Le grenier au-dessus de la halle à marée au port de la Houle se transforme l’été en galerie. L’espace est ingrat ! Louons donc la (bonne) volonté des organisateurs et la qualité des quatre expositions de l’été. Après une première vague avec les superbes aquarelles de Jean-Loup Eve et les puissantes sculptures de Xavier Gonzalez, voici une vague féminine avec les peintures de Louisa Marajo et de Sue-Hyun Kim. Rencontre avec l’artiste d’origine coréenne qui revisite le concept de dessin.
Unidivers : Vos dessins s’inscrivent souvent dans des cercles. Symbole ? Planète ? Ou assiette de spaghettis ?
Sue-Hyun Kim : Le dessin laisse transparaître des images qui appartiennent à la culture, à la mémoire de chaque individu. Un chaos ou un cosmos ? Un labyrinthe ? Une nuée ? Un monstre ? Un bout d’éternité ? Sinon, un tas de spaghettis ? Pourquoi pas ? Une image peut être plus simple que ce que nous pensons ou tout au contraire. Cela dépend du point de vue. Je m’interroge sur la question de l’origine, de la culture et aussi du langage et de la mémoire. Parce que ce sont les sources de la richesse humaine, mais aussi les facteurs de notre blocage mental. Le travail artistique, c’est être conscient sur cette question de l’identité et de la communication, et continuer à fournir de la matière à voir, à sentir, à penser et à imaginer.
U. Effectivement, l’imagination de celui qui regarde est extrêmement titillée. Autant que son œil.
Sue-Hyun Kim : peut-être parce que j’utilise le processus d’un dessin comme révélateur de la convergence entre la forme et le sens. Dans la répétition des figures, il y a à la fois retenue et abandon de soi. L’esprit franchit des limites de l’espace et du temps. Une temporalité vécue comme expérience unique, dans laquelle le dessin devient le moyen d’empêcher la répétition.
U. : On ne peut s’empêcher de penser aux mandalas, peintures des moines tibétains qui expriment leur représentation du monde.
Sue-Hyun Ki. : Dans ma recherche, le dessin ne désigne pas une représentation, mais une activité qui me permet de voir mon rapport au monde. Prendre un motif particulier et suivre les détours de son parcours dans le temps et l’espace. Je mets en avant dans ce travail ma sensibilité, mon ressenti et ma dextérité en tant qu’artiste contemporaine au service de l’art. Cette réalisation est un témoignage de l’ensemble de ces problématiques, où le spectateur reste sans voix et concentré sur le détail.
U. : Parlons du détail. Après une perception globale de l’œuvre quasi monochrome, on découvre en s’approchant qu’il ne s’agit pas d’à-plats, mais d’un grouillement de lignes qui s’enchevêtrent. Chaos apparent, mais en fait hyper construit.
Sue-Hyun Kim : Chaque dessin comporte plusieurs niveaux de lecture : rapport entre vide et plein, surface et profondeur, opacité et transparence, intérieur et extérieur, structure et liberté…De tous ces éléments opposés, ce qui me permet de trouver un espace milieu, c’est l’acte de dessiner, alors, cet espace milieu est le dessin même.
U. : Cette finesse de trait nécessite une immense concentration et un pinceau tout rikiki, comme celui des miniaturistes persans.
Sue-Hyun Kim : J’utilise un pinceau 0, tout petit, un de ceux qu’affectionnent les calligraphes chinois, japonais ou coréens. Comme dans la tradition ancestrale, mon travail est une production esthétique exigeante, spécifiquement destinée à la durée. Mon action s’inscrit dans le mouvement du geste. Une activité simple, intense et permanente.
U. : Vous êtes arrivées à Rennes pour étudier à l’école des beaux-arts, et vous y demeurez. Vous vous y sentez bien ?
Sue-Hyun Kim : Oui, tout à fait. Depuis mon diplôme, j’ai déjà exposé plusieurs fois, notamment à la galerie Mica. On m’a aussi invitée à participer aux Ateliers Portes ouvertes. Et d’autres projets sont en cours.