Mort d’Allan Lambin en garde à vue à Saint-Malo, ce que le procès des quatre policiers à Rennes doit éclaircir

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Allan Lambin
Allan Lambin (2000-2019)

Ce lundi 19 janvier 2026, le tribunal correctionnel de Rennes juge quatre policiers pour homicide involontaire après la mort d’Allan Lambin, 19 ans, survenue dans la nuit du 9 au 10 février 2019 au commissariat de Saint-Malo.

Pendant près de sept ans, la famille a contesté les récits disponibles et demandé que la chronologie et la surveillance en cellule soient établies avec rigueur. À l’audience, ce sont moins des déclarations générales que des minutes, des rondes, des documents et leur cohérence avec les images qui devraient peser. Pour les proches, il ne s’agit pas de refaire le procès médiatique d’une institution, mais de comprendre comment un jeune homme a pu mourir sous la garde de l’État.

Allan Lambin n’est pas seulement un nom dans une procédure. Après la mort de sa mère, Roseline, emportée par un cancer en 2016, il vivait avec son père, Franck, et travaillait comme livreur dans l’entreprise de celui-ci. Passionné de voitures et de motos, il a été décrit comme un jeune homme heureux dans plusieurs récits publiés depuis 2019. Ce contexte, au plan humain, n’explique rien à lui seul. Il rappelle simplement ce que ce dossier recouvre : une trajectoire interrompue et, depuis, une famille qui réclame une vérité factuelle.

Tout commence loin des prétoires, dans une scène banale qui tourne mal. Le 9 février 2019, Allan Lambin et son père rentrent au camping après une sortie lorsque leur voiture finit dans un fossé, sous une forte pluie. Les secours sont alertés, puis la police intervient. L’interpellation sera décrite, à l’époque, comme « compliquée ». Les versions divergent sur le déroulé de la scène, et c’est l’un des points que le dossier a longtemps tenté de stabiliser.

Conduit au commissariat de Saint-Malo, Allan Lambin est placé en cellule et vu par un médecin à 22 h 40, qui le déclare apte au placement. Dans la nuit, un problème médical est ensuite constaté, et le médecin revient vers 0 h 30. Allan Lambin décède peu après. Plusieurs articles ont également relayé l’existence d’images de vidéosurveillance et d’un rapport de l’IGPN, au cœur des débats sur la surveillance en cellule et sur la rapidité de la prise en charge.

Ce que le procès devra trancher

Le dossier se concentre sur quatre questions, toutes très concrètes :

  • La chronologie minute par minute (interpellation → arrivée → examen médical → malaise → surveillance → alerte).
  • Les obligations de surveillance en cellule, et la manière dont elles ont été tenues, ou non.
  • La cohérence entre récits, documents (dont une fiche de surveillance) et éléments matériels (dont la vidéo).
  • La question pénale centrale : faute / négligence / imprudence, et lien de causalité avec le décès.

Autrement dit, l’audience devra notamment examiner :

  • Qui fixe le régime de surveillance, et sur quels critères (état observé, alcoolisation, agitation, antécédents évoqués) ?
  • Ce que montre la vidéo, et la manière dont chaque partie la lit, au regard du moment où l’état se dégrade.
  • Quels écrits existent (fiche, main courante, traçabilité des passages), qui les remplit, et à quel moment.
  • À quel moment l’alerte aurait dû être déclenchée, selon la partie civile, et à partir de quels signaux.
  • Quels gestes ont été accomplis, quelles décisions ont été prises, et dans quels délais (médecin, secours, prise en charge).
  • Ce que valent les expertises médicales, et la part d’incertitude qui subsiste, le cas échéant.

Comprendre l’homicide involontaire

En droit pénal, l’homicide involontaire ne suppose pas l’intention de tuer. Le tribunal ne juge pas une volonté, il juge un enchaînement : un décès, et l’éventuel manquement qui l’aurait provoqué ou aggravé. Deux questions dominent. Une faute peut-elle être caractérisée, par imprudence, négligence ou manquement à une obligation de prudence ou de sécurité ? Et cette faute a-t-elle un lien de causalité avec le décès, c’est-à-dire a-t-elle joué un rôle déterminant dans ce qui s’est produit ? Enfin, comme plusieurs prévenus comparaissent, la juridiction devra individualiser les responsabilités, car la place de chacun dans la chaîne de décisions n’est pas forcément la même. Ce procès ne dira pas seulement ce qui s’est passé, il dira si, dans cette nuit-là, une obligation n’a pas été respectée.