Rennes. La galerie Jonathan Roze invite à l’exposition hommage de Léa Chotard

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léa chotard
Léa Chotard, Première récolte, 2025, acrylique et huile sur médium, 50,5 x 65,5 cm

La galerie Jonathan Roze présente, du 23 janvier au 14 février 2026, une exposition-hommage consacrée à Léa Chotard, jeune artiste diplômée de l’EESAB de Rennes, disparue en septembre 2025.

Léa Chotard, 25 ans, devait entamer une collaboration avec la galerie Jonathan Roze en participant notamment à l’exposition inaugurale du nouvel espace, 4, place du Parlement de Bretagne, en octobre 2025. À l’annonce de sa disparition, le galeriste — en accord avec sa famille et en partenariat avec l’École, ses professeurs et ses proches — a choisi de lui dédier une exposition afin que le public découvre pleinement son travail. Conçue comme un hommage, elle réunit des œuvres d’une rare intensité, d’une maturité plastique saisissante au regard de son jeune âge.

Léa Chotard
Léa Chotard

Une rencontre décisive aux Ateliers du Vent

« Deux gamins allongés sur des transats, les yeux mi-clos à cause du soleil, le sourire aux lèvres et une pomme à la main. » Le tableau Quelque chose à glisser signe, en mars 2025, la première rencontre de Jonathan Roze avec la peinture de Léa Chotard. Il le découvre lors d’une exposition collective consacrée aux étudiant(e)s et diplômé(e)s de l’EESAB, aux Ateliers du Vent : le regard s’arrête net, reconnaît une voix. Une rencontre, des échanges, puis le désir d’acquérir la toile et d’accompagner l’artiste au long cours. « Les choses ne se sont pas passées comme prévu », confie le galeriste. L’exposition-hommage devient ainsi la première monographie présentée dans sa nouvelle galerie — autrefois installée 1 rue Leperdit.

Dans les deux pièces blanches, les œuvres accrochent immédiatement : couleurs franches, formats parfois impressionnants, visages qui vous regardent sans détour. La peinture de Léa Chotard n’avance pas à pas feutrés, elle est entière : elle affirme, elle pose, elle insiste. Et c’est précisément cette énergie, presque physique, qui saisit d’emblée.

Léa Chotard
Quelque chose à glisser, 2025, acrylique et huile sur médium, 120 x 200 cm

Une figuration qui déborde le réalisme

Face aux toiles, des rapprochements viennent naturellement : Claire Tabouret (que Rennes a pu voir à l’été 2025 dans le cadre d’Exporama), l’hyperréalisme de François Malingrëy — artiste de la galerie —, ou, par instants, Inès Longevial. « Sa peinture m’a fait penser à beaucoup d’artistes que j’aime, mais on trouve aussi une patte, une personnalité », souligne Jonathan Roze. Il note que la jeune figuration issue des écoles d’art peut tendre vers une facture réaliste ; chez Léa Chotard, pourtant, le réalisme n’est jamais une fin. Il sert un enjeu plus profond : tenir une scène, retenir une tension, faire affleurer ce qui, d’ordinaire, reste hors cadre.

Comme François Malingrëy, Léa Chotard peignait ses proches : sa grand-mère, son jumeau, sa mère ; elle-même aussi. Mais derrière la familiarité des visages et la vivacité de la couleur, quelque chose résiste à la simple douceur du souvenir. « C’est une peinture très courageuse », dit Jonathan Roze : « on ressent toujours une certaine violence » — dans les contrastes, la saturation, parfois dans la manière même de figer un instant, comme si l’image devait lutter contre la fuite du temps.

Léa Chotard
Léa Chotard, C’est pas d’la tarte, 2025, 80 x 48,5 cm

Saturation, lumière noire, néons : révéler l’invisible

De prime abord, l’univers peut sembler lumineux, presque joyeux : scènes proches, présences humaines, gestes ordinaires. Puis la peinture déplace le regard. Les œuvres se construisent par strates, puis l’œil et l’esprit comprennent peu à peu qu’il s’agit moins de raconter une anecdote que de faire apparaître une zone trouble : l’émotion derrière l’image, l’inquiétude derrière la couleur, une fragilité derrière la fête. La saturation — très présente, notamment dans les images rassemblées dans son mémoire de fin d’études — devient un moyen de captation : attirer, puis laisser affleurer l’impalpable.

La lumière noire et les néons, lorsqu’ils interviennent, agissent comme un révélateur : ils déplacent la scène au plan perceptif, font surgir ce qui n’est pas immédiatement visible, comme si l’œuvre cherchait à éclairer l’obscurité plutôt qu’à la nier. « L’art, ça me permet d’exprimer ce que je ressens », confiait l’artiste dans un documentaire réalisé par son frère Malo Chotard, disponible sur YouTube.

Les œuvres oscillent entre rêve et réalité, apparition et disparition. Même quand la figure s’efface, le spectre humain demeure : un voilage qui bouge, une porte laissée ouverte, une silhouette évanescente. Par ce jeu de présence et d’absence affleure un thème discret, mais constant : la disparition — d’une personne, d’un moment, d’un état du monde qui ne reviendra pas.

Léa Chotard

Un hommage, et non un marché

Que l’on connaisse ou non l’histoire de Léa Chotard, ses œuvres appartiennent à celles qui dégagent une force émotive immédiate : une peinture sans concession, au plan plastique comme au plan affectif, capable de mettre le public à l’épreuve. Si bien des directions restaient à explorer, Jonathan Roze souhaite désormais faire circuler ce travail au-delà des murs de la galerie. « Sa peinture sera vue. Ses œuvres seront découvertes, aimées ou non, comme elle le souhaitait. »

À noter : aucune œuvre n’est proposée à la vente durant cette exposition-hommage.

Exposition Léa Chotard (hommage)
Du 23 janvier au 14 février 2026
Galerie Jonathan Roze, 4, place du Parlement de Bretagne, 35000 Rennes