À Rennes, le départ annoncé du Printemps Alma marque la fin d’une évidence commerciale

747
printemps rennes alma

La direction des grands magasins Le Printemps a annoncé mardi 7 avril la fermeture de son magasin du centre commercial Rennes Alma ainsi que la suppression de 229 postes dans l’ensemble du groupe, entre les magasins et le siège, rapporté à près de 3 000 emplois.

La célèbre enseigne française, fondée en 1865, invoque dans un communiqué « un ralentissement durable des ventes des biens de consommation », la baisse du pouvoir d’achat, mais aussi la montée en puissance de la mode ultra-éphémère et de la seconde main.

La fermeture annoncée du Printemps de Rennes dépasse le seul sort d’une enseigne. Elle met en lumière une évolution plus large du commerce rennais. Pendant longtemps, on a pu penser qu’une métropole comme Rennes, portée par sa croissance démographique, son attractivité étudiante et son dynamisme économique, offrait un socle suffisamment solide pour préserver ses grandes locomotives commerciales. L’annonce du groupe Printemps vient rappeler que cette solidité ne vaut plus protection automatique.

Il ne faut pas pour autant y voir le signe d’un effondrement du commerce à Rennes. Ce qui apparaît ici, c’est d’abord l’usure d’un certain modèle. Le grand magasin de mode généraliste, ni franchement luxueux ni réellement populaire, installé dans une grande polarité périphérique, se retrouve aujourd’hui pris entre plusieurs pressions. L’essor de l’ultra-fast fashion, la progression de la seconde main, le poids du commerce en ligne et les arbitrages de consommation liés à la baisse du pouvoir d’achat rebattent profondément les cartes. Ce n’est donc pas seulement un magasin qui vacille, mais une formule commerciale qui semble perdre de sa force.

Rennes demeure pourtant un pôle commercial important. Son centre-ville conserve une vraie capacité de résistance, même si la vacance commerciale a progressé ces dernières années. Ce que montrent surtout les données locales, c’est une recomposition du tissu marchand davantage qu’un déclin uniforme. Certains commerces d’habillement reculent, tandis que d’autres activités gagnent du terrain, dans la restauration, les services, la beauté ou l’alimentation spécialisée. Rennes ne cesse pas de commercer. Elle change de visage commercial.

Dans ce contexte, le cas du Printemps prend une portée particulière. Ce qui se fragilise à Alma, ce n’est pas seulement une enseigne, mais une certaine idée du commerce. Celle d’un grand magasin où l’on venait autant pour acheter que pour flâner, comparer, se projeter, éprouver une forme de continuité entre désir, statut social et consommation. Cette promesse subsiste encore dans quelques lieux très singuliers, mais dans une ville comme Rennes elle doit aujourd’hui être beaucoup plus forte pour continuer à s’imposer. Or tout laisse penser qu’à Alma, elle ne suffisait plus.

L’affaire dit aussi quelque chose du centre commercial lui-même. Alma reste un poids lourd régional, un lieu connu, fréquenté, solidement installé dans les habitudes. Mais plusieurs signaux montrent que ses grandes enseignes historiques sont moins inébranlables qu’autrefois. Les difficultés récentes de Carrefour Alma renforcent cette impression. Il ne s’agit pas d’annoncer un déclin brutal du site, mais de constater qu’un cycle s’achève. Même les grands ensembles commerciaux de périphérie, longtemps considérés comme des évidences, entrent à leur tour dans une période d’incertitude.

En somme, la fermeture envisagée du Printemps ne signifie pas que Rennes décroche. Elle montre plutôt qu’un nom prestigieux, une grande surface et une présence ancienne ne suffisent plus à garantir la pérennité d’un commerce. Une enseigne ne tient durablement que si elle correspond encore aux usages, aux attentes et aux manières de vivre de sa clientèle. Ce qui se joue ici, ce n’est pas seulement la disparition possible d’un magasin. C’est la fin d’une certaine évidence commerciale.

Nolwenn Denis
Nolwenn Denis suit les battements de l’Ille-et-Vilaine au plus près du terrain. À Rennes et dans ses environs, elle raconte ce qui traverse un territoire — ses élans, ses fragilités, ses initiatives, ses secousses aussi. Culture, société, environnement, vie locale : son regard s’attache à ce qui fait la texture du quotidien et la singularité bretonne.