Chaque été, Rennes tente autre chose qu’un simple habillage culturel de saison. Avec Exporama 2026, qui se déploie du 18 juin au 20 septembre, la ville ne juxtapose pas des expositions comme on coche des rendez-vous dans un agenda, mais compose un territoire esthétique, intellectuel et sensible où l’art contemporain cesse d’être une enclave pour redevenir une manière d’habiter, de circuler, de regarder.
La sixième édition de ce rendez-vous désormais bien installé rassemble une vingtaine de propositions portées par une vingtaine d’acteurs culturels rennais. Cela fait plus qu’un programme, presque le carte d’un écosystème. Et c’est peut-être là le plus intéressant. Exporama à Rennes ne donne pas seulement à voir des œuvres, mais donne à lire une scène artistique qui se juge moins à son prestige qu’à la qualité de ses circulations, de ses frottements, de ses prises de risque et de ses porosités.
Roger Edgar Gillet, La Criée, le Frac, les Champs Libres : les grands pôles d’une édition ambitieuse
Le Musée des beaux-arts de Rennes tient cette année l’un des temps forts les plus attendus avec Roger Edgar Gillet. La grande dérision, présentée du 27 juin au 20 septembre au quai Zola et à Maurepas. Il y a dans cette rétrospective quelque chose d’une réparation symbolique. Roger Edgar Gillet est de ces artistes majeurs que l’histoire de l’art reconnaît sans que le grand public ne les ait réellement rencontrés. Son œuvre, tendue entre abstraction et figuration, violence intérieure et puissance plastique, mérite cette reprise d’ampleur. Le musée rennais, en lien avec le Musée Estrine de Saint-Rémy-de-Provence, ne se contente pas ici d’exhumer un nom. Il redonne de la place à une peinture inquiète, rugueuse, libre, qui échappe aux classements sages.
Au centre d’art contemporain La Criée, l’exposition Bienvenue à La Criée. 40 ans de création et bien plus encore !, visible du 12 juin au 20 décembre, évite l’écueil de l’autocélébration patrimoniale. Fêter quarante ans d’existence aurait pu conduire à un simple exercice commémoratif. Il n’en est rien. En confiant à treize artistes la réalisation d’œuvres murales appuyées sur l’histoire du lieu, La Criée choisit de faire de son passé une matière active. L’institution y apparaît moins comme un coffre à archives que comme un lieu où les couches de temps continuent de produire des formes. C’est une belle manière de dire qu’un centre d’art ne vaut pas par son ancienneté, mais par sa capacité à rester disponible au présent.

Aux Champs Libres, deux expositions travaillent des registres très différents. La mer jamais ne s’oublie, du 28 avril au 20 septembre, fait dialoguer Anita Conti avec quatre photographes contemporaines. L’ensemble promet un rapport au monde marin qui ne relève ni du folklore ni du simple émerveillement documentaire. La mer y devient mémoire, matière, blessure parfois, immensité toujours. Le monde invisible, présenté du 19 mai au 6 novembre, déplace quant à lui la perception elle-même. En croisant art et sciences, Flavien Théry et Fred Murie ne proposent pas un supplément pédagogique à la création, mais une véritable mise en crise du visible. Le réel y redevient problématique, traversé de forces, de phénomènes, de couches imperceptibles.
Au Frac Bretagne, l’été 2026 s’annonce particulièrement stimulant. L’exposition consacrée à Celina Eceiza dans la Grande Galerie promet une immersion dans un univers où pièces textiles, dessins et sculptures cohabitent au sein d’installations sensibles, traversées par l’invisible, le mythique et le quotidien. Cette œuvre a la délicatesse des choses faites à la main et l’étrangeté des formes qui semblent venir de très loin, tout en restant ancrées dans une expérience concrète. À ses côtés, le Prix du Frac Bretagne – Art Norac, présenté dans la Petite Galerie, rappelle le rôle structurel du Frac dans le soutien à la scène bretonne et dans son inscription internationale. Le Frac n’expose pas seulement des œuvres, il fabrique des trajectoires.
À cela s’ajoutent les accrochages consacrés à Céline Le Guillou et Bruno Munari, ainsi que Beauregard flottant, parcours installé dans le quartier Beauregard, accessible à toute heure à partir du 19 juin pour une durée d’un an. Ce geste de décentrement est important. Il rappelle que l’art contemporain ne doit pas demeurer assigné à des boîtes blanches, mais peut aussi irriguer les quartiers, accompagner les usages, déranger la routine visuelle du quotidien.

L’ancienne prison Jacques-Cartier ou la puissance d’un lieu qui résiste à la neutralisation
Parmi les sites marquants d’Exporama 2026, l’ancienne prison Jacques-Cartier occupe une place à part. Du 19 juin au 26 juillet, elle accueille l’exposition Collection 13 du Fonds communal d’art contemporain, réunissant les œuvres acquises par la Ville de Rennes en 2024 et 2025 auprès de vingt artistes vivant et travaillant à Rennes. Le choix du lieu ne peut être considéré comme un simple contenant spectaculaire. Une prison n’est jamais neutre. Elle impose à toute exposition sa mémoire d’enfermement, ses rémanences institutionnelles, son poids spatial et symbolique.
Présenter là un panorama de la création rennaise contemporaine produit donc davantage qu’un effet de contraste. Cela inscrit les œuvres dans un rapport de tension avec l’architecture, avec l’histoire, avec les imaginaires du contrôle et de la contrainte. Dans un tel espace, les formes respirent autrement. Elles ne se donnent pas comme un décor, mais comme une présence qui résiste, qui occupe, qui reconfigure. Exporama gagne ici en intensité ce qu’il pourrait perdre ailleurs en confort.

40mcube, PHAKT, Lendroit, Oniris, Le M.U.R. : Rennes comme laboratoire diffus
Ce qui fait la valeur profonde d’Exporama, c’est aussi son réseau de lieux associés. Sans eux, l’événement ne serait qu’une vitrine. Avec eux, il devient un organisme. Au 40mcube, s3lf.tech prolonge la réflexion sur les cultures numériques, les usages du web et les effets des outils digitaux sur nos comportements. Émilie Brout et Maxime Marion travaillent depuis longtemps ces zones où l’histoire d’Internet rencontre la critique des interfaces, des automatismes et des fabriques contemporaines de la perception. L’exposition arrive à un moment où cette question n’est plus marginale, mais centrale : comment nos outils nous regardent-ils pendant que nous croyons les regarder ?
Au PHAKT, Sous le gazon viennent les décombres fait exister un point de vue oblique sur les zones pavillonnaires et les friches urbaines. Aux Ateliers du Vent, Hors-sol prolonge le rôle crucial des collectifs dans la scène rennaise. Chez Lendroit éditions, l’exposition déborde le cadre de la galerie pour investir d’anciens panneaux publicitaires, manière très juste de déplacer l’art vers les surfaces mêmes qui structurent notre quotidien visuel. BASALT, avec Le complexe des flûtes sacrées, fait dialoguer les temps longs des objets symboliques et les appropriations contemporaines. Noir Brillant invite Séverine Hubard à travailler in situ dans l’Église, là où l’architecture impose elle aussi un rythme, une verticalité, une mémoire.
Le M.U.R de Rennes confirme de son côté la place du street art et de l’intervention publique dans le parcours général. Entre l’artiste belge JAUNE et Jérôme Mesnager au Couvent des Jacobins, la ville devient surface active, non plus simple support mais scène de visibilité. La Galerie Oniris, qui fête ses 40 ans, rappelle quant à elle qu’Exporama s’appuie aussi sur des fidélités longues, sur des lieux qui ont durablement structuré la relation de Rennes à l’art contemporain. Cette profondeur historique protège l’événement du risque de superficialité estivale.
Informations pratiques :
Exporama 2026
Du 18 juin au 20 septembre 2026
À Rennes, dans toute la ville
Dans le cadre de Cet Été à Rennes
Une vingtaine de propositions artistiques portées par une vingtaine d’acteurs culturels rennais. La majorité des expositions est gratuite ou proposée à petits prix. Le Musée des beaux-arts de Rennes et le Frac Bretagne bénéficient d’un dispositif d’accès gratuit pour les moins de 26 ans, les titulaires de la carte Sortir!, les bénéficiaires des minima sociaux et les personnes en situation de handicap. La plupart des sites sont desservis par le réseau STAR.
Les expositions dans les galeries et lieux associés
- Les Ateliers du Vent – Exposition Hors-sol
Du 11 juin au 12 juillet 2026
Six artistes ont été invités à participer à cette exposition collective, menée par le collectif des Ateliers du Vent en partenariat avec Capsule Galerie et Le Vivarium
- Lendroit éditions
Deux expositions seront présentées à la galerie Lendroit (du 20 juin au 19 septembre) et sur des anciens panneaux publicitaires 4×3, avenue Aristide Briand (Du 1er juillet au 30 septembre)
- BASALT – Exposition Le complexe des flûtes sacrées
Du 19 juin au 2 août 2026
Cette exposition propose de découvrir une sélection d’artistes actuels qui se sont emparés de cet instrument remontant à la nuit des temps.
- PHAKT– Centre Culturel Colombier – Exposition Sous le gazon viennent les décombres
Du 3 juillet au 19 septembre 2026 (fermeture estivale du 10 août au 22 août 2026)
En se mettant dans la peau d’un robot de tonte ou d’une plante rudérale, les artistes Manon Riet & Thomas Portier parcourent les zones pavillonnaires et friches urbaines.
- ilta studio – Exposition Des couleurs et du vent
Du 4 juillet au 30 août
Le designer Victor Guérithault, créateur du Kite Lab, imagine une création autour du vent qui s’adapte à l’Orangerie Est du Thabor.
- Noir Brillant – Exposition In board we trust
Du 13 juin au 30 septembre (pause estivale du 1er au 30 août)
L’association Noir Brillant invite l’artiste Séverine Hubard à investir l’Église avec une œuvre in situ, en dialogue avec l’architecture du lieu, réalisée sur place lors d’une résidence en juin 2026.
- Les Tombées de la Nuit – Colorer la taule
En partenariat avec Teenage Kicks et Spectaculaires
Jeudi 2, vendredi 3 et samedi 4 juillet, à 22h45
Réinterprétation, à la tombée de la nuit, du projet Seconde Pot présenté en juin 2025 par Teenage Kicks et Rennes Ville et Métropole : Colorer la taule est une performance immersive visuelle et sonore créée à l’ancienne prison Jacques-Cartier. - Les Ailes de Caïus – Exposition Where pavement dreams
Du 4 juin 2026 au 31 août
Cette exposition est une exploration photographique de la tension silencieuse entre nature et expansion urbaine à Cesson-Sévigné et qui s’invite également au parc du Thabor.
- Le M.U.R de Rennes
#53 par JAUNE
34 Rue Vasselot – Du 14 juin au 1er septembre
Performance par l’artiste Belge JAUNE.
2 rue d’Echange – Du 6 juin au 15 septembre
Destination Rennes renouvelle au M.U.R. de Rennes la direction artistique du mur du Couvent des Jacobins. Il accueillera une œuvre de l’artiste Jérôme Mesnager.
- Teenage Kicks – Exposition Présage
Du 13 juin au 18 juillet
Jérôme Maillet, artiste visuel nantais, questionne à travers son travail les interactions entre constructions humaines et milieux naturels.
- Galerie Oniris – Exposition Oniris 40 ans
Du 13 juin au 12 septembre
Ouverte en septembre 1986 avec une exposition de François Morellet, la galerie fête en 2026 ses 40 ans !
- Galerie Jonathan Roze – Exposition Ici tout va bien. Nous profitons du paysage
Du 1er juillet au 12 septembre
Cette exposition est consacrée à la carte postale. Une trentaine d’artistes contemporains seront intervenus sur des cartes postales qui leur auront été préalablement envoyées.
- L’Antre Temps – Exposition Symbioses
Du 7 mai au 11 juillet
Cette exposition célèbre la symbiose entre les êtres vivants et la nature, à travers les œuvres de trois artistes : Mahée Auffret, Rocio Araya et Céline Boisgerault.
- Galerie Tami
Du 3 juin au 29 août
Le collectif Becky, qui réunit des artistes émergents autour de la création et diffusion d’art contemporain, a été invité à réaliser cette exposition pour laquelle ils se sont essayés à la céramique, ont choisi une terre pour se rouler dedans avant de la presser et d’imaginer des formes avec.
