Avec Vivre Ensemble, Yann Arthus-Bertrand transforme la place de la Concorde en galerie photographique à ciel ouvert. Jusqu’au dimanche 10 mai 2026, le public peut découvrir gratuitement une grande exposition de portraits, un studio photo imaginé par Renzo Piano et une programmation de rencontres autour de la diversité, des métiers, de l’engagement et du lien social.
Dans le cadre du bicentenaire de la photographie, le photographe Yann Arthus-Bertrand, 80 ans, propose avec la Fondation GoodPlanet un événement artistique, culturel et citoyen consacré à la France d’aujourd’hui. Intitulé Vivre Ensemble, le projet réunit 185 tirages grand format issus de France, un album de famille, un studio photo ouvert au public, des rencontres, des projections, des concerts, des ateliers et des animations gratuites, au cœur de Paris, place de la Concorde.

Une France photographiée comme un album de famille
Au cœur de Vivre Ensemble, l’exposition rassemble des portraits réalisés par Yann Arthus-Bertrand depuis plus de trente ans. Le photographe y saisit des habitantes et des habitants de France dans leur environnement quotidien, souvent avec celles et ceux qui leur sont chers. Familles, collègues, artisans, soignants, agriculteurs, compagnons, bénévoles, apprentis, retraités, femmes et hommes de métiers composent peu à peu une vaste fresque humaine.
Le projet a pris une ampleur nouvelle à partir de 2023 grâce à la collaboration du démographe et historien Hervé Le Bras. Près de 90 studios photo ont été installés en France entre 2023 et 2026 afin de constituer une enquête visuelle et démographique. Le livre France, un album de famille, publié chez Actes Sud en 2025, réunit 900 portraits accompagnés de textes d’Hervé Le Bras. Après une présentation remarquée à l’Hôtel de Ville de Paris à l’automne 2025, qui a attiré plus de 35 000 visiteurs, l’ensemble trouve désormais une visibilité monumentale en plein air.


Sur la place de la Concorde, 185 tirages grand format sont présentés au public. Chaque image fonctionne comme une rencontre. Elle donne à voir des personnes ordinaires, au sens le plus noble du terme, c’est-à-dire des femmes et des hommes que l’on pourrait croiser dans une gare, un atelier, un marché, un hôpital, une école, une ferme, une association ou un chantier. Le projet ne cherche pas la célébrité. Il préfère la présence, l’attachement, la dignité des gestes et des visages.
La Concorde, décor symbolique et espace public
Le choix de la place de la Concorde n’est pas anodin. L’un des lieux les plus emblématiques de Paris devient, le temps d’un mois, un espace de déambulation photographique. La monumentalité du site donne aux portraits une puissance particulière. Elle fait surgir, au milieu des flux urbains, une autre image de la France, moins officielle que sensible, moins abstraite que charnelle.


La place offre aussi une qualité pour une exposition photographique. On n’y entre pas comme dans un musée. On la traverse. Les passants, les touristes, les familles, les amateurs de photographie ou les simples curieux peuvent s’arrêter quelques minutes, revenir, circuler librement entre les images, regarder un visage, lire une légende, reprendre leur chemin. L’accès libre et gratuit donne au projet une dimension populaire assumée.

Un projet généreux, mais une France trop réconciliée ?
Vivre Ensemble défend une idée simple, presque fragile tant elle paraît aujourd’hui nécessaire. Une société ne se résume pas à ses fractures, à ses polémiques, à ses assignations ou à ses colères. Elle tient aussi par des métiers, des transmissions, des familles, des voisinages, des solidarités et des liens invisibles. De ce point de vue, le projet de Yann Arthus-Bertrand rappelle qu’un pays est d’abord composé de corps, de regards, de mains, de manières d’habiter le monde.
Mais cette générosité a son envers. À force de célébrer le lien, l’exposition tend à lisser les fractures sociales, territoriales et politiques derrière une belle imagerie de la concorde. La France photographiée ici apparaît diverse, chaleureuse, travailleuse, digne, mais rarement conflictuelle. Or le « vivre ensemble » n’est pas seulement une addition de visages bienveillants. C’est aussi une question de pouvoir, d’inégalités, de reconnaissance, de relégation et parfois de violence sociale.
Le regard de Yann Arthus-Bertrand donne de la noblesse aux anonymes, de la présence aux métiers, de la valeur aux gestes ordinaires. Mais il produit une forme d’apaisement esthétique. Les tensions disparaissent dans la beauté du dispositif. Les conflits deviennent des différences. Les rapports sociaux se changent en galerie de portraits. Le risque n’est pas que l’exposition soit fausse, mais qu’elle soit trop réconciliatrice pour saisir pleinement la dureté du pays qu’elle prétend embrasser. Bref, d’être une photographie humaniste institutionnelle qui transforme la complexité du réel en grand récit pacifié, le contrat symbolique et image d’Epinal.

Un studio photo imaginé par Renzo Piano
L’autre élément de l’événement est le studio photo installé sur place. Conçu par l’architecte italien Renzo Piano, il permet au public de se faire photographier gratuitement, sur inscription, par Yann Arthus-Bertrand et son équipe. Le visiteur ne reste donc pas seulement spectateur. Il peut devenir à son tour participant, entrer dans le dispositif, poser, transmettre une image, rejoindre cette fresque collective en cours de constitution.
L’expérience est simple, mais forte. Poser devant Yann Arthus-Bertrand, c’est entrer dans une histoire photographique qui dépasse la séance individuelle. Le portrait devient un fragment d’archive, une trace de présence, une manière de dire que chacun, à son échelle, appartient à cette France multiple que l’exposition tente de rendre visible. Les personnes photographiées reçoivent ensuite leur image par courriel.


Rencontres, projections, concerts et animations gratuites
Vivre Ensemble ne se limite pas aux portraits. La Fondation GoodPlanet y associe une programmation gratuite composée de rencontres, de projections-débats, d’activités pédagogiques, de concerts, de performances, de visites guidées et d’événements consacrés aux métiers, à la solidarité, à l’écologie, à l’engagement et à la transmission. L’ONISEP, WorldSkills France, Les Entreprises s’engagent ou encore les Compagnons du devoir participent à cette mise en lumière des savoir-faire et des parcours.
Cette dimension programmatique donne au projet son caractère d’agora temporaire. Il ne s’agit pas seulement de regarder des images, mais de provoquer des occasions de parole et de rencontre. La photographie devient alors un seuil. On entre par les visages, puis l’on rejoint une conversation plus large sur la société française, ses métiers, ses fractures, ses ressources et ses manières de faire communauté.


Informations pratiques
Vivre Ensemble, exposition de Yann Arthus-Bertrand avec la Fondation GoodPlanet
Lieu : place de la Concorde, 75008 Paris
Dates : jusqu’au dimanche 10 mai 2026
Accès : libre et gratuit
Au programme : exposition photographique en plein air, studio photo imaginé par Renzo Piano, rencontres, projections, concerts, ateliers et animations gratuites
Public : tout public

