Rennes. Le Petit Bar fermé quinze jours dans le sillage du Ty Anna

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La place Sainte-Anne n’en finit plus de cristalliser, au cœur de Rennes, cette tension devenue familière entre fête urbaine, débordements et réponse préfectorale. Après la fermeture administrative du Ty Anna Tavarn, confirmée par la justice jusqu’au 9 février 2026, c’est désormais le bar voisin Le Petit Bar qui se voit imposer une sanction, annoncée comme une fermeture administrative de quinze jours, à la suite des incidents survenus lors des célébrations du Nouvel An.

La décision s’inscrit dans une séquence très datée, qui démarre dans la nuit du 31 décembre 2025 au 1er janvier 2026 et qui place, à nouveau, le maintien de l’ordre et la responsabilité des établissements au centre d’un débat sensible, où se mêlent l’histoire nocturne d’un quartier, la dynamique de foule et la mécanique juridique de la police administrative.

Une nuit du Nouvel An qui bascule autour de la place Sainte-Anne

Selon les éléments rapportés par plusieurs récits convergents, un regroupement important se forme place Sainte-Anne dans la nuit du Nouvel An, puis la situation dégénère, avec des troubles à l’ordre public qui exigent l’intervention des forces de l’ordre. Au fil de la dispersion, une partie des individus se replie sur les terrasses et à l’intérieur de deux établissements, le Ty Anna et Le Petit Bar, depuis lesquels des violences sont commises contre les policiers, avec jets d’objets et affrontements.

Un point précis revient dans la chronologie relayée : un tir de mortier aurait visé les forces de l’ordre depuis la terrasse du Petit Bar vers 1 h 35 avant une fermeture de l’établissement peu avant 2 h. Dans ce récit, l’évacuation progressive et le rangement du mobilier par les équipes des bars participent au retour au calme, sans empêcher que la nuit serve ensuite de fondement à des décisions administratives lourdes.

La préfecture durcit le ton, la justice valide au moins un volet, celui du Ty Anna

Dans le cas du Ty Anna, le cadre est désormais clair, car il a été discuté devant le juge des référés. Par un arrêté du 7 janvier 2026, le préfet d’Ille-et-Vilaine Franck Robine ordonne une fermeture administrative d’un mois, du 9 janvier au 9 février 2026. Saisi en urgence, le Tribunal administratif de Rennes ne suspend pas la mesure, et rappelle une idée structurante, souvent mal comprise du grand public, selon laquelle l’atteinte à l’ordre public s’apprécie objectivement et peut être jugée « en relation » avec la fréquentation ou les conditions d’exploitation d’un établissement, indépendamment d’une faute intentionnelle de ses responsables.

Cette lecture est décisive, car elle indique la philosophie de l’outil juridique mobilisé, lequel vise d’abord à prévenir la réitération de troubles plutôt qu’à sanctionner pénalement des individus. Autrement dit, au plan administratif, l’établissement peut devenir un « support » de la poursuite de violences, et cela suffit à justifier une fermeture, si l’autorité estime que les conditions sont réunies.

Le Petit Bar, une fermeture annoncée de quinze jours et un angle délicat

Pour le Petit Bar, la fermeture administrative de quinze jours a été notifiée « vendredi dernier » dans les articles parus le 31 janvier 2026. Cette décision a été prise par la préfecture d’Ille-et-Vilaine à la suite des incidents du Nouvel An ainsi que l’existence d’avertissements antérieurs.

Le point le plus sensible, pour écrire juste, consiste à ne pas confondre deux niveaux de réalité. D’un côté, la place Sainte-Anne, espace public, où une dynamique de groupe peut déborder très vite, et dont l’historique récent pèse sur l’appréciation du risque. De l’autre, l’établissement, ses terrasses, son mobilier, ses flux d’entrée et de sortie, et sa capacité, même contrainte, à limiter l’usage de ce qui l’entoure comme projectiles ou comme écran de repli.

C’est précisément cette zone grise qui nourrit l’impression d’une sanction « exemplaire » pour certains, et d’une décision « punitive » pour d’autres. Elle appelle, si l’on veut dépasser la réaction à chaud, un examen des pièces clés, au premier rang desquelles figure l’arrêté visant le Petit Bar, afin d’en connaître la motivation exacte, la durée précise, la base légale explicitement retenue et les voies de recours.

Ce que dit le droit, et pourquoi cela compte pour comprendre la séquence

La fermeture administrative s’inscrit dans une logique de police spéciale des débits de boisson, laquelle permet au représentant de l’État d’ordonner une fermeture temporaire lorsqu’il estime que l’ordre public, la tranquillité ou la sécurité sont menacés, à condition que ces atteintes soient en relation avec la fréquentation de l’établissement ou ses conditions d’exploitation. Dans l’ordonnance rendue pour le Ty Anna, le juge rappelle que l’analyse se fait « objectivement », et que la mesure vise à prévenir la continuation ou le retour de désordres.

En creux, cette jurisprudence locale éclaire le contexte du Petit Bar, même si chaque arrêté doit être examiné pour lui-même. Elle donne aussi la clé d’une incompréhension récurrente puisque le public s’attend souvent à une démonstration de culpabilité, alors que l’administration agit ici au titre de la prévention. Ce qui déplace la discussion vers la proportionnalité de la mesure et la réalité du risque de réitération.

Une place, deux bars, et une question qui dépasse les enseignes

Dans cette histoire, les noms comptent, car ils incarnent une sociabilité de quartier, mais la question de fond est plus vaste. Que fait-on d’une place centrale qui concentre la fête, les frictions et parfois la violence, et dont chaque débordement alimente un cycle où l’État durcit, où les établissements protestent, et où les habitués se divisent entre lassitude et solidarité ? À défaut d’un apaisement durable, le risque est de voir s’installer une gestion par à-coups, faite de fermetures successives, qui laisse intacte la mécanique de la nuit tout en fragilisant les acteurs les plus exposés.

Repères

  • 31 décembre 2025 – 1er janvier 2026 : incidents et heurts autour de la place Sainte-Anne, repli d’une partie des protagonistes sur les terrasses du Ty Anna et du Petit Bar, violences et jets d’objets rapportés.
  • 7 janvier 2026 : arrêté préfectoral ordonnant la fermeture du Ty Anna.
  • 9 janvier – 9 février 2026 : fermeture administrative du Ty Anna, confirmée en référé par le tribunal administratif.
  • Fin janvier 2026 : fermeture administrative du Petit Bar annoncée pour quinze jours.