Trois ans d’arrêt, des milliers de soudures à reprendre, un constructeur en défaut et une filière énergétique sous tension… L’Unité de valorisation énergétique (UVE) de Villejean, maillon stratégique du réseau de chaleur rennais, entre dans la dernière ligne droite de son vaste chantier de modernisation.
Depuis plus de quarante ans, l’UVE de Villejean transforme les déchets en chaleur pour les habitants. Son arrêt prolongé a fragilisé le réseau de chaleur urbain, pilier de la transition énergétique métropolitaine. Sa remise en service représente donc un enjeu majeur, tant pour la facture des usagers que pour la trajectoire climat de Rennes Métropole.
Des soudures défectueuses au cœur de la crise
Censée incinérer les déchets ménagers résiduels pour fournir une énergie locale et renouvelable, l’UVE de Villejean a été stoppée net en mars 2023. En cause : la découverte de 5 980 soudures non conformes et de collecteurs défaillants sur les chaudières livrées par l’entreprise italienne Ruths. La directive européenne sur les équipements sous pression imposait alors l’arrêt du chantier et une remise aux normes intégrale.
En réponse à ce blocage, Rennes Métropole a notifié en juillet 2024 un marché de substitution à Est Industrie Sentis (souvent mentionnée aussi sous la forme « Est Industries »). L’entreprise a mené un chantier titanesque :
- Reprise des 5 980 soudures non conformes.
- Remplacement de 104 collecteurs (environ 1,2 km au total).
- Reconfiguration des chaudières pour garantir leur sécurité.
Le 5 septembre 2025, l’organisme notifié indépendant TÜV a validé la résistance à la pression de la première chaudière après une épreuve hydraulique spectaculaire : injection d’eau froide sous 138 bars de pression, contre 57 bars en fonctionnement normal. Puis, le 30 septembre 2025, les communications institutionnelles annoncent une étape supplémentaire : les deux chaudières sont certifiées selon les normes européennes.
En parallèle, d’autres chantiers se poursuivent (traitement des fumées, automatismes/commandes, valorisation énergétique, production électrique). La séquence d’essais techniques s’est enclenchée à l’automne 2025, avec le retour attendu des équipes de Veolia en début 2026 pour la maintenance et les tests. La remise en service est toujours annoncée pour l’été 2026.
Mais l’affaire n’est pas close au plan juridique. Le Tribunal administratif a exigé que Ruths fournisse l’ensemble de la documentation technique (plans, notices de fonctionnement, schémas d’exécution). Les documents remis durant l’été 2025 ayant été jugés incomplets, Rennes Métropole a indiqué poursuivre ses démarches pour obtenir les pièces manquantes. En attendant, des sociétés spécialisées travaillent à reconstituer la documentation indispensable à l’exploitation et à la maintenance.
Janvier 2026 : la facture du retard et le bras de fer d’expertises
À mesure que l’échéance de redémarrage se rapproche, l’addition du retard s’invite au premier plan. Fin janvier 2026, le coût induit par l’arrêt (notamment les solutions de substitution et l’export/dérivation de déchets) est repris publiquement à hauteur d’environ 2 millions d’euros par mois, dans un contexte où le calendrier initial accuse environ deux ans et demi de décalage.
Dans le même temps, la bataille se déplace vers le terrain des expertises et de la responsabilité. Un élément nouveau apparaît dans la couverture locale : un rapport d’expertise judiciaire remis en novembre chiffrerait à 25 millions d’euros le préjudice de l’entreprise Ruths. Rennes Métropole met en avant des divergences entre expertises et laisse entendre que les procédures de fond (pénalités, responsabilités, demandes indemnitaires) se joueront pleinement une fois l’équipement redémarré.
Le dossier est également appelé à revenir dans la séquence politique : le conseil métropolitain du 5 février 2026 (séance du budget) est présenté comme un rendez-vous où l’UVE pourrait de nouveau être évoquée.
Qui est Ruths ?
Fondée en Italie il y a plus d’un siècle, Ruths S.p.A. s’est spécialisée dans la conception de chaudières industrielles, d’équipements thermiques et de systèmes de cogénération. L’entreprise intervient en Europe et à l’international dans les secteurs de l’énergie, de l’industrie et des collectivités. À Rennes, Ruths avait remporté le marché de modernisation de l’unité de valorisation énergétique (UVE) de Villejean, un chantier stratégique pour la Métropole. Mais en mars 2023, les contrôles de sécurité ont révélé des malfaçons majeures : près de 6 000 soudures non conformes aux normes européennes de sécurité sous pression.
Depuis, l’entreprise est pointée du doigt pour :
- des manquements techniques graves,
- une documentation incomplète malgré les injonctions de la juridiction administrative,
- des retards considérables, ayant entraîné plus de trois ans d’arrêt de l’usine.
Si Ruths reste un acteur reconnu de l’ingénierie thermique, son image est fortement écornée en Bretagne. À Rennes, son nom est désormais associé à un chantier bloqué, à des surcoûts et à une collectivité obligée d’engager des procédures pour obtenir les documents contractuels indispensables.
Chronologie — UVE de Villejean : trois ans d’arrêt, certifications et relance sous conditions
- Mars 2023 : arrêt du chantier de modernisation.
Découverte de 5 980 soudures non conformes sur les chaudières livrées par l’entreprise italienne Ruths. Suspension du projet. - Avril 2023 – Été 2024 : blocage.
Rennes Métropole engage des discussions avec Ruths et prépare un marché de substitution. - Juillet 2024 : marché confié à Est Industrie Sentis.
L’entreprise est missionnée pour remettre aux normes les chaudières et reprendre l’ensemble des soudures. - Été 2024 – Été 2025 : chantier titanesque.
Reprise des soudures, remplacement de 104 collecteurs (≈ 1,2 km), reconfiguration des chaudières. - Printemps / été 2025 : bras de fer sur la documentation.
La juridiction administrative exige la fourniture de la documentation technique complète ; des remises partielles sont signalées, Rennes Métropole maintient la pression. - 5 septembre 2025 : première certification réussie.
TÜV valide la résistance à la pression de la première chaudière (138 bars testés contre 57 en fonctionnement normal). - 30 septembre 2025 : les deux chaudières certifiées selon les normes européennes.
Étape majeure vers la remise en service. - Automne 2025 : poursuite des essais et des chantiers annexes.
Traitement des fumées, automatismes, valorisation énergétique, préparation des séquences de tests. - Début 2026 : retour attendu des équipes Veolia pour la maintenance et les essais en vue du redémarrage.
- 27 janvier 2026 : la facture du retard est reprise publiquement.
Le coût induit par l’arrêt est évoqué à hauteur d’environ 2 M€ / mois, sur fond de contentieux et de bataille d’expertises. - 5 février 2026 : conseil métropolitain (budget).
Séance annoncée comme un rendez-vous où l’UVE peut refaire surface dans le débat public. - Été 2026 : remise en service prévue de l’UVE de Villejean.
Reprise de l’incinération des déchets et réalimentation du réseau de chaleur urbain en énergie renouvelable locale.
