Marco Mouly, l’arnaqueur récidiviste, absent de son nouveau procès à Rennes

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Figure flamboyante du scandale de la “taxe carbone”, Marco Mouly a de nouveau comparu à Rennes, cette fois dans une vaste affaire de fraude à la TVA liée à la téléphonie mobile remontant au milieu des années 2000. Un épisode de plus dans une trajectoire où la mise en scène tient souvent lieu de défense, tandis que les dossiers, eux, continuent de s’accumuler.

Cravates brillantes, sourire trop large, récit calibré pour les plateaux : Marco Mouly, de son vrai nom Mardoché Mouly, a fait de sa propre légende un produit dérivé. Mais la justice, elle, ne suit pas les stories : elle suit les flux. Et en ce début 2026, le surnommé “roi de l’arnaque” se retrouve une nouvelle fois au centre d’un procès, devant la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Rennes, dans une affaire d’escroquerie à la TVA liée à la téléphonie mobile.

Au démarrage des audiences, plusieurs médias ont indiqué que Marco Mouly n’était pas présent à l’ouverture du procès. Il s’est toutefois présenté ensuite à l’audience, notamment le 30 janvier 2026, où il a contesté son rôle central dans le dossier, dans un style fidèle à sa persona publique, entre dénégation et fanfaronnade.

Le rappel de 2025 : arrestation, extradition, détention… puis peine aménagée en appel

Retour en arrière. Le 12 novembre 2024, Marco Mouly est condamné en son absence à Paris à trois ans de prison pour organisation frauduleuse d’insolvabilité, avec mandat d’arrêt. Il lui est reproché d’avoir organisé l’insaisissabilité d’une partie de ses revenus, notamment autour de droits d’auteur et d’activités d’influence, alors qu’il devait répondre de lourdes dettes judiciaires.

Le 30 mars 2025, il est interpellé à Rome. Puis le 16 juillet 2025, l’Italie le remet officiellement à la France. Arrivé à Roissy sous escorte, il est présenté à un juge, avant d’être placé en détention le 17 juillet.

Mais la séquence ne s’arrête pas là. Le 7 octobre 2025, la cour d’appel de Paris revoit cette condamnation : la peine est ramenée à trois ans, dont un an ferme à effectuer à domicile sous bracelet électronique, ce qui ouvre la voie à sa sortie de détention. Cette décision modifie le contexte dans lequel il arrive au procès rennais quelques mois plus tard.

Marco Mouly
Marco Mouly

Le procès de Rennes : une fraude à la TVA version téléphonie mobile

À Rennes, l’accusation porte sur une escroquerie à la TVA dans le secteur de la téléphonie mobile, avec des faits qui remontent à 2006, à une époque où le marché explose et où les opérateurs versent encore des primes aux boutiques indépendantes pour doper les ventes. Le schéma décrit par les enquêteurs relève d’une logique de carrousel de TVA : des sociétés-écrans s’intercalent, achètent, revendent, facturent la TVA, puis disparaissent avant de la reverser. Ce qui reste, ce sont les trous comptables et la facture pour les finances publiques.

Le préjudice évoqué dans la presse est de l’ordre de près de 20 millions d’euros, et l’État est partie civile. Treize prévenus comparaissent dans ce dossier examiné par la JIRS de Rennes.

Le procès, ouvert fin janvier, s’est déroulé jusqu’au 6 février 2026. Durant les audiences, Marco Mouly a nié être l’architecte du montage, se présentant davantage comme un intermédiaire que comme un organisateur. Le contraste entre la théâtralité du personnage et la technicité du dossier est resté l’un des traits marquants de cette séquence judiciaire.

Réquisitions du parquet : cinq ans de prison demandés

Le 4 février 2026, au moment des réquisitions, le parquet a demandé une peine de cinq ans d’emprisonnement contre Marco Mouly dans ce dossier de fraude à la TVA. Cette réquisition rappelle la gravité attachée par la justice à ce type de délinquance financière organisée, même lorsque les faits sont anciens.

À la date de cette mise à jour, la séquence la plus relayée publiquement concerne surtout les audiences et les réquisitions. Si un délibéré détaillé a été rendu ou doit encore l’être, il méritera une mise à jour spécifique, car c’est lui qui fixera définitivement la portée pénale de ce nouvel épisode rennais.

Le “casse du siècle” originel : la fraude à la taxe carbone

Impossible de parler de Mouly sans revenir à l’affaire qui l’a rendu à la fois célèbre et “vendable”. Entre 2008 et 2009, la fraude dite à la taxe carbone prospère sur une faille redoutable : l’achat de quotas carbone dans l’Union européenne peut être exonéré de TVA, mais la revente en France impose de la collecter puis de la reverser. Des réseaux montent alors des chaînes de sociétés qui encaissent la TVA et ne la reversent jamais, avant de disparaître.

Au total, le scandale est évalué à 1,6 milliard d’euros pour la France. Marco Mouly, avec d’autres figures de cette galaxie, a été condamné dans ce dossier, avec une peine lourde confirmée en appel et une condamnation financière solidaire restée emblématique : 283 millions d’euros de dommages et intérêts à l’État.

Pourquoi Marco Mouly fascine encore

Marco Mouly fascine parce qu’il réussit un tour vieux comme le crime, actualisé par l’époque : transformer une délinquance financière en personnage. Il “raconte” l’arnaque, la met en scène, la vend presque comme un genre. Documentaires, interviews, storytelling calibré : il fabrique une esthétique du détournement, comme si le roman devait recouvrir la procédure.

Mais au plan judiciaire, l’enjeu est plus net. La fraude à la TVA n’a rien d’une pirouette. C’est un impôt pivot pour l’État et, dans sa forme organisée, une délinquance structurée, technique, parfois industrialisée. Le procès rennais, en rappelant la mécanique d’un carrousel de TVA, tend aussi un miroir : derrière les paillettes médiatiques, on retrouve des circuits, des écrans, des intermédiaires, des complicités, et une seule certitude, la TVA ne s’évapore jamais vraiment, elle change simplement de poche.

Les chiffres-clés du dossier Mouly

  • Montant total estimé de la fraude “taxe carbone” en France : 1,6 milliard €
  • Somme mise à la charge de Marco Mouly et coprévenus (dossier carbone) : 283 millions €
  • Condamnation (Paris, 12 novembre 2024, en son absence) : 3 ans de prison pour organisation frauduleuse d’insolvabilité
  • Arrestation à Rome : 30 mars 2025
  • Extradition d’Italie vers la France : 16 juillet 2025
  • Placement en détention après l’extradition : 17 juillet 2025
  • Décision d’appel (insolvabilité) : 7 octobre 2025, peine ramenée à 3 ans dont 1 an ferme à domicile sous bracelet
  • Procès à Rennes (JIRS) – TVA téléphonie : audiences du 26 janvier au 6 février 2026
  • Nombre de prévenus à Rennes : 13
  • Préjudice évoqué (TVA téléphonie) : près de 20 millions €
  • Réquisitions du parquet à Rennes : 5 ans de prison requis (4 février 2026)
  • Date et lieu de naissance : mai 1965, Tunis (Tunisie)
Rocky Brokenbrain
Notoire pilier des comptoirs parisiens, telaviviens et new-yorkais, gaulliste d'extrême-gauche christo-judeo-païen tendance interplanétaire, Rocky Brokenbrain pratique avec assiduité une danse alambiquée et surnaturelle depuis son expulsion du ventre maternel sur une plage de Californie lors d'une free party. Zazou impénitent, il aime le rock'n roll dodécaphoniste, la guimauve à la vodka, les grands fauves amoureux et, entre deux transes, écrire à l'encre violette sur les romans, films, musiques et danses qu'il aime... ou pas.