Nantes. Asniff, le festival du film absurde qui vous en met plein les mirettes

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Loin des navets bien peignés, des plateformes sous anesthésie et des séries calibrées pour cerveaux mous, ASNIFF, l’Absurde Séance Nantes International Film Festival, annonce son retour au cinéma Katorza. La 18e édition se tiendra à Nantes du mardi 6 au dimanche 11 octobre 2026. La programmation n’est pas encore dévoilée, mais le teaser officiel promet déjà le retour d’un rendez-vous cinéphile où l’étrange, le gore, le bis, le culte et le franchement pas raisonnable ont droit de cité.

Avis aux absurdiens, aux insomniaques du grand écran, aux amateurs de pellicules mal élevées et aux spectateurs qui trouvent que le cinéma se porte mieux quand il a les cheveux gras, les dents longues et le rire de travers. L’ASNIFF 2026 est annoncé du 6 au 11 octobre 2026 au Katorza de Nantes, au 3 rue Corneille. Après une édition 2025 qui avait confirmé le retour du festival, l’Absurde Séance rappelle qu’elle n’a pas seulement été une habitude cinéphile nantaise, mais une manière de regarder les films autrement. Pas de tapis rouge amidonné, pas de révérence compassée, mais des avant-premières, des curiosités, des séries B, des films d’exploitation, des raretés, des classiques irradiés et des nanars parfois splendides.

Le teaser officiel de l’ASNIFF 2026 annonce la 18e édition du festival, du 6 au 11 octobre 2026 à Nantes.

L’Absurde Séance est née à Nantes en 2000 avec une idée simple et redoutable : montrer en salle des films que le circuit classique oublie, fuit, méprise ou ne sait tout simplement pas ranger. Cinéma d’exploitation, avant-premières, inédits, séries B, curiosités, perles rares et très gros nanars composent depuis plus de vingt ans son ADN. Le site officiel revendique plus de 1000 films projetés en 24 ans. Autant dire une contre-histoire du cinéma, écrite à coups de tronçonneuses, de monstres en latex, de polars fiévreux, de mangas halluciné, de comédies impossibles et de chefs-d’œuvre que personne n’attendait dans cette ruelle-là.

Le festival est le prolongement naturel de cette aventure. Durant plusieurs jours, le Katorza devient un refuge pour les spectateurs qui savent qu’un mauvais goût assumé vaut parfois mieux qu’un bon goût sans âme. On y vient pour découvrir des films introuvables ailleurs, pour revoir des classiques dans une salle qui réagit, pour tomber sur une avant-première étrange, pour rire trop fort, trembler pour de vrai, ou assister à l’une de ces projections qui donnent au mot « séance » un sens presque rituel.

« On projette des films en se disant qu’ils vont trouver des diffuseurs et parfois ce n’est pas le cas. Des films ainsi diffusés peuvent ne jamais être vus ailleurs. C’est regrettable mais c’est l’intérêt du festival. »

Jean-Maurice Bigeard, fondateur de l’Absurde Séance et de l’ASNIFF

Cette phrase de Jean-Maurice Bigeard demeure le meilleur manifeste possible. L’ASNIFF n’est pas seulement une fête du cinéma bizarre. C’est aussi un lieu de sauvetage, une zone de transit pour films fragiles, trop violents, trop drôles, trop pauvres, trop fous, trop libres, parfois trop mauvais pour être innocents. Beaucoup de festivals promettent la découverte. Celui-ci la pratique sous une forme brutale, joyeuse, artisanale, presque foraine.

Une 18e édition annoncée, une programmation encore tenue secrète

Pour l’heure, la programmation 2026 n’a pas encore été rendue publique. Le teaser diffusé par l’Absurde Séance se contente d’annoncer le rendez-vous et de demander au public de retenir les dates. C’est déjà beaucoup. Les habitués savent que l’ASNIFF aime ménager son effet et que la sélection, lorsqu’elle tombera, devrait mêler avant-premières, inédits, films de genre, classiques cultes, propositions jeune public ou familiales décalées, et ces objets filmiques non identifiés qui font la réputation de la maison.

En 2025, le festival avait ainsi réuni, entre autres, Bugonia de Yorgos Lanthimos, le film d’animation Arco d’Ugo Bienvenu, le classique fantastique The Changeling, le film d’action culte Kickboxer, le sud-coréen The Old Woman with the Knife, l’animation adulte Dog of God, et plusieurs titres de la Nuit Fantastique. Ce rappel ne vaut pas programme pour 2026, mais il donne la mesure de l’éclectisme revendiqué. À l’ASNIFF, le cinéma d’auteur peut croiser le bis, le patrimoine peut se vautrer dans le gore, et le nanar peut soudain révéler une vérité profonde sur l’humanité, ou au moins sur ses perruques.

La Nuit Fantastique, cœur battant de l’absurde

Impossible d’évoquer l’ASNIFF sans penser à la Nuit Fantastique. Le principe n’a rien perdu de sa beauté barbare : plusieurs films enchaînés jusqu’au petit matin, des spectateurs qui se demandent à un moment précis pourquoi ils ont payé pour souffrir, puis qui reviennent l’année suivante avec une joie suspecte. L’Absurde Séance définit elle-même ces nuits comme des marathons sophistiqués pour amateurs de cinéma, faits de rires, de frissons, d’épuisement et de cette fraternité très particulière qui naît quand une salle entière voit surgir une créature mal animée à une heure indue.

La Nuit Fantastique 2026 n’a pas encore livré ses titres. On peut seulement parier qu’elle restera le sommet volcanique du festival, le moment où le public perd un peu la notion du temps, du goût et de la prudence alimentaire. Historiquement, ce rendez-vous est l’un des marqueurs de l’ASNIFF. Il transforme le Katorza en campement halluciné pour cinéphiles endurants, avec cette promesse simple : vous entrerez dans la nuit avec des attentes, vous en sortirez avec des images que vous n’aviez pas demandées.

Jean-Maurice Bigeard, mémoire vive d’un cinéma indocile

L’annonce de l’édition 2026 intervient dans un contexte particulier. Après près de vingt-cinq ans de séances régulières, Jean-Maurice Bigeard, créateur et figure centrale de l’Absurde Séance, a pris sa retraite des rendez-vous réguliers. Mais l’esprit n’a pas disparu. Le site officiel l’écrit avec une formule digne de la maison : « L’Absurde Séance est morte. Vive l’Absurde Séance ! » Le festival, lui, continue. Et Jean-Maurice Bigeard a également publié ses mémoires de cinéphage, récit d’un parcours construit dans les salles, les marges, les festivals, les fanzines et les VHS improbables.

Cette transmission compte. Car l’ASNIFF n’est pas une simple addition de films délirants. C’est une culture de salle. Un art de programmer l’accident. Une manière de rappeler que le cinéma n’est pas seulement affaire de qualité académique, de palmarès et de discours policés, mais aussi de corps qui sursautent, de publics qui hurlent, de plaisirs honteux, de découvertes sincères et de formes minoritaires. Ce que le festival défend, ce sont les films qui ne demandent pas toujours la permission d’exister.

Un festival sans bling-bling, mais avec beaucoup de mauvais esprit

L’Absurde Séance résume son festival avec une précision délicieuse : des films pendant plusieurs jours, un jury, des invités, des réalisateurs, des acteurs, des prix, mais pas de bling-bling. Toute la philosophie est là. L’ASNIFF préfère le contact direct avec les films et le public à l’apparat. Le Katorza, salle art et essai historique de Nantes, offre le cadre idéal à ce mélange. Le lieu lui-même appartient à la mémoire cinéphile de la ville : six salles, une adresse au cœur du centre-ville, une longue histoire et une capacité à accueillir aussi bien les grandes œuvres que les étrangetés qui font tousser les algorithmes.

Le public, lui, connaît les usages. On vient à l’ASNIFF pour voir des films, certes, mais aussi pour partager une température de salle. Les débuts de projection ont leurs cris, leurs complicités, leurs réactions. On y retrouve cet héritage des séances de minuit où le spectateur n’est plus un consommateur immobile, mais un complice, un témoin, parfois un survivant. Dans un paysage cinématographique saturé de contenus disponibles partout et ressentis nulle part, cette expérience collective a quelque chose de précieux.

Ce que l’on sait déjà de l’ASNIFF 2026

  • Événement : ASNIFF, Absurde Séance Nantes International Film Festival.
  • Édition : 18e édition.
  • Dates : du mardi 6 au dimanche 11 octobre 2026.
  • Lieu : cinéma Katorza, 3 rue Corneille, 44000 Nantes.
  • Programmation : non encore dévoilée à ce jour.
  • Teaser : déjà disponible sur la chaîne YouTube de l’Absurde Séance.
  • Billetterie : à suivre sur le site de l’Absurde Séance et celui du Katorza.

Les tarifs actuellement affichés par l’Absurde Séance indiquent 7,70 € pour une séance, 6 € en tarif réduit, 5,90 € pour les abonnés Katorza, 12 € pour une soirée deux films, 20 € pour une Nuit quatre films et 5 € en tarif groupe à partir de 20 personnes. Ces tarifs devront être vérifiés lors de l’ouverture officielle de la billetterie 2026.

En attendant le programme complet, une certitude demeure. Du 6 au 11 octobre 2026, le Katorza redeviendra l’un des plus beaux refuges nantais du cinéma déviant, jubilatoire et imprévisible. Les absurdiens peuvent déjà affûter leurs agendas. Le bon goût attendra. Le cinéma, lui, revient en hurlant.

Informations pratiques

ASNIFF 2026 — Absurde Séance Nantes International Film Festival
Du mardi 6 au dimanche 11 octobre 2026
Cinéma Katorza, 3 rue Corneille, 44000 Nantes
Téléphone du Katorza : 02 51 84 90 60

Programme, horaires et réservations à suivre sur le site de l’Absurde Séance et sur le site du Katorza.

Site de l’Absurde Séance
Site du Katorza
Instagram de l’Absurde Séance
Teaser ASNIFF 2026

Benjamin Julienne
Métal expérimental, littérature russe, art contemporain, chant bulgare et septième art tourbillonnent dans ma tête. J’écris principalement pour faire connaître les lieux d’exposition indépendants de Nantes.