Neil Young ouvre ses archives au Groenland et claque la porte d’Amazon

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Neil Young
Neil Young

Cette semaine, Neil Young a décidé d’offrir aux habitants du Groenland un accès gratuit à l’intégralité de son catalogue via Neil Young Archives tout en confirmant le retrait de sa musique d’Amazon Music, qu’il associe à Jeff Bezos et, plus largement, à la politique de Donald Trump.

Dans un message publié sur son site d’archives, Neil Young annonce offrir aux Groenlandais une année d’abonnement gratuite, renouvelable tant que l’on se trouve au Groenland, afin d’accéder à ses enregistrements, ses films musicaux et ses contenus d’archives dans la meilleure qualité disponible. La procédure, telle qu’elle est rapportée, repose sur une condition simple, puisqu’il suffit de disposer d’un numéro de téléphone groenlandais pour activer l’accès.

Il faut insister sur un point, parce que les titres ont pu prêter à confusion. Neil Young ne « donne » pas ses droits d’édition ni la propriété de son catalogue au Groenland. Il ouvre un accès, il met à disposition, il déverrouille un coffre, mais il ne cède pas la clé juridique. C’est un geste de diffusion, pas une donation patrimoniale.

Le choix du Groenland n’est pas décoratif. Depuis plusieurs semaines, l’île, territoire autonome au sein du Royaume de Danemark, s’est retrouvée malgré elle au centre d’une séquence géopolitique inflammable, alimentée par des déclarations américaines sur son « avenir » stratégique. Neil Young dit vouloir adresser un signe de soutien à une population exposée à des pressions et à des menaces qu’il juge injustifiées, et dont il espère alléger le poids, au moins au plan moral, par ce qu’il sait offrir depuis soixante ans, à savoir des chansons, des guitares qui saturent, et une certaine idée de la dignité.

Le geste est évidemment symbolique, mais il est aussi très matériel, car il touche à la manière dont on accède à la musique en 2026, à travers des abonnements, des plateformes et des murs invisibles. En rendant son propre « musée vivant » gratuit pour un territoire donné, l’artiste transforme un outil de monétisation en instrument de solidarité.

Dans le même souffle, Neil Young enfonce un clou ancien. Sa musique ne reviendra pas sur Amazon Music tant que l’entreprise appartiendra à Jeff Bezos, explique-t-il, en appelant ses auditeurs à privilégier les disquaires et les alternatives indépendantes, que l’on parle de vinyles, de CD ou d’achats numériques.

Ce n’est pas la première fois que Neil Young fait de la distribution un terrain politique. Il a déjà retiré son catalogue de Spotify, au moment où il contestait l’hébergement du podcast de Joe Rogan, puis il est revenu quand la situation a évolué. On peut y lire une stratégie par coups de semonce, qui accepte l’inconfort et l’irrégularité, parce qu’elle vise moins la pureté que l’impact, et parce qu’elle rappelle, à chaque épisode, une évidence que l’économie du streaming a tendance à dissoudre, à savoir que l’artiste peut encore dire non.

Ce qui frappe, c’est que l’initiative au Groenland ne ressemble pas à un slogan. Elle tient plutôt d’une « protestation par l’usage », qui ne se contente pas de dénoncer, et qui modifie la circulation réelle des œuvres. En un sens, Neil Young poursuit la logique des chansons qui ont fait de lui une boussole morale pour plusieurs générations, de Ohio à Rockin’ in the Free World, tout en la traduisant dans la langue contemporaine, laquelle est faite de catalogues, de DRM, de boycotts et de services d’abonnement.

On peut juger l’acte modeste face aux forces qui s’exercent sur le Groenland, et il l’est. Mais il dit quelque chose d’assez rare, à savoir qu’un artiste mondialement connu choisit un petit territoire comme destinataire direct d’une attention, non pas pour y vendre davantage, mais pour y offrir. Et, au passage, il rappelle que la musique, quand elle cesse d’être un simple flux, redevient un lien.

Rocky Brokenbrain
Notoire pilier des comptoirs parisiens, telaviviens et new-yorkais, gaulliste d'extrême-gauche christo-païen tendance interplanétaire, Rocky Brokenbrain pratique avec assiduité une danse alambiquée et surnaturelle depuis son expulsion du ventre maternel sur une plage de Californie lors d'une free party. Zazou impénitent, il aime le rock'n roll dodécaphoniste, la guimauve à la vodka, les grands fauves amoureux et, entre deux transes, écrire à l'encre violette sur les romans, films, musiques et danses qu'il aime... ou pas.