Impossible, en cette année, de passer à côté de Lucky Luke, ce cowboy légendaire qui fête ses 80 ans. Éditions, rééditions, expositions… petit florilège des événements à venir.
Octobre 1946. Un cow-boy à la chemise jaune pétante, accompagné de son cheval blanc, voit le jour dans L’Almanach Spirou. Maurice De Bevere, dit Morris, vient de donner naissance, avec les premières planches d’Arizona 1880, à Lucky Luke et à son compagnon Jolly Jumper. C’était il y a 80 ans, un anniversaire rond, parfait pour une célébration en fanfare.
Débutées en 2025 avec Dakota 1880 (voir chronique), album dans lequel Appollo et Bruno évoquaient le cowboy solitaire d’avant Morris, les réjouissances seront nombreuses tout au long de cette année 2026. À commencer par Matthieu Bonhomme, auteur déjà de L’Homme qui tua Lucky Luke et Wanted Lucky Luke. Il revient cette fois avec La Longue Marche de Lucky Luke (1), un western que l’on nous annonce comme une BD « au format CinémaScope, dans lequel la grande aventure se teinte d’humour et de tendresse ». La couverture enneigée et les quelques pages dévoilées promettent une atmosphère hivernale et glaciale à découvrir au milieu du printemps.

Impossible, en cette année anniversaire, que les auteurs Achdé, dessinateur adoubé par Morris avant sa mort, et Jul, qui a repris en 2016 le scénario des « Aventures de Lucky Luke d’après Morris », soient absents. Aussi mettent-ils la dernière main à un douzième album, très attendu. Nul doute que cet opus, pour l’instant sans titre et annoncé pour la fin octobre 2026, prolongera le succès d’une série qui a su s’actualiser en s’emparant de sujets de société contemporains.
Pour populariser, si nécessaire, la bande dessinée du compagnon de Rantanplan, quatorze titres seront une nouvelle fois réédités le 13 mai dans une version souple et à un prix modique de 6,90 euros, permettant à un jeune public de mieux connaître l’univers western de Morris. Pour les passionnés, comme ce fut déjà le cas avec les aventures de Spirou et Fantasio par Franquin, une réédition prestigieuse verra le jour en fin d’année. Belle habitude réservée aux œuvres majeures de la bande dessinée, le trait sera entièrement restauré à partir des planches originales et publié dans un format agrandi. Un futur cadeau de Noël pour les amateurs.
Dans le même registre paraîtra une monographie consacrée à Morris, dont on nous promet « une iconographie exceptionnelle », « fruit de plus de dix années de recherche ». Un ouvrage qui s’adresse aux lecteurs confirmés, pour ne pas écrire « anciens », mais aussi aux plus jeunes désireux de découvrir les origines de leur passion. De nombreuses expositions seront également proposées en France, à Amiens, Saint-Malo et au Havre, mais aussi à l’étranger, sans oublier une apparition très attendue sur les écrans de télévision. Diffusée au printemps 2026, d’abord en exclusivité sur Disney+, puis sur France Télévisions, la série Lucky Luke donnera le visage de l’acteur Alban Lenoir à notre cowboy préféré.
Heureux hasard ? Cette série est justement le thème de la BD publiée le 27 février, qui inaugure cette année anniversaire. Bouzard raconte, dans son dernier album, L’Homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre, les coulisses du tournage de la série dans le fameux désert de Tabernas, en Andalousie, où furent notamment réalisés plus de 300 films, parmi lesquels des œuvres de Sergio Leone, mais aussi Cléopâtre, Lawrence d’Arabie ou Les Pétroleuses.

Confier un journal de tournage à Bouzard, c’est prendre un risque démesuré de la part de l’éditeur, qui devine bien que le dessinateur, au fil des pages reçues à la rédaction, ne livrera pas exactement une chronique quotidienne objective, mais plutôt, comme l’écrit le producteur Julien Vallespi dans sa préface, « un regard unique sur l’envers du décor, celui d’un auteur qui ne raconte pas le tournage, mais SON tournage ». Il est omniprésent, le dessinateur, voulant se rendre utile, voulant se mettre au premier plan. Il offre ses services à qui le veut bien : « Non, mais c’est si jamais. » Le seul problème, c’est que personne ne veut de ce successeur de « Franquin, Moebius » — si, si, c’est écrit dans la BD, je vous assure. Peu efficace, il va vouloir entretenir des palmiers plantés par Ridley Scott, gérer des chèvres ingérables et garder un avatar de Rantanplan, inutile sur le plateau, mais proposé en bonus dans le « pack animaux ». C’est jouissif, empli d’autodérision et d’un humour potache réjouissant. Silhouette moulée dans une tenue de cowboy achetée à grands frais, de l’éditeur peut-être, Bouzard arpente le plateau de tournage en emmerdeur patenté que tous les participants fuient. Assurément un rôle de composition. Enfin, peut-être. Mais une excellente manière de débuter cette « année Lucky Luke ».
(1) Éditions Lucky Comics. Parution le 17 avril 2026.
L’Homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre. Éditions Dargaud. 80 pages. 17,50 €. Lire un extrait
