Rennes 2. Dans le noir et blanc d’Aya Chriki, les images trouvent leur propre voie

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Aya Chriki
© Aya Chriki

L’Université Rennes 2 accueille le travail photographique d’Aya Chriki jusqu’au 18 février 2026. Sur la Mezzanine du bâtiment O, la photographe donne au public le droit de contempler série Le droit des images à l’auto-détermination, des photographies nées par accident, mais porteuses de questionnements personnels et artistiques autour de l’exil.

À l’image d’une photographie qui demande parfois un temps de pose long, la série Le droit des images à l’auto-détermination d’Aya Chriki s’observe dans la durée : les paysages se mêlent, les saisons se confondent, les modèles se côtoient dans un noir et blanc caractéristique d’un travail à l’argentique. Sur la Mezzanine du bâtiment O de l’université Rennes 2, l’étudiante expose avec subtilité et transparence ses questionnements personnels dans la superposition d’images venues d’Égypte, de Tunisie et de France.

aya chikri

Doctorante en thèse, avec EURCAPS (Approche créative de l’espace public), PTAC ainsi que l’ED Alla de Bretagne, Aya Chriki a pris ses premières photographies dès 13 ans. Elles représentaient alors le monde qui l’entourait à cet âge : ses cousines, les plantes chez elle, etc. À 15 ans, alors que la révolution tunisienne éclatait en 2011, les photographes qu’elle observait de loin sont devenus un but à atteindre : « C’est à ce moment que j’ai décidé que je voulais être comme eux ».

Depuis, ses parcours scolaire et géographique ont été, à chaque fois, une nouvelle étape à destination d’une pratique photographique personnelle et intime qui interroge l’exil, le déplacement et l’identité. Après une première année de master à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Sousse en Tunisie, elle est arrivée à Saint-Étienne, en 2020, pour un master en Science de l’art qu’elle a obtenu en 2022. C’est par le biais de l’art vidéo qu’elle débute ses recherches autour de la migration choisie. Sa rencontre avec les œuvres de l’artiste palestino-syrienne Samarra Sallam lui fait prendre conscience de sa propre pratique : « Samarra Sallam est issue d’une famille palestinienne exilée en Syrie depuis l’exode de 1948. Après l’évolution des événements violents en Syrie en 2011, elle s’est exilée en Algérie puis au Danemark. » Dans un aller-retour entre son travail et celui de Samarra Sallam, Aya s’aperçoit que ses photos ont en commun les lieux de transit – des gares, des aéroports ou des autoroutes – : des lieux qui reflètent, au final, son propre déplacement, un nomadisme géographique volontaire qui a construit une vision hybride du monde. C’est maintenant consciemment qu’elle approfondit cette réflexion à chaque nouveau projet.

Aya Chriki
© Aya Chriki

La série exposée à l’université de sciences humaines se révèle la continuité « accidentelle » d’un précédent projet. Dans sa série Tajarob, Aya Chriki jouait avec la photographie en superposant des clichés à l’aide de Photoshop ; dans Le droit des images à l’auto-détermination, c’est la photo qui, cette fois, joue avec elle : entre 2022 et 2023, alors qu’elle travaillait sur Tajarob, la photographe expose accidentellement deux fois deux pellicules argentiques. Une troisième image naît de cette superposition de scènes de France, de Tunisie et d’Égypte ; un nouvel espace visuel, celui d’Aya. « Je prends la photographie comme un tiers-lieu, un lieu qui n’est pas la Tunisie ou la France, un lieu imaginaire qui regroupe ces deux espaces où j’ai vécu et je vis », exprime-t-elle. « Elle est une troisième possibilité où une personne comme moi, qui a choisi de s’exiler, peut s’appartenir et avoir accès, d’une manière visuelle et visible, à ses identités hybrides. »

Pour comprendre le problème technique auquel elle fait face, elle a remonté le temps de son histoire : un train français entre en collision avec les pyramides du Caire, une manifestation à Rennes se confronte à Alexandrie, la gare de Lyon traverse un paysage du Caire, sa petite cousine à Tunis se retrouve dans une gare en France, etc. Les 25 clichés, visuellement forts, traduisent son déplacement constant, d’une ville à l’autre, d’un pays à l’autre et, en filigrane, la complexité d’appartenances multiples.

Traduction visuelle de ce qu’elle est, ses clichés existent en toute autonomie, et Aya leur donne ce droit, « d’où le titre. Cette série pose les mêmes questions que Tajarob et dont je forçais la réponse par l’image. » Pur aléa technique au départ, ils sont devenus le reflet de son exil choisi. Par un jeu de transparence, une image qui se révèle à l’autre et dévoile les différences patrimoniales, sociales et culturelles qui ont construit le regard d’Aya. La photographe mène ici une réflexion individuelle, mais aussi collective : dans cette esthétique de la superposition qu’elle compte continue d’expérimenter, on lit l’expérience d’une personne migrante et exilée. Chaque image devient une strate qui, ensemble, constitue son entièreté. « Quand on est entre deux ou trois lieux, on a autant d’identités qui se superposent. Elles forment notre vision du monde et notre manière de pensée. »

Infos pratiques :

Exposition Le droit des images à l’autodétermination d’Aya Chriki,
6 janvier 2026 – 18 février 2026. Entrée libre
La Mezzanine, bâtiment O, Campus de Villejean (Rennes)

Horaire d’ouverture au public :
Du lundi au vendredi : 8h00 -20h00