Les Nouveautés littéraires de février 2026

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Février est peut-être le mois le plus court de l’année, mais il n’en demeure pas moins gourmand et passionné, rythmé par la Chandeleur et la Saint-Valentin. Et si l’hiver s’attarde encore, c’est l’occasion rêvée de se réfugier dans les livres. Voici donc quelques pistes de lecture à explorer parmi les nouveautés littéraires de ce mois de février.

Révélé au grand public avec Les Yeux de Mona, devenu un succès mondial, Thomas Schlesser nous invite une nouvelle fois à célébrer la beauté du monde. Cette fois, c’est par la poésie qu’il choisit de nous guider. Louis, jardinier hypersensible, voit son arrière-pays provençal dévasté par une tempête, bouleversant son fragile équilibre. Sa route croise alors celle de Thalie, ancienne professeure de français à l’imagination solaire et à l’enthousiasme contagieux. Elle lui propose un pacte singulier : prendre soin de ses oliviers et de ses lauriers-roses en échange de leçons de poésie. Le Chat du jardinier (Albin Michel, 2 février 2026) est un roman délicat et lumineux, un véritable hymne aux mots des grands poètes, à la force de la vie et à la puissance de l’amitié.

Dans La dynamique de l’œuf (Actes Sud, 4 février 2026), Céline Curiol met en scène Lena, ancienne étudiante en philosophie et peintre sur œuf, fraîchement quittée par l’homme avec lequel elle espérait fonder une famille. En mission artistique dans l’étrange château de K., elle fait deux rencontres décisives : un roman écrit par une autrice disparue, Féline Furiol, et une poule nommée Gilda, infatigable couveuse d’œufs. À travers ce récit singulier et résolument féministe, l’autrice interroge la maternité, le désir d’enfant et l’origine de la vie, en revisitant avec audace le paradoxe de la poule et de l’œuf.

Avec Toute la misère du monde (Gallimard, 19 février 2026, lire un extrait),Isabelle Mayault nous plonge au cœur du combat quotidien des demandeurs d’asile. Sayonara, assesseure à la Cour nationale du droit d’asile, est enceinte et mère d’un jeune enfant. Elle tente de préserver un équilibre fragile entre vie professionnelle et vie intime, jusqu’au jour où le témoignage d’une jeune Nigériane vient bouleverser ses certitudes et faire vaciller son existence. En donnant à voir la réalité des audiences où des destins se jouent parfois à quelques mots près, Isabelle Mayault dresse le portrait d’une femme profondément engagée. Un roman puissant sur l’écoute, la responsabilité et la violence feutrée des procédures administratives.

Grande voix de la littérature indienne et figure majeure de l’engagement politique, Arundhati Roy s’est imposée dès Le Dieu des petits riens, Booker Prize 1997. Elle revient aujourd’hui avec un récit autobiographique, Mon refuge et mon orage (Gallimard, 12 février 2026, traduit par Irène Margit, lire un extrait), dans lequel elle revisite son passé et interroge la figure complexe de sa mère. Adulée dans sa région pour avoir fondé une école, cette femme admirable et redoutable fut aussi une mère souvent impitoyable, parfois violente. Un texte intime et lucide, où l’écriture devient un espace de confrontation, de compréhension et de transmission.

Figure montante de la littérature polonaise, Urszula Honek livre avec Les nuits blanches (Grasset, 4 février 2026, traduit par Maryla Laurent, feuilleter) un portrait bouleversant de la campagne polonaise, marquée par la pauvreté et les existences entravées. À travers une galerie de personnages aux destins brisés, elle évite tout misérabilisme et pose sur eux un regard d’une grande tendresse. Entre réalisme cru et échappées oniriques, sa langue poétique parvient à sublimer la dureté du quotidien.

urszula honek nuits blanches

L’Islandaise Kristin Ómarsdóttir propose, avec Les enfants de la forêt aux rennes (Zulma, 5 février 2026, traduit par Christophe Salaün, lire un extrait), une fable contemporaine aussi drôle que grinçante sur l’absurdité de la guerre. Billie et Rafaël, deux adultes désorientés vivant parmi des poupées et des pantins, voient leur solitude troublée par l’irruption de personnages étranges, venus leur rappeler que, derrière la montagne, la guerre n’a jamais cessé. Un roman déroutant, à la fois inquiétant et ludique, qui invite à s’aventurer hors des sentiers battus.

Impossible enfin de passer sous silence la parution d’un recueil posthume de Russell Banks, disparu en janvier 2023. American Spirits (Actes Sud, 4 février 2026, traduit par Pierre Furlan) rassemble trois nouvelles mettant en scène des habitants de petites villes américaines confrontés aux dérives de la politique nationale. Ancrés dans l’histoire et le réel social, ces textes offrent une vision ample et nuancée d’une Amérique en déclin, laissant pourtant affleurer, en filigrane, une forme fragile d’espoir.

Toujours très présente en février, la littérature noire offre elle aussi de belles nouveautés. Le mois débute fort avec Ici (Calmann-Lévy, 4 février 2026), premier volet d’une nouvelle série signée Johana Gustawsson et Thomas Enger. On y découvre Kari Voss, comportementaliste marquée par la perte tragique de son fils. Lorsque deux adolescentes, amies de ce dernier, sont retrouvées assassinées dans une maison de vacances au bord d’un fjord, sa douleur resurgit avec violence. Face aux mensonges et aux silences de tous, Kari se retrouve seule à vouloir faire éclater la vérité.

Direction ensuite le Finistère nord avec La Déferlante (Michel Lafon, 12 février 2026) de Céline Denjean. Lors de l’enterrement d’Alessandro, la haine entre deux familles rivales atteint son paroxysme. Albertina, la mère du défunt, est convaincue que sa belle-fille Cloé, ancienne enfant star devenue actrice reconnue, est responsable du drame. Mais lorsque Cloé est à son tour enlevée, les deux clans basculent dans une spirale de violence dévastatrice, où rancœurs et secrets explosent.

Deferlante celine denjean

Révélé par Chiens des Ozarks, Eli Cranor confirme son talent avec À la chaîne (Sonatine, 5 février 2026, traduit par Emmanuelle Heurtebize). Gabriela et Edwin, d’origine mexicaine, travaillent à la chaîne dans une usine de poulets de l’Arkansas. Animés par l’espoir d’une vie meilleure, ils supportent des conditions de travail et de logement éprouvantes. Mais lorsque Edwin est licencié sans motif, il s’en prend à son directeur et à la jeune épouse de celui-ci. Ce geste déclenche une spirale infernale qui mettra les deux couples face à leurs responsabilités. Un roman profondément humain, d’un réalisme implacable.

Vous êtes peut-être passés à côté lors de leur première parution : plusieurs titres marquants arrivent également en format poche.
Avec Jour de ressac (Folio, 5 février 2026), Maylis de Kerangal signe un roman nostalgique au Havre, ville d’enfance de la narratrice. Convoquée par la police après la découverte d’un corps sur la plage, elle se retrouve confrontée à son passé et aux souvenirs enfouis que fait ressurgir ce retour forcé.

La cité aux murs incertains (10/18, 5 février 2026, traduit par Hélène Morita) permet de redécouvrir Haruki Murakami dans un registre empreint de poésie et de mystère. Une sublime histoire d’amour entre deux êtres en quête d’absolu, mais aussi un hommage délicat aux livres et à ceux qui les protègent, et une parabole troublante sur l’étrangeté de notre époque.

Enfin, couronné de plusieurs prix lors de sa sortie en 2019, L’empreinte (10/18, 19 février 2026, traduit par Héloïse Esquié) d’Alexandria Marzano-Lesnevich est un récit aussi fascinant que dérangeant. Étudiante en droit fermement opposée à la peine de mort, l’auteure voit ses certitudes vaciller lorsqu’elle interroge Rick Langley, condamné pour meurtre. Au fil de son enquête, elle met au jour un lien troublant entre son propre passé et cette affaire criminelle. Une plongée vertigineuse dans les zones grises de la justice, où la vérité se révèle souvent plus complexe — et dérangeante — qu’on ne l’imagine.

Marie-Anne Sburlino
Lectrice boulimique et rédactrice de blog, je ne conçois pas un jour sans lecture. Au plaisir de partager mes découvertes.