Peintre, poète, performeur, photographe, musicien, expérimentateur infatigable : Brion Gysin (1916–1986) échappe aux cases autant qu’il traverse les avant-gardes. Le Musée d’Art Moderne de Paris lui consacre enfin une grande rétrospective dans la capitale, avec plus de 140 œuvres réunies autour d’un fil rouge : une création hybride, où l’écriture contamine la peinture, où l’image devient son, et où l’expérience — mentale, corporelle, parfois hallucinée — fait partie de l’œuvre.
Un artiste « protéiforme » du Cut-up à la Dreamachine
Souvent associé à la Beat Generation (et notamment à William S. Burroughs), Gysin est l’un des inventeurs du Cut-up : une méthode de composition qui découpe un texte pour en réassembler les fragments au hasard, afin de faire surgir d’autres sens, d’autres rythmes, d’autres hallucinations de langage. Découverte à Paris à l’automne 1959, cette technique irrigue son œuvre comme une machine à produire des permutations, des glissements, des collisions.
Autre pièce centrale du parcours : la Dreamachine, cylindre rotatif fendu, traversé par une ampoule. Le dispositif, regardé yeux fermés (à travers les paupières), produit des pulsations lumineuses capables d’induire un état de détente et des visions. À la frontière de l’art, de la perception et de la proto-neuroesthétique, la Dreamachine résume l’ambition de Gysin : faire de l’œuvre un outil d’expérience, plus qu’un simple objet.
Un itinéraire entre surréalisme, voyages et scènes underground
L’exposition propose un cheminement à travers les grandes étapes d’un parcours qui aime les marges : le rêve, le surréalisme, les états modifiés de conscience, puis l’impact des voyages et des lieux (au sens géographique autant que mental). Le visiteur traverse ensuite les “ateliers” de Gysin : permutations, dessin, écriture et calligraphie, jeu et performance, puis ses zones plus incertaines — la magie, l’aura, l’ensorcellement — avant de revenir au réel via la photographie et le photomontage, comme autant de preuves de présence au monde.
En contrepoint, le parcours tisse un dialogue constant avec d’autres artistes — proches, complices, héritiers, ou constellations parallèles — parmi lesquels William Burroughs, Françoise Janicot, Bernard Heidsieck, John Giorno, Keith Haring, Patti Smith ou encore Ramuntcho Matta, sans oublier des résonances avec des figures comme Henri Michaux ou Victor Hugo.
Paris, matrice et point d’ancrage
Cette rétrospective dit aussi une histoire parisienne. Gysin séjourne dans la capitale dès les années 1930 (il étudie à la Sorbonne), revient au tournant des années 1960 dans l’atmosphère du Beat Hotel (rue Gît-le-Cœur), puis s’installe à partir du milieu des années 1970 face au Centre Pompidou, où il vivra jusqu’à sa mort en 1986. Peu avant de disparaître, il fait de la Ville de Paris son légataire universel — un geste qui explique la richesse exceptionnelle de la collection Gysin conservée au Musée d’Art Moderne de Paris, socle du projet.
Publié par Paris Musées, le catalogue accompagne l’exposition comme un véritable ouvrage de fond : introduction des commissaires, essais (James Horton, Barry Miles, Olivier Quintyn, Brice Matthieussent), entretien avec le musicien Marc Hurtado, facsimilé d’un journal de voyage (Alamut) et un ensemble de reproductions retraçant le parcours.
Informations pratiques
Exposition : Brion Gysin. Le dernier musée
Dates : du 10 avril au 12 juillet 2026
Lieu : Musée d’Art Moderne de Paris, 11 avenue du Président Wilson, 75116 Paris
Horaires : du mardi au dimanche, 10h–18h ; nocturne le jeudi jusqu’à 21h30
Tarifs : plein 17 € ; réduit 15 €
Tarif combiné avec l’exposition Lee Miller : 18 € / 20 €
Renseignements : 01 53 67 40 00
