Le patrimoine français a la cote. Plusieurs monuments — parisiens, surtout — ont été reproduits aux quatre coins du monde.
À plus de 9 600 km de la Ville lumière, une ville chinoise a même recréé un quartier entier à l’image de Paris. De l’Asie aux États-Unis, en passant par l’Allemagne, la Russie ou le Vietnam, on retrouve un peu partout des fragments de notre capitale…
Derrière ces « copies » se cachent des intentions très différentes : opérations immobilières « à thème », gestes d’admiration (parfois compétitifs), vitrines de modernité, attractions touristiques… et, dans certains cas, héritage direct de l’histoire coloniale. Le goût français, lui, se prête particulièrement à l’exercice : une silhouette suffit (la tour Eiffel), un vocabulaire urbain se reconnaît de loin (façades haussmanniennes), et l’imaginaire fait le reste.
Tianducheng, un « Paris de l’Est » grandeur nature
En Chine, un quartier entier inspiré de Paris a été bâti dans la province du Zhejiang, à l’est du pays, sur le territoire de Hangzhou : Tianducheng (parfois surnommé « Paris of the East »). Le projet, lancé autour de 2007, visait à proposer une expérience urbaine « européenne » sous forme d’ensemble résidentiel. On y trouve une réplique de la tour Eiffel d’environ 108 mètres, des avenues rayonnantes, des façades de style haussmannien, des mises en scène de jardins « à la française » et même des clins d’œil à l’imaginaire parisien (fontaines, statues, perspective monumentale).
Longtemps présenté comme une « ville fantôme » — parce que l’occupation a été faible à ses débuts — Tianducheng s’est peu à peu rempli. Les estimations disponibles évoquent plusieurs dizaines de milliers d’habitants à la fin des années 2010, et le site est devenu un décor prisé : touristes, flâneurs, influenceurs… et jeunes mariés venus immortaliser leur amour dans un Paris sans passeport.


La tour Eiffel et ses cousines
La tour Eiffel, symbole absolu de Paris, a connu une destinée mondiale : on en trouve des répliques ou des structures « à la manière de » en Europe, en Asie, en Amérique… La plupart sont plus petites que l’originale, mais l’une des plus célèbres « dépasse » Paris au sens strict : la Tokyo Tower au Japon. Construite en 1958, cette tour de radiodiffusion culmine à 332,9 mètres, soit environ 9 mètres de plus que la tour Eiffel actuelle. Sa couleur orange et blanche répond à des contraintes de sécurité aérienne, et elle s’est imposée comme un signal de modernité dans le Tokyo de l’après-guerre.




La réplique la plus connue de la tour Eiffel se situe à Las Vegas, dans le Nevada : elle trône à environ 165 mètres de haut au-dessus du casino Paris Las Vegas, accompagnée de plusieurs pastiches parisiens, dont un Arc de Triomphe. L’ensemble a ouvert à la fin des années 1990, avec l’idée de transformer Paris en expérience immersive — version Strip : lumière, spectacle, photo obligatoire.
Petit détail de coulisses souvent raconté : Line Renaud aurait sollicité le maire de Paris de l’époque, Jean Tibéri, afin d’obtenir l’autorisation symbolique de bâtir une tour Eiffel « officielle » à Las Vegas. L’anecdote dit quelque chose d’essentiel : même copiée, la tour Eiffel reste un marqueur d’« origine », et l’aval parisien continue d’avoir valeur de sceau.

Notre-Dame, par effet de miroir
À Covington (Kentucky, États-Unis), la Cathedral Basilica of the Assumption offre un autre type de « copie » : non pas un duplicata strict, mais une inspiration revendiquée. Construite à partir de 1894 (mise en service au début du XXe siècle, chantier interrompu en 1915), elle emprunte à Notre-Dame de Paris un vocabulaire gothique lisible : grande façade, arcs-boutants, gargouilles, élancement de la nef. Les tours projetées n’ont jamais été achevées — ce qui, paradoxalement, accentue encore l’impression de « Notre-Dame en chantier permanent ».


Versailles, l’envie d’être roi
Le château de Versailles a, lui aussi, engendré des « enfants » prestigieux. Sur l’île de Herreninsel, en Bavière, Louis II (admirateur fervent de Louis XIV, et visiteur de Versailles en 1867) lance en 1878 la construction du palais de Herrenchiemsee, conçu comme un hommage démesuré au Roi Soleil. Le chantier restera inachevé à la mort du souverain (1886), mais l’effet recherché est là : un Versailles bavarois où la démonstration de puissance passe par la profusion des décors, la perspective des jardins… et, surtout, une Galerie des Glaces de 98 mètres, plus longue que celle de Versailles (73 mètres).

La Russie impériale s’inscrit dans une logique comparable — avec une nuance d’époque et d’ambition géopolitique. Pierre le Grand revient d’Europe avec l’idée d’une résidence capable d’énoncer la modernité russe à la manière des grandes cours occidentales. À Peterhof, près de Saint-Pétersbourg, les travaux débutent en 1714, et l’ensemble — palais, cascades, jardins — prendra progressivement l’allure d’un « Versailles russe ». Plusieurs architectes et ingénieurs se succèdent, mais l’empreinte française est nette, notamment dans le dessin des jardins, et dans la volonté de mettre en scène le pouvoir par l’eau, la perspective, la fête.

Le « modèle français » en contexte colonial : l’Opéra de Hanoï
À Hanoï, au Vietnam, l’architecture raconte une autre histoire. Le théâtre municipal (souvent appelé « Opéra de Hanoï ») adopte un style néoclassique inspiré de l’Opéra Garnier. Mis en chantier au début du XXe siècle (démarrage en 1901, achèvement généralement daté autour de 1910-1911 selon les sources), le bâtiment illustre une volonté politique : inscrire dans la pierre la présence française, et imposer un paysage urbain où la culture « importée » devient signe d’autorité. Aujourd’hui, l’édifice a changé de rôle et de sens : il est l’un des monuments emblématiques de la ville, chargé d’une mémoire complexe, à la fois artistique, historique et nationale.

Deux Saint-Michel, deux rives
Le Mont-Saint-Michel possède, lui aussi, un « jumeau » de l’autre côté de la Manche : St Michael’s Mount, sur la côte sud des Cornouailles, face à la ville de Marazion. Le parallèle n’est pas seulement esthétique. Le site anglais a été lié à l’abbaye normande du Mont-Saint-Michel dès le Moyen Âge : un prieuré bénédictin y a été établi, et l’île a connu une histoire religieuse et militaire dense (monastère, fortifications, reconversions successives). Aujourd’hui, on y vient pour le château, les vues maritimes, la traversée à marée basse et ce sentiment rare d’entrer dans un paysage « à l’ancienne », où la géographie dicte encore le rythme de la visite.

