Il y a des artistes qui savent faire tenir deux vérités contradictoires dans la même mesure, sans forcer, sans tricher. Ben l’Oncle Soul fait partie de ceux-là. Il chante souvent comme on confesse, mais il arrange comme on rassemble. Il parle de failles, de fatigue, de cœur qui s’effiloche, et pourtant il vous attrape par le groove, il vous relève par la nuque, il vous remet dans le rythme. Vendredi 30 janvier, il vient aux Arcs de Quéven avec Sad Generation, un disque qui a la lucidité des lendemains difficiles, mais qui refuse de se coucher.
Sad Generation n’est pas un album « triste » au sens décoratif du terme. C’est plutôt un album qui assume un climat. Celui d’une époque qui se veut performante, mais qui s’épuise, qui se met en scène, mais qui doute, qui se protège derrière l’ironie, mais qui réclame de la tendresse. Ben l’Oncle Soul choisit d’habiter ce paradoxe, et il le fait avec une élégance rare, parce qu’il n’oppose jamais l’intime et le collectif. Il écrit depuis un endroit personnel, mais il vise juste, là où beaucoup survolent.
Musicalement, le disque se tient à la croisée de la soul, du blues et d’un funk psychédélique qui adore les matières. Les sons ont ce grain « vintage » qui rassure l’oreille, tandis que la production, plus moderne, plus nette, évite l’effet musée. Cela respire, cela claque, cela ondule. On sent l’amour des instruments, mais aussi la volonté de raconter au présent, sans costume d’époque.
Ce qui frappe, chez Ben l’Oncle Soul, ce n’est pas seulement la « belle voix ». C’est la voix utile. Celle qui sert le récit, qui colore une phrase, qui laisse entrer l’air au bon endroit. Il a cette chaleur expressive qui fait que les mots, même simples, deviennent chargés. Et surtout, il possède un sens très sûr de la narration musicale, parce qu’il sait où il emmène le morceau, et il sait quand il faut s’arrêter de convaincre pour commencer à faire sentir.
Sur scène, cet art du storytelling change tout. Un refrain n’est plus un slogan, il devient un point de ralliement. Un couplet n’est plus un passage obligé, il devient un angle, un détail, une scène. Et quand il pose sa voix sur un groove qui tourne, on comprend pourquoi ses concerts ont cette réputation de voyage, qui est moins un grand mot qu’une réalité physique.
Aux Arcs, l’annonce promet une soirée « assis-debout », en placement libre. C’est un format qui va bien à Ben l’Oncle Soul, parce qu’il a besoin de cette proximité souple, de cette salle qui peut autant écouter que bouger. Entouré de ses musiciens de longue date, il défend Sad Generation avec une générosité qui n’a rien d’un sourire commercial. C’est plutôt une manière de dire : « on va traverser ça ensemble », et on le fait en dansant si possible.
Le plateau annoncé a quelque chose de solide et d’organique : guitares, basse, batterie, claviers, chœurs. On est sur un son qui peut être ample, mais qui garde la pulsation comme colonne vertébrale. Les chœurs, assurés par Myriam Sow et Beverly Bardot, ajoutent cette dimension collective qui est au cœur de la soul, celle qui transforme une voix singulière en moment partagé.
En première partie, Mainlie Karma viendra installer un autre versant de la même famille, celle qui relie la soul à l’élan jazz. Entre groove organique et textures plus modernes, le groupe annonce un set où l’improvisation n’est pas un exercice, mais une respiration. C’est une très bonne nouvelle, parce qu’une première partie qui sait créer une atmosphère, plutôt que « remplir du temps », prépare la salle comme on prépare un feu.
Ben l’Oncle Soul est de ces artistes qui ne réduisent pas la soul à un style. Chez lui, c’est une manière de tenir debout, une manière de parler de résilience sans en faire un slogan. Sad Generation ajoute une couche de maturité, tout en conservant ce goût du mouvement qui empêche la gravité de devenir lourde. Et parce qu’un concert, quand il est « chaleureux » au bon sens du terme, n’est pas seulement un divertissement. C’est un endroit où l’on se retrouve, même quand on arrive un peu éparpillé.
Infos pratiques
- Concert : Ben l’Oncle Soul + Mainlie Karma
- Date : vendredi 30 janvier 2026
- Heure : 20h30
- Lieu : Centre culturel Les Arcs, 9 rue de la Gare, 56530 Quéven
- Format : assis-debout, placement libre
- Tarifs : plein 27 € ; réduit 25 € ; moins de 15 ans 17 € ; abonné 21 €