Paris. A Montmartre, le projet d’aire piétonne va devoir encore attendre

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Colère Montmartre

Réduire la place de la voiture sur la butte Montmartre, dans le 18e arrondissement, et créer une aire piétonne au sommet, le projet divise. De sorte que le calendrier se heurte désormais à la séquence électorale des municipales de 2026. Les habitants ne décolèrent pas.

Le sujet de la piétonnisation de la butte Montmartre occupe les esprits du quartier depuis plusieurs années. Il s’inscrit dans le cadre de la démarche Embellir votre quartier, engagée localement en 2022. L’aire piétonne envisagée se concentre principalement autour de la basilique du Sacré-Cœur et doit concerner une vingtaine de voies sur les secteurs les plus fréquentés, touristiques et commerçants.

Colère Montmartre

L’objectif affiché est de transformer l’espace public, réduire les nuisances liées à la circulation, végétaliser et donner davantage de place aux piétons. Dans une aire piétonne, les piétons restent prioritaires ; les véhicules motorisés ne peuvent y circuler qu’à vitesse très réduite (« au pas ») et uniquement pour une desserte locale (pas de transit).

Ces derniers mois, les riverains de la butte Montmartre ont affiché leur colère sur des banderoles et à leurs fenêtres. Une concertation a bien eu lieu du 10 juillet au 15 septembre 2025 sur le périmètre, suivie d’une réunion publique de restitution le 6 novembre 2025. Mais, face aux tensions et aux résultats discutés, la mairie d’arrondissement a indiqué qu’aucune décision définitive ne pourrait être arrêtée avant les élections municipales.

Colère Montmartre

Pourtant, la municipalité continue de présenter la piétonnisation du Haut Montmartre comme un projet structurant, avec la promesse d’un cadre plus apaisé et plus végétalisé. Les éléments régulièrement avancés sont notamment la suppression d’environ 40 % des places de stationnement à l’échelle du secteur (chiffre souvent résumé en près de 700 places), de nouvelles règles de circulation, des limitations de vitesse et, selon les rues, des dispositifs de fermeture (barrières pivotantes sur certains axes, marquage et réglementation ailleurs).

Les habitants, en particulier ceux du Haut Montmartre, reprochent au projet sa méthode et ses conséquences concrètes. Beaucoup affirment ne pas avoir été suffisamment informés, et contestent l’absence de « vote » local au sens strict. Au plan pratique, le nœud du problème est, pour une partie des résidents, la perspective de voir disparaître la quasi-totalité du stationnement public, à l’exception de quelques emplacements dédiés aux personnes à mobilité réduite.

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Autre point de crispation, très concret : l’accessibilité du sommet. Sans stationnement à proximité, certains résidents disent devoir composer avec les nombreux escaliers montmartrois. L’escalier le plus emblématique, du côté du square Louise-Michel / rue Foyatier, compte 222 marches pour rejoindre le haut de la butte ; un effort qui peut devenir éprouvant quand on vieillit, sans compter le portage des courses. Plusieurs habitants ajoutent que leur entourage hésite davantage à venir leur rendre visite pour les mêmes raisons.

Enfin, certains soulignent un effet social. Si le stationnement public disparaît, la location d’une place dans un parking privé peut représenter une dépense mensuelle importante, difficilement supportable pour les foyers modestes. Dans l’argumentaire des opposants, cette transformation accélèrerait un sentiment déjà ancien : celui d’un quartier qui se réorganise d’abord pour les flux touristiques, au détriment de la vie quotidienne des habitants.

Colère Montmartre

Au-delà de la polémique, une chose est certaine. Montmartre cristallise, comme d’autres secteurs parisiens, un affrontement classique entre objectifs de santé publique et d’apaisement urbain, et anxiétés très concrètes d’accessibilité, de stationnement, d’équilibre social et de gouvernance locale. Et, désormais, le dossier se retrouve explicitement rattrapé par l’horizon électoral de 2026.

Colère Montmartre
Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.