En octobre 2026, la Fondation Cartier pour l’art contemporain consacre l’ensemble de ses nouveaux espaces du Palais-Royal à Ibrahim Mahama (né en 1987 au Ghana) avec The Harvest Season, grande exposition pensée comme une “saison” plutôt qu’un simple accrochage : un cycle, une chaîne de gestes, une économie du temps long. L’artiste ghanéen invite neuf artistes et collectifs, et déploie des œuvres in situ ainsi que des versions inédites de plusieurs installations emblématiques.
Lieu : Fondation Cartier pour l’art contemporain, 2, place du Palais-Royal, 75001 Paris.
Période : octobre 2026.
Le choix du Palais-Royal n’est pas neutre : Ibrahim Mahama travaille depuis toujours avec l’architecture comme avec une peau — à recouvrir, à cicatriser, à faire parler. À Paris, il investit toute la Fondation avec des œuvres conçues pour le lieu, dans un bâtiment pensé pour la transformation et la mobilité : un contexte idéal pour une pratique qui fait de l’installation un organisme, et du visiteur un témoin en mouvement.
The Harvest Season : coudre des idées, transmettre des savoirs, récolter le collectif
Le titre dit l’essentiel. The Harvest Season (“Le temps des récoltes”) évoque la patience : celle des gestes répétés, des matières reprises, des savoir-faire qui s’échangent, de la création qui mûrit avant d’apparaître. Pour cette exposition, Mahama imagine une entité “vivante” en résonance avec les dynamiques des centres d’art qu’il a fondés depuis 2019 à Tamale (nord du Ghana), où l’éducation et le travail collectif occupent une place centrale.
On retrouvera ainsi ce qui fait sa signature : matériaux déclassés, archives, fragments industriels — tout ce que l’économie a relégué — réassemblés pour produire non pas un décor, mais un récit matériel. Mahama annonce également des versions inédites de plusieurs installations majeures, et des œuvres in situ pensées à l’échelle du nouveau lieu.
Ce que Mahama met en tension : travail, circulation, “décroissance”, restitution
Au plan politique, l’œuvre de Mahama traverse les héritages coloniaux et postcoloniaux du Ghana, mais sans assignation folklorique : il part du concret — le travail, la logistique, les infrastructures, les traces — pour interroger des questions contemporaines plus vastes : circulation mondiale des biens, coût écologique, formes d’exploitation, et débats autour de la restitution. Dans ses pièces, les matériaux ne sont jamais “neutres” : ils portent des noms, des usages, des frottements, des voyages, des pertes. Ils deviennent des documents.
Neuf invités : une constellation de filiations, d’alliances et d’histoires partagées
Dans le prolongement de sa méthode collaborative, Ibrahim Mahama convie neuf artistes et collectifs dont les trajectoires dialoguent, par affinités, par transmissions, ou par enquêtes communes :
- James Barnor, photographe ghanéen : témoin des premières années de l’indépendance, fondateur du studio Ever Young à Accra, qu’il a recréé avec Mahama à Tamale.
- Dorothy Akpene Amenuke : figure majeure au Ghana, ancienne enseignante de Mahama, dont la pratique inclut depuis les années 2000 l’usage de sacs de jute.
- Gideon Appah : peinture et archives, avec un travail nourri par des images de l’indépendance du Ghana, entre histoire et onirisme.
- Courage Dzidula Kpodo avec Postbox Ghana : un intérêt partagé pour les archives et les imaginaires de la nation ghanéenne au tournant des années 1950.
- Zohra Opoku : sérigraphies sur tissus recyclés, questionnements identitaires et héritages biculturels (Est allemand / Ghana).
- le CATPC (Cercle d’Art des Travailleurs des Plantations Congolaises, Lusanga, RDC) : un art comme outil de libération, déjà en dialogue avec Mahama autour de sacs de cacao.
- Tjaša Rener : récits individuels et géopolitiques, liés à la relation Ghana / Yougoslavie de Tito dans l’histoire du mouvement des Non-Alignés.
- Feda Wardak : installation au croisement de l’architecture et des infrastructures industrielles, avec un écho aux enjeux extractivistes et aux empreintes coloniales.
Commissariat : Aby Gaye (Ibrahim Mahama) ; Jeanne Barral (artistes invités) ; Chiara Agradi (James Barnor).
Infos pratiques
Exposition : The Harvest Season (“Le temps des récoltes”), Ibrahim Mahama + artistes invités.
Quand : automne 2026 (annonce : octobre 2026).
Où : Fondation Cartier pour l’art contemporain, 2, place du Palais-Royal, 75001 Paris.
Horaires (Fondation Cartier, Paris) : fermé le lundi ; mardi 11h–22h ; mercredi au dimanche 11h–20h.
Tarifs indicatifs : plein 15 € ; réduit 10 €.
Accès : métro lignes 1 et 7 (secteur Palais-Royal / Louvre).
Conseil : privilégiez le mardi soir (fermeture à 22h) pour une visite plus ample, surtout si l’exposition déploie des pièces à grande échelle et des dispositifs immersifs.
