie au miroir de l’art et du sacré

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André Malraux

La France célébrera à la fois les cinquante ans de la disparition d’André Malraux et les trente ans de son entrée au Panthéon. Malraux, une vie au miroir de l’art et du sacré, l’ouvrage de Michaël de Saint-Chéron, paraîtra le 4 mars 2026 chez Actes Sud.

Écrivain, aventurier d’idées, compagnon de la Libération, ministre de l’Information (1945-1946) puis ministre d’État chargé des Affaires culturelles du général de Gaulle (1959-1969), André Malraux (1901-1976) va faire l’objet de nombreux hommages durant toute l’année 2026. Annoncée à l’automne 2025 par la ministre de la Culture, 2026, Année Malraux se déploiera à l’échelle nationale et internationale, avec une programmation pluridisciplinaire destinée à faire réapparaître les multiples visages d’un homme qui, toute sa vie, aura tenté de relier l’action, l’art, la spiritualité et ce qu’il appelait — sans dogme — l’exigence de grandeur.

André Malraux
André Malraux

Placée sous le haut patronage du président de la République et organisée avec le ministère de la Culture, l’Année Malraux annoncée rassemble plus de 130 événements : commémorations officielles, colloques, spectacles, créations audiovisuelles, rencontres pédagogiques, expositions. Le calendrier complet doit être progressivement mis en ligne. À ce stade, plusieurs jalons ont déjà été rendus publics, comme une exposition annoncée au musée d’art moderne André-Malraux du Havre (MuMa), Malraux et l’art moderne — De Degas à Zao Wou-ki (programmée à l’automne 2026), dans une ville où Malraux inaugura l’une des premières Maisons de la Culture, le 24 juin 1961.

Quelques temps forts déjà annoncés

  • Un festival sur le thème « Malraux et l’engagement » à la Maison française de l’Université de New York (NYU).
  • Des textes et ouvrages de Malraux réédités par plusieurs maisons (dont Gallimard, Flammarion, Grasset) — l’occasion de remettre en circulation La Condition humaine (prix Goncourt 1933), mais aussi des titres parfois moins fréquentés.
  • La parution de Malraux, une vie au miroir de l’art et du sacré de Michaël de Saint-Chéron (Actes Sud, 4 mars 2026).

Un essai pour suivre Malraux « de l’intérieur »

Ce nouveau livre de Michaël de Saint-Chéron n’est pas une biographie au sens classique : il propose plutôt une traversée, « pas à pas », des étapes décisives de la vie de Malraux, à travers ses engagements, sa réflexion sur l’art et le Musée imaginaire, mais aussi sa manière singulière d’approcher la transcendance — vécue hors de toute foi établie, dans une tension d’agnostique habité. Il y a, chez Malraux, cette idée obstinée que l’art n’est pas un simple plaisir cultivé, mais une force de relèvement : un moyen de faire surgir, au plan humain, une grandeur insoupçonnée, et de desserrer l’étau du destin.

Fiche pratique : Actes Sud • Collection « Le Souffle de l’esprit » • Sortie : 4 mars 2026 • Format : broché • Pagination : 320 pages • Prix indicatif : 21 € • ISBN : 978-2-330-21856-0.

Repères biographiques : une vie en éclats, une œuvre en tension

André Malraux naît le 3 novembre 1901 à Paris. Ses parents se séparent alors qu’il est enfant ; il grandit surtout à Bondy, entouré du côté maternel. Très tôt, il se forge une culture à la fois vorace et indisciplinée : librairies, bouquinistes, théâtres, expositions, musées. Il fréquente le lycée Condorcet, sans suivre le parcours académique attendu, et entre vite dans le monde de l’édition et des revues, où il croise des figures comme Max Jacob. Il suit aussi, en auditeur, des enseignements au Musée Guimet et à l’École du Louvre : l’art, pour lui, n’est pas un décor — c’est une question existentielle.

En 1923, il part pour le Cambodge. L’épisode — célèbre et controversé — de l’affaire de Banteay Srei (tentative de prélèvement de bas-reliefs) le rattrape brutalement : arrestation, procès, retentissement médiatique. Il en sort transformé, et ces voyages en Indochine deviennent aussi l’un des foyers de son éveil politique : le regard sur le colonialisme, la violence des systèmes, la part d’ombre de « l’aventure » occidentale. Cette expérience nourrit l’un de ses grands romans, La Voie royale (1930), où l’exaltation de l’action se heurte déjà à la question de l’absolu, et à la fragilité des êtres.

Au début des années 1930, Malraux s’engage dans les combats antifascistes, fréquente les milieux proches du Parti communiste et participe à l’élan des intellectuels mobilisés contre la montée des périls. En décembre 1933, il publie La Condition humaine, roman d’action et de fraternité tragique, qui reçoit le prix Goncourt. En janvier 1934, avec André Gide, il intervient dans l’affaire des accusés de l’incendie du Reichstag en adressant une lettre au ministre nazi Joseph Goebbels pour demander la libération de certains prévenus.

Pendant la guerre civile d’Espagne, il organise en juillet 1936 une escadrille républicaine (moins de vingt appareils), bientôt connue comme l’Escadrille André Malraux. Il racontera ce combat dans L’Espoir (1937), puis réalisera en 1938 un film tiré de ce roman, Sierra de Teruel (souvent associé au titre Espoir), présenté en 1939 et frappé par la censure dans un contexte politique explosif.

Mobilisé en 1939, fait prisonnier, puis évadé, il entre ensuite dans la Résistance. Sous le nom de colonel Berger, il participe à l’organisation et à l’unification de maquis dans le Sud-Ouest, est arrêté en 1944, puis libéré à la Libération. Il commande ensuite la Brigade Alsace-Lorraine, engagée dans les combats de l’hiver 1944-1945. Durant ces années, Malraux dit « avoir épousé la France » : formule qui résume, à sa manière, cette alliance entre destin collectif et engagement personnel.

Après-guerre, il devient une figure majeure du gaullisme : ministre de l’Information (1945-1946), puis, plus tard, ministre des Affaires culturelles (1959-1969). À ce poste, il impulse une politique culturelle structurante : Maisons de la Culture, grands chantiers patrimoniaux, essor des expositions ambitieuses, et surtout une loi restée célèbre, la loi Malraux (1962), qui crée les secteurs sauvegardés pour protéger et restaurer les centres historiques. En 1964, il lance l’Inventaire général des richesses artistiques de la France : volonté de connaissance avant même la restauration, comme si l’État devait d’abord apprendre à voir.

Chez André Malraux, le fait religieux n’est ni un héritage docile ni un rejet militant : c’est une question existentielle affrontée à hauteur d’homme. Agnostique, souvent méfiant envers les Églises comme envers les certitudes dogmatiques, il n’a pourtant jamais cessé de scruter ce que les religions ont porté au plan symbolique : une lutte contre le néant, une grammaire de la consolation, une énergie de dépassement. Le sacré, chez lui, ne se réduit pas au culte ; il surgit dans l’expérience de l’art — ce moment où une œuvre arrache l’individu à sa solitude et l’agrège à une communauté de destin, au-delà des siècles. D’où cette conviction, récurrente dans ses essais et ses prises de parole : l’art n’a pas vocation à remplacer Dieu, mais il peut offrir, dans un monde désenchanté, une forme de transcendance sans doctrine, une fraternité de l’esprit qui redonne aux vivants la mesure de ce qu’ils ignorent en eux.

Le 19 décembre 1964, lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon, Malraux prononce un discours devenu l’un des sommets de l’éloquence française du XXe siècle : un hommage à la Résistance, au « peuple de la nuit », et à la dignité retrouvée au cœur même du péril.

André Malraux meurt le 23 novembre 1976 à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, à 75 ans. Il est d’abord inhumé à Verrières-le-Buisson (Essonne). Ses cendres seront transférées au Panthéon le 23 novembre 1996, trente ans avant l’année commémorative qui s’ouvre.

Pourquoi « Malraux » revient maintenant

Ces commémorations ne sont pas seulement un hommage de calendrier. Malraux revient parce que ses obsessions n’ont pas vieilli : comment l’art résiste-t-il au nihilisme ? Qu’est-ce qu’un peuple conserve, au juste, quand il restaure, classe, inventorie ? Comment tenir ensemble l’émotion esthétique, la mémoire historique et l’énergie de l’action ? Dans une époque saturée d’images, son Musée imaginaire — cette idée d’une fraternité des œuvres par-delà les musées, les frontières et les siècles — prend un relief neuf non comme un « concept », mais comme une manière de se réapproprier ce qui nous précède.

Pour autant, il y a quelque chose de terriblement désolant dans cette situation de célébration de Malraux tandis que l’administration culturelle nationale s’est fortement éloignée du sillon de cet héritage, depuis une dizaine d’années, depuis la présidence de François Hollande. Malraux défendait l’idée que la culture est un levier d’émancipation, de dignité et de grandeur pour la nation. Cette perspective de moins en moins comprise se retrouve néanmoins chérie par plusieurs éditeurs de presse de taille moyenne qui placent la culture, la littérature, la pensée critique au cœur de leur projet politico-éditorial comme outil de liberté et de pluralisme. C’est le cas de notre magazine Unidivers qui nourrit une sensibilité politique indépendante, solidaire, écologiste et humaniste, avec un socle de valeurs qui prolonge celui du gaullisme malrausien : primauté de la culture, souveraineté intellectuelle, indépendance face aux pouvoirs économiques et technocratiques, démocratie vivante et pluralisme critique et bienveillant. On notera avec regret que cette perspective est devenue étrangère à la Direction nationale des médias du ministère de la Culture qui lui préfèrent les intérêts de la dizaine de grandes fortunes capitalistes qui contrôlent la presse française (voir notre dossier). 

Parution le 4 mars 2026 : Malraux, une vie au miroir de l’art et du sacré de Michaël de Saint-Chéron (Actes Sud).

Les événements de 2026, Année Malraux doivent être progressivement publiés sur le site du ministère de la Culture.

Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.