Rennes 2. « Assieds-toi, prends un verre de thé », pour découvrir la photographie de Sara Ouhaddou (manque des photos)

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SARA OUHADDOU
Rejim Maatoug, 2023 Photographie couleur © Sara Ouhaddou and ADAGP, Paris 2025 ; courtesy the artist and Galerie Polaris Paris.

Depuis le 19 janvier 2026, La Chambre Claire de l’université Rennes 2 est nimbée de la lumière photographique de l’artiste franco-marocaine Sara Ouhaddou. Dans la série Assieds-toi, prends un verre de thé, elle révèle les savoir-faire traditionnels du Maroc, au Japon et en Tunisie dans un halo de couleurs et de textures.

« Tout commence par s’asseoir et prendre un verre de thé. Absolument tous les échanges présents sur les photos, et dans mon travail de manière générale d’ailleurs », déclare Sara Ouhaddou. L’œuvre de l’artiste franco-marocaine se nourrit de l’échange et du temps long. C’est aussi l’essence de la série Assieds-toi, prend un verre de thé, exposée à La Chambre Claire, dans le bâtiment P de l’université Rennes 2, jusqu’au 13 mars 2026. « C’est dix ans d’échanges pour réussir à définir un portrait, une société, un lien familial », exprime-t-elle.

Sara Ouhaddou
Sara Ouhaddou © Saudi Arabia Ministry of Culture

Chez Sara Ouhaddou, la photographie est une matière artistique qui fait partie d’un ensemble. Comme le reste de ses recherches plastiques et théoriques, elles lui servent à construire une œuvre consacrée aux pratiques artisanales ancestrales. « J’ai toujours photographié de façon naturelle, pour documenter, mais aussi ne pas oublier les formes, les couleurs ou les assemblages », souligne-t-elle.

Depuis une décennie, l’artiste collabore avec les communautés, principalement marocaines, pour produire des œuvres qui réinterprètent aussi bien les techniques du verre et de la céramique que du tissage et de la broderie. « Je viens d’une famille d’artisans et de fermiers, ça fait partie de moi, de mon histoire », informe-t-elle. Sa double culture, artiste née en France au sein d’une famille marocaine, est le point de départ d’une recherche plastique et d’une quête intérieure qui prend racine dans le monde de l’artisanat. « Aujourd’hui, je comprends que ce qui m’intéresse, c’est trouver comment l’art, comme champ d’exploration, peut permettre à l’artisanat, qu’on a longtemps mis de côté, de rester un champ d’innovation et de progrès. » Dans la mouvance d’une génération d’artistes, Sara Ouhaddou s’attache à déconstruire l’histoire académique de l’art occidental et minimiser la séparation artiste/artisan afin de rétablir une relation entre les deux. « Il n’existe pas d’équilibre idéal, mais je travaille justement à montrer que des relations sont possibles. » Ses œuvres deviennent des espaces où elle expérimente, avec les artisans, l’idée d’une collaboration équilibrée.

Cependant, voir ses photos comme des œuvres à part entière et accepter de les montrer a demandé du temps, et des échanges : « Le geste de les montrer est venu de l’extérieur, mais je dis tout le temps que je ne fais rien sans les autres », s’amuse-t-elle avant de préciser : « Toutes mes projets partent de discussions avec ma famille, j’ai besoin de ce dialogue permanent pour créer. » C’est en 2023, alors que Sara commence réellement à s’interroger sur les relations possibles entre l’artisan et l’artiste, que ses photographies rejoignent pour la première fois les murs des salles d’exposition qui accueillent son travail. « À ce moment-là, il m’a paru évident de montrer tout le processus, et la photo en fait partie. »

Ses clichés n’avaient peut-être pas vocation à être exposés, mais ils arrivent comme un nouveau témoignage de cette filiation artiste/artisan.

Les photographies de Sara Ouhaddou sont des œuvres en elles-mêmes, en ce qu’elles portent en elles. Les compositions graphiques, intelligemment travaillées, sont habitées par des couleurs et des textures qui donnent une ambiance plastique à l’ensemble. « On reconnaît les œuvres dans les photos et vice-versa, mais au moment de la prise, je la considère comme une matière artistique qui va transpirer dans une œuvre à un moment ou un autre, sans pour autant vouloir la copier. » On sent, dans les portraits des personnes à travers leurs objets et les portraits sociaux, un regard attentif aux détails et une observation lente de l’environnement qui l’entoure. « Je m’intéresse beaucoup à ce que raconte l’objet sur la société et sur la personnalité. » La présence humaine est quasi inexistante, mais les choix de prise de vue reflètent une intimité plus directe et les liens qu’elle a tissé avec les artisans et artisanes. Dans la vision d’une veste ou d’un pantalon porté au quotidien ou d’un salon, on entre dans un intérieur, dans une vie. On devine là une relation forgée avec le temps. « Il n’y a pas d’action sans ce temps. Pas de conversation possible en fin de compte », dit-elle. « J’ai parfois mis dix ans à faire des photos, comme la série des portraits d’artisans à travers un objet. »

La dimension personnelle se prolonge à la sphère familiale. Ce qui est omniprésent dans le travail de Sara, par l’aller-retour constant entre sa famille et son oeuvre, prend ici une nouvelle tournure puisque certains membres apparaissent : on y voit sa tante, sa mère et sa grand-mère. D’invisible, le rapport intime devient alors visible, palpable.

19 janvier 2026 – 13 mars 2026

Campus de Villejean (Rennes)
La Chambre claire (bât. P)
Entrée libre

Galerie Polaris – Sara Ouhaddou