Roscoff. Exposition Géo-Fourrier, peintre graveur et céramiste, en avril 2026

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Géo Fourrier
Géo Fourrier

À Roscoff, l’Abri du canot de sauvetage accueille du 4 au 24 avril 2026 une exposition consacrée à Géo-Fourrier. Peintre, graveur, illustrateur, céramiste, amoureux de la Bretagne et fasciné par le Japon, l’artiste reste l’une des figures les plus singulières et les plus délicates de l’art breton du XXe siècle.

Géo Fourrier
Géo Fourrier

Après avoir rendu hommage à Mathurin Méheut en 2022 puis à Henri Rivière en 2024, Les Amis des Arts à Roscoff consacrent leur exposition d’avril 2026 à Géo-Fourrier. Le choix est heureux. Il remet en lumière un créateur resté longtemps trop discret, alors même que son œuvre, à la croisée de la gravure, de l’illustration, de la céramique et des arts décoratifs, compte parmi les plus raffinées du paysage breton du siècle dernier.

L’exposition est présentée du 4 au 24 avril 2026, tous les jours de 14 h à 18 h 30, à l’Abri du canot de sauvetage, quai d’Auxerre à Roscoff. L’entrée est fixée à 3 euros, avec gratuité pour les adhérents, les étudiants et les enfants. Elle s’inscrit dans le sillage de l’hommage rendu à l’artiste en 2025 par le Musée de la faïence de Quimper, qui avait déjà permis à un large public de redécouvrir l’ampleur de son talent.

Un artiste entre Lyon, Paris, le Japon rêvé et la Bretagne choisie

Georges Nicolas Fourrier, dit Géo-Fourrier, naît à Lyon en 1898. Très tôt, la maladie l’oblige à une longue immobilité. Cette épreuve devient paradoxalement un temps de formation intérieure. Il y découvre le dessin et développe une fascination profonde pour les arts japonais. Cette passion ne le quittera plus. Elle façonnera son œil, son sens de la composition, son goût de l’épure et cette manière si personnelle de retenir d’un motif l’essentiel, presque rien, mais ce presque rien décisif qui suffit à faire naître une image.

Formé à Paris, passé par l’École nationale des arts décoratifs, proche de graveurs et d’artistes qui le marquent durablement, Géo-Fourrier se construit à la lisière de plusieurs mondes. Il admire le Japon sans y avoir voyagé. Il apprend la gravure sur bois, fréquente un milieu où se croisent artistes, écrivains et décorateurs, puis découvre la Bretagne au milieu des années 1920. Ce choc esthétique et humain va orienter une grande partie de son œuvre.

Georges Géo-Fourrier, Costumes de fêtes, estampe inspirée du pays Bigouden et de l’esthétique japonaise
Dans ses estampes, Géo-Fourrier fait dialoguer la Bretagne et l’art japonais avec une rare élégance.

Chez lui, l’influence japonaise n’a rien d’un simple vernis décoratif. Elle agit en profondeur dans le cadrage, dans la construction des masses, dans la finesse des lignes, dans cette tension entre présence et silence qui traverse ses images. Certaines de ses gouaches furent même envoyées au Japon pour y être gravées sur bois, signe d’une exigence technique peu commune. La Bretagne, sous son regard, n’est jamais folklorique au mauvais sens du terme. Elle devient forme, rythme, densité humaine.

Le pays Bigouden, matrice d’une œuvre

C’est en pays Bigouden que Géo-Fourrier trouve l’un de ses grands territoires d’inspiration. Il s’y attache profondément à partir des années 1924-1926, avant de s’installer durablement à Quimper et dans le sud Finistère. Les coiffes, les costumes, les femmes au travail, les scènes de rivage, les brûleurs de goémon, les visages paysans, les attitudes de fête ou de recueillement deviennent les motifs insistants d’une œuvre habitée par la Bretagne sans jamais l’enfermer.

Le trait de Géo-Fourrier capte la force des figures féminines bigoudènes avec une intensité singulière. Il ne s’agit pas seulement de costumes régionaux ou de scènes de genre. Il y a, dans ces silhouettes, une autorité, une verticalité, un mélange de rudesse, de dignité et d’élégance qui font de ces œuvres bien davantage que des documents. L’artiste observe, note, simplifie, puis transfigure. Il regarde presque en ethnographe, mais compose en poète visuel.

Brûleur de goémon à Notre-Dame de la Joie, gravure sur bois de Géo-Fourrier réalisée en 1935
Géo-Fourrier, Brûleur de goémon à Notre-Dame de la Joie, gravure sur bois, 1935.

Cette capacité à faire surgir un monde entier à partir d’un geste, d’une coiffe, d’une courbe de falaise ou d’une fumée de goémon donne à son œuvre une vibration très particulière. On y sent la Bretagne comme espace vécu, observé, travaillé par les saisons, les tâches et les rites. Roscoff, ville de mer, de quais et de lumière, est de ce point de vue un lieu tout trouvé pour accueillir un tel hommage.

Le voyageur, l’ethnographe, le céramiste

Réduire Géo-Fourrier à un peintre des Bigoudènes serait pourtant trop peu. L’artiste voyage aussi en Afrique entre la fin des années 1920 et le début des années 1930. Il en rapporte des photographies, des dessins, des pastels, des croquis. Ce regard documentaire, attentif aux milieux et aux formes de vie, nourrit ensuite l’ensemble de sa démarche. Il travaille comme quelqu’un qui sait que les gestes, les visages et les usages sont fragiles, qu’ils peuvent disparaître, et qu’il faut en garder trace.

Photographie prise par Géo-Fourrier au Tchad en 1931 montrant un foyer intérieur
Géo Fourrier, Foyer intérieur d’une case en obus, Tchad, 1931.

Cette curiosité ouverte sur le monde se prolonge dans sa pratique de la céramique. Entre les années 1930 et 1950, puis au-delà, il collabore avec les manufactures quimpéroises, notamment HB et Henriot. Il crée des pièces uniques, des objets décoratifs, des motifs, des formes qui transposent son sens du dessin dans la matière même de la faïence. L’exposition quimpéroise de 2025 avait bien montré cette facette moins connue de son activité. Celle de Roscoff permet à son tour d’en prolonger la redécouverte.

Il faut aussi se souvenir du créateur de cartes postales, du dessinateur d’objets, du commerçant d’art presque artisanal qui vendait ses images dans une roulotte au pied du phare d’Eckmühl. Tout cela dessine une figure attachante et complexe, loin des hiérarchies trop rigides entre beaux-arts et arts dits mineurs. Géo-Fourrier a navigué d’un support à l’autre avec une liberté rare, mais toujours avec la même exigence de ligne, de couleur et de justesse.

Pourquoi Roscoff a raison de le célébrer

Il y a quelque chose de juste dans cette exposition roscoffite. Géo-Fourrier appartient à ce pan du patrimoine artistique breton qui demeure connu des amateurs, des collectionneurs, de quelques musées, mais encore trop peu du grand public. Le remettre en lumière aujourd’hui, c’est rappeler qu’entre régionalisme, modernité décorative, japonisme, documentation ethnographique et céramique, la Bretagne du XXe siècle a produit des artistes d’une étonnante richesse.

À Roscoff, ce printemps 2026, Géo-Fourrier revient donc non comme une relique, mais comme un artiste vivant par le regard. Un artiste du trait précis, de la mémoire sensible et des formes durables. Un artiste qui a su faire tenir ensemble le lointain et le local, le Japon rêvé et le pays Bigouden, l’estampe et la faïence, l’observation et la grâce.

Infos pratiques

Exposition : Géo-Fourrier, peintre graveur et céramiste
Dates : du 4 au 24 avril 2026
Horaires : tous les jours de 14 h à 18 h 30
Lieu : Abri du canot de sauvetage, quai d’Auxerre, 29680 Roscoff
Tarif : 3 €
Gratuit : adhérents, étudiants, enfants
Organisateur : Les Amis des Arts à Roscoff
Contact : 06 03 10 03 99

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