Paris. Les splendeurs du baroque espagnol au musée Jacquemart-André

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splendeurs du baroque

Splendeurs du baroque au Musée Jacquemart-André : Greco, Velázquez et Zurbarán illuminent le Siècle d’or espagnol

Le Musée Jacquemart-André, dans le 8e arrondissement de Paris, consacre jusqu’au dimanche 2 août 2026 une exposition exceptionnelle à l’art baroque hispanique. Intitulée Splendeurs du baroque. De Greco à Velázquez, elle réunit une quarantaine de chefs-d’œuvre issus de la Hispanic Society of America de New York. Greco, Diego Velázquez, Francisco de Zurbarán, Bartolomé Esteban Murillo et plusieurs peintres actifs dans le monde hispanique y composent un voyage rare dans l’un des moments les plus féconds de l’histoire de l’art européen.

Organisée en collaboration avec la Hispanic Society of America, l’exposition permet de découvrir pour la première fois en France un ensemble majeur de peintures conservées par cette institution new-yorkaise. Fondée au début du XXe siècle par le collectionneur et mécène Archer Milton Huntington, la Hispanic Society conserve aujourd’hui un fonds considérable consacré aux cultures hispaniques et lusophones, de l’Antiquité à l’époque contemporaine. Ses collections rassemblent peintures, sculptures, manuscrits, objets d’art, textiles, cartes, photographies et pièces archéologiques.

À travers 45 œuvres environ, le parcours éclaire la diversité du baroque hispanique. Il ne s’agit pas seulement d’une peinture religieuse spectaculaire, nourrie de clair-obscur, de visions mystiques et de ferveur catholique. L’exposition montre aussi la richesse du portrait, la circulation des modèles européens, l’importance des ateliers, le rôle des commandes ecclésiastiques et aristocratiques, ainsi que l’extension de cet imaginaire dans les territoires américains de l’empire espagnol.

Le Siècle d’or espagnol correspond à un moment de tension et d’éblouissement. L’Espagne est alors une puissance impériale, politique et religieuse, mais aussi un territoire traversé par les crises, les guerres, les réformes spirituelles et les contradictions sociales. La peinture baroque donne forme à cette intensité. Elle dramatise les corps, approfondit les regards, fait surgir la lumière des ténèbres, transforme les scènes sacrées en présences immédiates. À Jacquemart-André, cette force visuelle apparaît dans toute sa puissance.

Diego Velázquez, le regard souverain du réel

Diego Velázquez naît à Séville en 1599. Formé très jeune dans l’atelier de Francisco Pacheco, dont il épouse la fille Juana en 1618, il s’impose rapidement comme l’un des grands peintres de son temps. En 1623, il est appelé à Madrid et entre au service de Philippe IV. Il devient peintre de cour, portraitiste du roi et des puissants, mais aussi observateur incomparable des corps, des gestes et des visages.

Diego Velázquez, peinture baroque espagnole
Diego Velázquez, repère iconographique autour de l’œuvre du peintre.

Velázquez commence par une peinture marquée par le naturalisme sévillan et par une attention aux humbles, aux objets et aux scènes de la vie quotidienne. Au fil des années, sa manière se libère. Sa touche devient plus souple, plus vibrante, presque atmosphérique. Il ne peint pas seulement les personnages, mais l’espace qui les entoure, l’air qui circule entre eux, la distance sociale ou psychologique qui les sépare.

C’est cette modernité qui fascinera plus tard les peintres du XIXe siècle, notamment Édouard Manet et les impressionnistes. Chez Velázquez, le portrait n’est jamais une simple image d’apparat. Il saisit une présence. Il donne au modèle une densité humaine, parfois mélancolique, parfois souveraine, toujours troublante. Dans l’exposition, sa présence rappelle que le baroque espagnol ne se résume pas à la dévotion. Il est aussi une formidable école du regard.

El Greco, le feu spirituel des formes

El Greco, de son vrai nom Doménikos Theotokópoulos, naît en Crète en 1541, alors sous domination vénitienne. Formé dans la tradition de l’icône, il assimile ensuite les leçons de la peinture italienne, notamment à Venise et à Rome, avant de s’établir en Espagne. À Tolède, où il trouve ses grands commanditaires, son art prend une dimension singulière, immédiatement reconnaissable.

Ses figures allongées, ses couleurs irréelles, ses ciels tourmentés et ses compositions verticales donnent aux scènes religieuses une intensité presque visionnaire. Chez El Greco, le corps humain semble attiré vers le haut, aspiré par une lumière intérieure. La peinture ne cherche pas seulement à représenter le visible. Elle tente de rendre perceptible l’invisible, la prière, l’extase, la tension de l’âme vers Dieu.

Longtemps regardé comme un peintre étrange, marginal, presque excessif, El Greco est redécouvert au XIXe siècle puis célébré par de nombreux artistes modernes. Son expressivité, ses déformations audacieuses et sa liberté chromatique en feront une figure tutélaire pour plusieurs avant-gardes du XXe siècle. Dans le parcours du Musée Jacquemart-André, il apparaît comme un pont entre l’icône byzantine, la Renaissance italienne et la modernité picturale.

Francisco de Zurbarán, silence, matière et spiritualité

Francisco de Zurbarán naît en 1598 à Fuente de Cantos, en Estrémadure, et meurt à Madrid en 1664. Formé à Séville, il devient l’un des grands peintres religieux du Siècle d’or espagnol. Son œuvre est profondément liée aux commandes monastiques, en particulier celles des ordres dominicain, franciscain et chartreux.

Zurbarán peint des saints, des moines, des martyrs, des vierges et des objets avec une gravité silencieuse. Ses personnages se détachent souvent sur des fonds sombres, dans une lumière nette qui isole les visages, les mains, les étoffes. Le monde semble suspendu. La peinture devient un espace de recueillement. Le blanc d’une bure, le rouge d’un drapé, la rugosité d’un bois, la douceur d’un fruit ou la transparence d’un verre prennent chez lui une intensité presque sacramentelle.

On associe souvent Zurbarán au ténébrisme, cette manière baroque qui accentue les contrastes entre ombre et lumière. Mais son art ne se réduit pas à cet effet dramatique. Il tient aussi à la précision des matières, à la présence muette des objets, à une spiritualité de la simplicité. Ses natures mortes, ses figures de saints et ses images monastiques possèdent une modernité étonnante. Elles semblent presque abstraites par leur rigueur, leur économie et leur puissance de concentration.

Une peinture de l’émotion et de la présence

L’intérêt de l’exposition tient aussi à la mise en regard des tempéraments. El Greco tend les formes vers l’extase. Velázquez observe le réel avec une lucidité souveraine. Zurbarán concentre la lumière dans le silence. Autour d’eux, d’autres peintres prolongent ou déplacent cette aventure visuelle, entre portraits, figures saintes, scènes de dévotion et images venues de l’espace hispanique élargi.

Le baroque espagnol n’est donc pas un style uniforme. Il est un langage de tensions. Tension entre le corps et l’âme, entre la chair et la grâce, entre le pouvoir politique et la ferveur religieuse, entre le spectaculaire et l’intime. Au Musée Jacquemart-André, cette peinture retrouve un écrin particulièrement adapté. Les salons de l’hôtel particulier, eux-mêmes marqués par l’histoire du collectionnisme européen, créent un dialogue discret entre la passion de la peinture ancienne et l’histoire des grands amateurs d’art.

Le Musée Jacquemart-André, une demeure devenue musée

L’exposition prend place dans l’un des plus beaux hôtels particuliers parisiens. Le Musée Jacquemart-André doit son nom à Édouard André, héritier d’une grande fortune du Second Empire et collectionneur passionné, et à son épouse Nélie Jacquemart, artiste peintre reconnue. Ensemble, ils réunissent une collection remarquable, portée par un goût prononcé pour la Renaissance italienne, le XVIIIe siècle français et les grands maîtres européens.

Après la mort d’Édouard André en 1894, Nélie Jacquemart poursuit seule l’enrichissement des collections et l’aménagement de leur demeure du boulevard Haussmann. Elle lègue finalement l’hôtel particulier et l’ensemble des œuvres à l’Institut de France. Le musée ouvre au public en 1913. Plus d’un siècle plus tard, il conserve l’esprit d’une maison de collectionneurs, où les expositions temporaires dialoguent avec les salons, l’escalier d’honneur, les appartements privés et les collections permanentes.

Nélie Jacquemart
Nélie Jacquemart, artiste, collectionneuse et fondatrice du musée par son legs à l’Institut de France.

Infos pratiques

Exposition :Splendeurs du baroque. De Greco à Velázquez

Lieu : Musée Jacquemart-André, 158 boulevard Haussmann, 75008 Paris

Dates : du 26 mars au 2 août 2026

Horaires : lundi, mardi, mercredi et jeudi de 10 h à 18 h ; vendredi de 10 h à 22 h ; samedi et dimanche de 10 h à 19 h

Tarifs : plein tarif à partir de 19 euros, selon les modalités de réservation

Contact : 01 45 62 11 59

Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.