C’est reparti pour une année de lecture, et janvier s’annonce particulièrement généreux avec la rentrée littéraire d’hiver. Alors, si le Dry January ne vous tente pas, je vous propose plutôt un Read January. Voici quelques bons crus à savourer sans modération.
Littérature française : les valeurs sûres
Impossible de passer à côté des grands noms de la littérature française, qui continuent de scruter nos failles intimes et collectives.
Avec Je suis Romane Monnier (Gallimard, 15 janvier 2026, feuilleter), Delphine de Vigan signe un roman sensible et frontal sur la mémoire de nos vies, désormais inscrites dans nos téléphones portables.
Dans Hors champ (Buchet Chastel, 2 janvier 2026, feuilleter), Marie-Hélène Lafon nous transporte dans une ferme isolée, sous l’emprise de la violence paternelle. À travers les différents points de vue des habitants, elle balaie cinquante ans d’histoire. Une langue épurée et précise pour dire l’essentiel : les silences familiaux, les vies modestes et la beauté rugueuse du quotidien.
Pierre Lemaitre clôt sa plongée dans les Trente Glorieuses avec Les belles promesses (Calmann-Lévy, 6 janvier 2026, feuilleter). La famille Pelletier avance vers son destin dans un monde en pleine mutation. Un récit ample et maîtrisé, où se mêlent destins individuels et mécanique sociale, porté par un sens du rythme et du romanesque qui fait toute la signature de l’auteur.
Changement de décor avec Une pension en Italie (Julliard, 8 janvier 2026, feuilleter), où Philippe Besson nous emmène en Toscane dans les années 1960. Roman d’atmosphère, solaire et mélancolique, le livre évoque le passé du grand-père de l’auteur, entre souvenirs, regrets et amours anciennes, dans un décor italien hors du temps.


Regards neufs et voix singulières
Les lecteurs curieux pourront aussi se tourner vers des écritures plus contemporaines et singulières.
Avec Les années souterraines (Flammarion, 7 janvier 2026, feuilleter), Hugo Lindenberg revient sur l’enfance, ce chemin semé de ronces dont le narrateur s’est extirpé à la hâte. Un roman d’apprentissage subtil, à hauteur d’adolescence, qui explore les fractures invisibles du monde adulte.
La Brestoise Tiphaine Le Gall signe un texte intime et précis sur l’exil intérieur et la quête d’appartenance. D’ailleurs, ce n’est pas ma maison (La Manufacture de livres, janvier 2026) interroge l’empreinte des lieux : ceux qui nous précèdent, nous façonnent et nous transforment malgré nous.
Inspiré de plusieurs faits divers, Sicario bébé (Rivages, 7 janvier 2026, feuilleter) propose de regarder notre monde à travers les yeux grands ouverts de jeunes gens confrontés au mal, mais portés par une force vitale irrépressible : le désir de vivre. Fanny Taillandier livre un roman frontal et engagé, auscultant la violence contemporaine et ses logiques de domination.

Avec Chimère (POL, janvier 2026, feuilleter), Julie Wolkenstein construit une enquête familiale éclatée, portée par des voix croisées, des lettres, des souvenirs et des confidences. Une formidable exploration de l’emprise et de la filiation, qui traverse les années 1970 jusqu’à nos jours.
Littératures étrangères : le monde sous tension
Les auteurs étrangers mettent en récit un monde inquiet et fragmenté.
Récompensé par le Booker Prize 2025, Chair (Albin Michel, 7 janvier 2026, traduit par Benoît Philippe) de David Szalay décrypte, à travers le personnage d’István, la crise de la masculinité dans un monde dominé par la marchandisation, la performance et l’accroissement des inégalités. Une anatomie implacable de l’homme contemporain.
Plus provocatrice et caustique que jamais, Lionel Shriver livre avec Hystérie collective (Belfond, 8 janvier 2026, traduit par Catherine Gibert) une satire jubilatoire et glaçante d’une Amérique gangrenée par la bien-pensance, le politiquement correct et la cancel culture. Enfants, parents, voisins et collègues sont invités à se dénoncer les uns les autres.
Premier roman salué de toutes parts, Vorace (Noir sur Blanc, 15 janvier 2026, traduit par Lydia Waleryszak, feuilleter) de la poétesse Małgorzata Lebda nous entraîne dans les montagnes polonaises des Beskides. Une jeune femme retourne dans son village pour s’occuper de sa mère malade. Au contact d’une nature fragile et bouleversante, le roman déploie une poésie sombre et envoûtante.


Avec Les jours heureux de l’enfance (Les Argonautes, 9 janvier 2026, traduit par Rose Labourie), Charlotte Gneuss livre une fresque vibrante sur l’atmosphère suspicieuse de Dresde dans les années 1970. Le destin de Karin, seize ans, s’y trouve irrémédiablement bouleversé. Un premier roman d’une grande sensibilité, déjà traduit dans plusieurs langues.
Noir d’hiver : frissons de janvier
Si le noir sera encore plus présent en février, quelques titres méritent déjà toute notre attention.
Dans Le garçon éternel (Calmann-Lévy, 2 janvier 2026), Jérôme Loubry mêle légende locale et réseaux sociaux. Deux adolescents découvrent un cadavre en forêt, tandis qu’un journaliste recueille les mémoires d’un vieil homme. Un thriller psychologique dense, où passé et présent s’entrelacent autour de la mémoire et des traumatismes enfouis.
Charlotte McConaghy signe avec Les fantômes de Shearwater (Gaïa, 7 janvier 2026, traduit par Marie Chabin) un huis clos glacé sur une île perdue de l’océan Austral. Une femme surgit de la tempête, miraculeusement vivante. Qui est-elle ? Que cherche-t-elle ? Un thriller polyphonique et addictif, entre nature sauvage et secrets familiaux.

À propos de Nora (Sonatine, 8 janvier 2026, traduit par Héloïse Esquié), premier roman de Kristin Koval, s’impose comme un roman noir intelligent sur la culpabilité et le regard social.
Enfin, Liz Nugent revient avec La voisine sans histoire (Michel Lafon, 15 janvier 2026, traduit par Manon Malais). Un suspense redoutablement efficace, où les apparences les plus tranquilles dissimulent des vérités bien plus sombres.
Les trois romans poche du mois à ne pas manquer
Pour finir, fouillons dans nos poches et retenons trois indispensables.
Avec La petite bonne (Le Livre de poche, 2 janvier 2026), Bérénice Pichat signe un huis clos magnétique entre une jeune domestique et son maître, dans la France de l’après-Grande Guerre.
Premier roman de Michael Magee, Retour à Belfast (Le Livre de poche, 7 janvier 2026, traduit par Paul Matthieu) suit Sean, jeune étudiant précaire dans le Belfast de 2013, en lutte contre les héritages familiaux, les addictions et une violence endogène.
Enfin, Lars Kepler, maître du thriller psychologique immersif, est au sommet de son art avec L’Araignée (Babel, janvier 2026, traduit par Marianne Ségol-Samoy). L’inspectrice Saga Bauer enquête sur un meurtre macabre dans une petite ville portuaire du nord de Stockholm… sans se douter qu’elle pourrait bien être la véritable proie.


Entrez dans cette nouvelle année avec les meilleures lectures. Bonne année 2026 de la part de l’équipe littéraire d’Unidivers.
