Paris. La galerie Eric Coatalem expose des toiles des Tiepolo

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L’exposition présente au total cinquante œuvres appartenant aux Tiepolo, le père et ses deux fils : Giambattista (Jean-Baptiste) Tiepolo (1696-1770), le père ; Giandomenico Tiepolo (Jean-Dominique) Tiepolo (1727-1804), et Lorenzo (Laurent) Tiepolo (1736-1776), ses fils. Elle rassemble, les dessins, les eaux-fortes, les peintures et les sculptures de cette famille d'artistes virtuoses au XVIIIe siècle à Venise en Italie. Ils ont été pas moins de 22 collectionneurs à avoir répondu présents et à voir prêté leurs œuvres le temps de cette exposition Les Tiepolo traversent le XVIIIe siècle d’une génération à l’autre, et démontrent la continuité artistique de cette dynastie d’artistes vénitiens. Giambattista Tiepolo vient au monde à Venise le 5 mars 1696. Il est le dernier enfant de Domenico Tiepolo, capitaine d'un navire marchand, et de Orsetta, née Marangon. Il fréquente l'atelier de Gregorio Lazzarini. Il débute dans l’art à l’âge de 19 ans, dans l'église de l'Ospedaletto à Venise, avec le Sacrifice d'Abraham, et le Passage de la mer Rouge. Cette œuvre est applaudie à la foire de San Rocco ; elle se distingue par le style heurté et vigoureux des éléments représentatifs. Inscrit à la Fraglia, corporation des peintres vénitiens, dès 1717, il épouse en 1719 Cecilia Guardi ; il réalise la même année Répudiation d'Agar, sa première œuvre signée et datée ! En 1720, Giambattista Tiepolo crée la Madone du Carmel, puis le Martyre de saint Barthélemy, dans l'église vénitienne de San Stae en 1721 ; son tissu chromatique est plus varié et plus animé. En 1723, il aborde pour la première fois la technique de la fresque, et fait preuve de dureté dans le modelé des formes, en exagérant parfois les effets de perspective. La vocation de l'artiste pour le décor et la recherche des espaces trouve une confirmation dans la Crucifixion en 1723 et dans l'Apothéose de sainte Thérèse, en 1725. Début 1726, il exécute la décoration du palais Sandi à Venise. Il y peint, au plafond, la Force de l'Éloquence… Le 30 août 1727, naît son fils Giandomenico Tiepolo, qui deviendra son collaborateur. Formé dans l'atelier de son père, il est remarqué pour ses prouesses en dessin à l'âge de seize ans. Il a 20 ans, quand sa première œuvre connue Via Crucis est composée de quatorze toiles, exécutée pour l'Oratoire de la Croix de l'église San Polo de Venise. Il réalise Guérison d'un possédé en 1748. Il a 23 ans quand il accompagne son père pour travailler à Würzburg en Allemagne ; il impressionne le prince-évêque qui lui commande deux dessus de porte et une série de tableaux historiques et religieux. A partir de 1757, là où Gianbattista le père traite des thèmes mythologiques et historiques consacrés, Giandomenico le fils dépeint des scènes de genre, représentant la paysannerie de la Vénétie de l'époque, des chinoiseries et toutes sortes de scènes à la fois bucoliques et réalistes. Travaillant toujours aux côtés de son père,il achève huit grandes fresques en clair-obscur, technique à laquelle il excelle toute sa vie, souvent monochromes en trompe-l’œil… Après la mort de son père Giambattista Tiepolo survenue à Madrid en Espagne le 27 mars 1770, Giandomenico Tiepolo est nommé en 1772 maître de l’Académie de Venise, dont il a été un membre fondateur en 1756 ; il en devient le président en 1783. Giandomenico Tiepolo s'éteint le 3 mars 1804 à Venise, à l’âge de 76 ans. Alors que le père Giambattista Tiepolo partage sa vie et son travail entre la ville de Udine et celle de Venise et s'organise pour consacrer les saisons les plus chaudes aux fresques, et les plus froides aux toiles, son second fils Lorenzo Tiepolo vient au monde neuf ans après son frère, le 8 août 1736. À 15 ans, Lorenzo accompagne son père et son frère dans leur séjour à Würzburg, où il a travaillé avec eux sur le cycle des fresques décoratives. En 1762, il quitte définitivement Venise pour accompagner son père à Madrid pour effectuer ses travaux auprès du roi Charles III d’Espagne. Lorenzo Tiepolo peint les fresques d’un plafond du palais royal et un portrait de la famille royale. Au décès de son père, il obtient d’elle, une petite pension jusqu'à sa mort le 2 mai 1776 dans sa 40e année. Giambattista Tiepolo travaille dans plusieurs grandes cours européennes, fait caractéristique de la circulation des artistes dans l’Europe des lumières. Ses œuvres sont représentatives du style rococo ; elles ont fait sa réputation des grands cycles de fresques qu'il a peint à Venise et dans sa région, aussi à Bergame et Milan et hors d'Italie. Il a décoré les palais et les églises, et laissé de nombreux tableaux et esquisses peintes… La peinture des Tiepolo père et fils est essentiellement décorative ; elle reflète et exalte la dernière flambée de ce monde aristocratique ... La galerie Eric Coatalem, fondée en 1986, s’est spécialisée dans les tableaux, les dessins et les sculptures de grands Maîtres allant du XVIIe au XXe siècle. Elle a présenté, entre autres, des expositions monographiques de François Perrier (1594-1649) ; de Louyse Moillon (1610-1696) ; de Charles lebrun ( 1619-1690) ; de François Boucher (1703-1770) ; de Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) ; d’Augustus Wallis (1761-1847), etc… Chaque année, la galerie Eric Coatalem publie un ou deux catalogues avec les nouveautés datant du XVIIe au XXe siècle. Infos pratiques Les Tiepolo

À Paris, la galerie Éric Coatalem réunit les Tiepolo dans une exposition rare consacrée à cette dynastie majeure du dessin vénitien. À découvrir dans le 8e arrondissement jusqu’au 3 avril 2026.

La galerie Éric Coatalem a pris l’habitude de proposer, au fil des ans, des expositions monographiques exigeantes autour des grands maîtres anciens. Avec Les Tiepolo dans les collections privées, elle se tourne cette fois vers une famille d’artistes qui incarne à elle seule une part essentielle de l’élégance vénitienne au XVIIIe siècle. Réunis dans un même parcours, le père, Giambattista Tiepolo (1696-1770), et ses deux fils, Giandomenico Tiepolo (1727-1804) et Lorenzo Tiepolo (1736-1776), composent un véritable théâtre du dessin, où la virtuosité technique le dispute à l’invention poétique.

L’ensemble présenté rassemble une cinquantaine d’œuvres sur papier, prêtées par 22 collectionneurs. Ce choix donne à l’exposition une tonalité particulière. Ici, point de parcours lourdement didactique, mais une traversée sensible de l’esprit Tiepolo, à travers des feuilles rares, précieuses, souvent lumineuses, qui permettent de saisir la liberté du trait, la science du lavis et l’intelligence de la composition chez ces artistes vénitiens. Le dessin y apparaît non comme un simple prélude à la peinture, mais comme un art souverain.

Une dynastie vénitienne au sommet de son art

Chez les Tiepolo, la transmission familiale ne relève pas seulement de l’atelier au sens traditionnel du terme. Elle devient presque un langage commun. Le père invente un univers de fastes, de nuées, d’architectures ouvertes, de figures en mouvement, puis les fils prolongent cet héritage en l’infléchissant chacun à leur manière. Ce qui fascine ici, c’est moins l’idée d’école que celle de circulation. Un geste, une manière d’alléger la forme, de faire respirer l’espace, de donner à une scène religieuse ou profane une grâce théâtrale, passent d’une génération à l’autre sans jamais se répéter tout à fait.

Le visiteur découvre ainsi un monde où l’invention graphique semble inépuisable. Têtes d’étude, scènes pieuses, personnages populaires, compositions allégoriques, fantaisies orientales ou figures de Polichinelle composent un ensemble d’une grande vivacité. L’exposition rappelle surtout combien le XVIIIe siècle italien, trop souvent résumé à un art de décoration mondaine, sait être aussi un art de l’observation, du rythme et de la profondeur psychologique.

Giambattista Tiepolo, l’inventeur d’un ciel vénitien

Né à Venise le 5 mars 1696, Giambattista Tiepolo se forme dans l’atelier de Gregorio Lazzarini. Très tôt, il s’impose par une énergie singulière. Son art combine la puissance héritée du baroque et une légèreté nouvelle, plus aérienne, qui deviendra l’une de ses signatures. Admis à la corporation des peintres vénitiens en 1717, il épouse Cecilia Guardi en 1719. Sa carrière prend alors une ampleur considérable.

Peintre de fresques, décorateur hors pair, dessinateur d’une liberté exceptionnelle, il travaille à Venise, à Udine, à Bergame, à Milan, puis dans plusieurs grandes cours européennes. Sa capacité à ouvrir les plafonds, à faire monter les figures dans une lumière presque surnaturelle, à jouer des raccourcis et des perspectives, en fait l’un des très grands maîtres du XVIIIe siècle. Son œuvre, souvent liée aux commandes religieuses, aristocratiques ou princières, incarne l’un des sommets du rococo européen, sans jamais se réduire à l’ornement. Chez lui, le faste conserve toujours quelque chose de nerveux, parfois même de dramatique.

La Madone du Carmel, œuvre de Giambattista Tiepolo
La Madone du Carmel

Dans le dessin, Giambattista Tiepolo impressionne tout autant. Quelques lavis suffisent à faire naître un volume. Un rehaut de blanc éclaire un visage, un bras, un pan d’étoffe, et toute la feuille s’anime. L’exposition parisienne permet précisément de mesurer ce génie du raccourci, cette manière souveraine de faire tenir le monde en quelques gestes rapides et pourtant très maîtrisés.

Giandomenico Tiepolo, du grand décor à la scène de genre

Né à Venise le 30 août 1727, Giandomenico Tiepolo grandit dans l’atelier paternel, dont il devient l’un des plus proches collaborateurs. Très tôt remarquable par son talent de dessinateur, il participe aux grandes entreprises décoratives de son père, notamment à Wurtzbourg. Mais sa personnalité artistique ne se limite pas à l’assistance filiale. Peu à peu, Giandomenico déploie un univers plus intime, plus narratif, parfois plus ironique aussi.

Là où Giambattista tend vers l’apothéose et les vastes compositions allégoriques, Giandomenico se montre souvent attentif aux scènes de genre, à la vie quotidienne, aux silhouettes populaires, aux chinoiseries, aux épisodes familiers ou bucoliques. Son art, moins solennel, n’en est pas moins subtil. Il regarde davantage la comédie humaine. Il aime le détail, les expressions, les situations, et cette curiosité presque ethnographique donne à ses œuvres une saveur particulière.

Après la mort de son père à Madrid en 1770, Giandomenico poursuit sa propre carrière à Venise. Membre fondateur de l’Académie de Venise, il en devient le président en 1783. Il meurt le 3 mars 1804. Son œuvre apparaît aujourd’hui comme l’un des témoignages les plus singuliers de la transition entre le grand décor du XVIIIe siècle et une sensibilité plus moderne, plus attentive aux marges, aux types sociaux et à la vie concrète.

La guérison du possédé de Gadara, œuvre attribuée à Giandomenico Tiepolo
La Guérison du possédé de Gadara

Lorenzo Tiepolo, l’ombre brillante

Le plus discret des trois, Lorenzo Tiepolo, né à Venise le 8 août 1736, accompagne lui aussi son père et son frère dans les grands chantiers européens, notamment à Wurtzbourg, puis à Madrid. Sa carrière, plus brève, a longtemps été reléguée dans l’ombre des deux autres. Pourtant, les feuilles qui lui sont attribuées montrent un dessinateur d’une grande finesse, sensible aux physionomies, aux attitudes et aux demi-teintes.

Installé en Espagne avec son père auprès de Charles III, Lorenzo participe aux travaux du palais royal. Il meurt prématurément le 2 mai 1776. Cette brièveté même contribue sans doute au charme mélancolique que l’on associe parfois à son œuvre. Dans une exposition comme celle-ci, il ne joue pas le rôle du simple cadet. Il apparaît au contraire comme une voix distincte, plus fragile peut-être, mais d’une vraie élégance.

Tipos populares, feuille associée à l’univers de Giandomenico Tiepolo
Tipos populares

Le dessin comme art souverain

Ce que montre admirablement l’exposition, c’est la centralité du dessin chez les Tiepolo. Non pas un art subalterne, destiné seulement à préparer la peinture, mais un lieu d’invention autonome. Le trait y pense, le lavis y construit, la lumière y décide de tout. On comprend alors pourquoi cette famille occupe une place si importante dans l’histoire de l’art européen. Les Tiepolo donnent au dessin une rapidité et une ampleur qui le portent presque à hauteur de fresque.

On y retrouve aussi ce mélange de magnificence et de théâtre qui caractérise la civilisation vénitienne finissante. Un monde aristocratique s’y reflète encore, certes, mais avec une liberté de ton, une fantaisie et parfois un humour qui empêchent toute lourdeur. Chez Giandomenico notamment, la scène se peuple d’êtres secondaires, de gestes modestes, de figures populaires qui déplacent subtilement le regard. Le grand art y descend parfois de son piédestal, et cela lui va très bien.

Fresque de l’escalier d’honneur de la Résidence de Wurtzbourg par Giambattista Tiepolo
La fresque de l’escalier d’honneur de la Résidence de Wurtzbourg, 1752

Une exposition précieuse dans le paysage parisien

Cette présentation a aussi le mérite de rappeler le rôle singulier joué par les galeries lorsqu’elles travaillent avec exigence historique et sens du regard. En réunissant des œuvres issues de collections privées, la galerie Éric Coatalem donne accès à des feuilles rarement visibles, parfois même inconnues du grand public. Le plaisir de la découverte y rejoint celui de l’étude. Le dessin ancien, loin de toute poussière, retrouve ici sa fraîcheur, sa séduction immédiate, sa mobilité intérieure.

Fondée en 1986, la galerie Éric Coatalem est spécialisée dans les tableaux, dessins et sculptures des maîtres du XVIIe au XXe siècle. Elle s’est imposée par la qualité de ses sélections et par ses expositions monographiques consacrées à des artistes tels que Hubert Robert, Jean-Honoré Fragonard, Anne Vallayer-Coster ou encore Greuze. Avec les Tiepolo, elle confirme une ligne qui associe érudition, rareté et goût très sûr.

Un mot, enfin, sur le plaisir très simple de cette exposition. Elle ne cherche pas l’effet spectaculaire, elle ne s’abrite pas derrière le jargon, elle ne transforme pas l’histoire de l’art en parcours d’obstacles. Elle montre. Et cela suffit largement, tant les feuilles réunies parlent d’elles-mêmes. À Paris, au milieu d’une saison artistique toujours plus chargée, cette halte chez les Tiepolo a quelque chose de rare. Une leçon d’œil, de légèreté et d’intelligence.

Infos pratiques

Exposition Les Tiepolo dans les collections privées
Jusqu’au vendredi 3 avril 2026
Galerie Éric Coatalem
136, rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris
Tél. : 01 42 66 17 17

Ouverture du lundi au vendredi, de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h.
Fermeture le samedi et le dimanche.

Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.