Marco Mouly, l’arnaqueur récidiviste, absent de son nouveau procès à Rennes

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marco mouly

Figure flamboyante du scandale de la “taxe carbone”, Marco Mouly est à nouveau jugé à Rennes, cette fois pour une vaste affaire de fraude à la TVA liée à la téléphonie mobile qui remonte au milieu des années 2000. Un épisode de plus dans une trajectoire où la mise en scène tient souvent lieu de défense, mais où les dossiers, eux, s’empilent.

Cravates brillantes, sourire trop large, récit calibré pour les plateaux : Marco Mouly, de son vrai nom Mardoché Mouly, a fait de sa propre légende un produit dérivé. Mais la justice, elle, ne suit pas les stories : elle suit les flux. Et, en ce début 2026, le surnommé “roi de l’arnaque” se retrouve de nouveau au centre d’un procès, devant la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Rennes, dans une affaire d’escroquerie à la TVA cette fois liée à la téléphonie mobile.

Selon plusieurs médias, Marco Mouly n’était pas présent à l’ouverture de ce procès très attendu. Le dossier, lui, est bien là : treize prévenus, des faits anciens, et une mécanique classique du banditisme fiscal, où la TVA sert de caisse noire au crime “en col blanc”.

Le rappel de 2025 : extradition d’Italie et détention en France

Retour en arrière. Le 16 juillet 2025, l’Italie remet officiellement Marco Mouly à la France. Arrivé à Roissy sous escorte, il est alors recherché dans le cadre de sa condamnation, prononcée en novembre 2024 par le tribunal correctionnel de Paris, à trois ans de prison pour organisation frauduleuse d’insolvabilité. Au cœur de ce volet : des soupçons de dissimulation de revenus (droits d’auteur, contrats), et une stratégie de contournement destinée à rester insaisissable, alors même que l’ardoise judiciaire s’accumule.

Au lendemain de son extradition, il est placé en détention. Un épisode qui ne referme rien, il encadre, au contraire, une séquence où Mouly redevient un justiciable “disponible” pour d’autres procédures en attente.

Marco Mouly
Marco Mouly

Le procès de Rennes : une fraude à la TVA version téléphonie mobile

À Rennes, l’accusation porte sur une escroquerie à la TVA dans le secteur de la téléphonie mobile, avec des faits qui remonteraient autour de 2006, à l’époque où le marché explose et où les opérateurs versent encore des primes aux boutiques indépendantes pour doper les ventes. Le schéma décrit par les enquêteurs s’apparente à une logique de carrousel : des sociétés-écrans s’intercalent, achètent, revendent, facturent la TVA, puis disparaissent avant de la reverser. Ce qui reste, ce sont les trous comptables, et la facture pour les finances publiques.

Le préjudice évoqué dans la presse est de l’ordre de près de 20 millions d’euros, et l’État est partie civile. Le procès est annoncé sur deux semaines, avec des audiences prévues jusqu’au 6 février 2026.

Le “casse du siècle” originel : la fraude à la taxe carbone

Impossible de parler de Mouly sans revenir à l’affaire qui l’a rendu à la fois célèbre et “vendable”. Entre 2008 et 2009, la fraude dite à la taxe carbone prospère sur une faille redoutable : l’achat de quotas carbone dans l’Union européenne peut être exonéré de TVA, mais la revente en France impose de la collecter puis de la reverser. Des réseaux montent alors des chaînes de sociétés qui encaissent la TVA et ne la reversent jamais, avant de disparaître.

Au total, le scandale est évalué à 1,6 milliard d’euros pour la France. Marco Mouly, avec d’autres figures de cette galaxie, a été condamné, et demeure associé à une dette colossale : 283 millions d’euros à verser à l’État, au titre des dommages et intérêts et des condamnations solidaires.

Pourquoi Marco Mouly fascine encore

Marco Mouly fascine parce qu’il réussit un tour vieux comme le crime, mais actualisé par l’époque : transformer une délinquance financière en personnage. Il “raconte” l’arnaque, la met en scène, la vend presque comme un genre. Documentaire, interviews, storytelling calibré : il fabrique une esthétique du détournement, comme si le roman devait recouvrir la procédure.

Mais au plan judiciaire, l’enjeu est plus net : la fraude à la TVA n’est pas une pirouette. C’est un impôt pivot pour l’État, et, dans sa forme organisée, une délinquance structurée, technique, parfois industrialisée. Le procès rennais, en rappelant la “banalité” d’un carrousel TVA, tend aussi un miroir : derrière les paillettes médiatiques, on retrouve des circuits, des écrans, des complices, des boutiques qui ferment les yeux, et une seule certitude, la TVA ne s’évapore jamais vraiment, elle change juste de poche.

Les chiffres-clés du dossier Mouly

  • Montant total estimé de la fraude “taxe carbone” en France : 1,6 milliard €
  • Somme mise à la charge de Marco Mouly et coprévenus au titre des condamnations (dossier carbone) : 283 millions €
  • Condamnation (Paris, novembre 2024, en son absence) : 3 ans de prison pour organisation frauduleuse d’insolvabilité
  • Extradition d’Italie vers la France : 16 juillet 2025
  • Placement en détention après l’extradition : 17 juillet 2025
  • Nouveau procès à Rennes (JIRS) dans une affaire TVA téléphonie : du 26 janvier au 6 février 2026
  • Nombre de prévenus à Rennes : 13
  • Préjudice évoqué (TVA téléphonie) : près de 20 millions €
  • Date et lieu de naissance : mai 1965, Tunis (Tunisie)
Rocky Brokenbrain
Notoire pilier des comptoirs parisiens, telaviviens et new-yorkais, gaulliste d'extrême-gauche christo-païen tendance interplanétaire, Rocky Brokenbrain pratique avec assiduité une danse alambiquée et surnaturelle depuis son expulsion du ventre maternel sur une plage de Californie lors d'une free party. Zazou impénitent, il aime le rock'n roll dodécaphoniste, la guimauve à la vodka, les grands fauves amoureux et, entre deux transes, écrire à l'encre violette sur les romans, films, musiques et danses qu'il aime... ou pas.