Le 13 février, le groupe vannetais vonsharon publie text when you get home, un premier album qui prend au sérieux une phrase banale, celle qu’on envoie pour se rassurer et pour garder l’autre à portée de doigt.
Derrière l’apparente douceur du message, le disque explore ce qui s’y cache souvent, c’est-à-dire l’attente, le contrôle, le désir, et toutes ces formes de communication qui apaisent autant qu’elles enferment. Avec une batterie, une guitare et une voix, parfois deux, Maxim Castel-Charron et Noël Tupin livrent un rock brut, minimaliste et habité, qui préfère l’urgence à la posture.
Vonsharon a construit text when you get home comme une boucle, donc comme une narration qui revient sur elle-même, qui insiste, qui s’ébrèche, et qui refuse la résolution confortable. Le point de départ s’appelle home yet?, dont la boucle introductive aligne quelques notes suspendues qui ressemblent à une question quasi mécanique. Le motif réapparaît ensuite, déformé et reconduit, dans i don’t dare to dream of you et dans des textures instrumentales qui font office de mémoire involontaire. Ce fil agit comme une cicatrice sonore, puisque tout évolue autour de lui, sans qu’il disparaisse vraiment.
Au fil des titres, des images reviennent comme des flashs, avec la chaleur qui colle à la peau, les textos qui s’empilent, la télévision qui parle pour combler le vide, et des routes désertes qui promettent la fuite tout en rappelant l’isolement. Ce décor dit la vulnérabilité, le regard, et surtout cette frontière trouble entre la réassurance et l’emprise. Chaque échange semble offrir un refuge, alors même qu’il dessine une cage.
Le duo revendique une origine qui ne sert pas de carte postale. Vonsharon ne vient ni d’un lieu ensoleillé ni d’une scène branchée, et le groupe entend ramener le rock là où il fait sombre, loin des quartiers chics, là où l’on vit davantage qu’on ne se raconte. Leur formule reste volontairement simple, donc lisible, et l’honnêteté du geste prend le pas sur la surproduction. La batterie et la guitare font le travail du décor, et la voix, rugueuse et directe, fait le travail de la confession.
Musicalement, vonsharon se situe entre le songwriting de Hanni El Khatib, la hargne abrasive de DITZ, et une énergie frontale qui rappelle Blood Red Shoes. Le résultat sonne comme un rock de nerf et de nerfs, traversé par l’ennui, la colère sincère, une ironie qui protège, l’envie de fuite, et une lucidité qui ne négocie pas.
Si la musique se veut dépouillée, les arrangements vocaux, eux, creusent une tension subtile. La voix puissante de Maxim se confronte à celle, plus claire, d’Alison (ex-POPPIES). Cela crée deux perspectives qui cohabitent sans se confondre, et deux vérités qui ne se réconcilient pas tout à fait. Le déséquilibre devient un choix, donc une dramaturgie.
Autour de ces voix, les espaces instrumentaux respirent, mais ils n’apaisent pas. Ils reviennent comme un témoin qui surveille plutôt qu’il ne console. L’album progresse ainsi comme un message qui cherche sa réponse, puis comme une réponse qui ne suffit pas, et enfin comme une question qui revient, presque blessée.
Vonsharon est né d’une faille. Maxim Castel-Charron, survivant parmi d’autres des attentats du Bataclan, porte une marque qui n’est pas brandie comme un emblème, mais qui irrigue une urgence. Le groupe joue comme on respire après l’apnée, sans politesse, sans calcul, avec la nécessité de transformer une tension intime en énergie tenue. Ce n’est pas un disque qui exhibe, c’est un disque qui canalise.
Puissant et pop, au sens où il n’a peur ni du silence ni du vacarme, text when you get home s’annonce comme un premier album dense et sensible, qui parle d’aujourd’hui sans slogan, parce qu’il part de ce qui se passe dans nos mains, dans nos écrans, et dans nos têtes. Vonsharon s’apprête à reprendre la route des salles françaises et européennes au printemps 2026, avec ces nouveaux titres qui sonnent comme des signaux d’alerte autant que comme des cris de vie.
Repères
- Groupe : vonsharon (Vannes, Morbihan)
- Formation : duo, Maxim Castel-Charron (chant, guitare) et Noël Tupin (batterie)
- Album : text when you get home
- Sortie : 13 février
- Couleurs : rock minimaliste et brut, énergie directe, tension vocale (avec la participation d’Alison, ex-POPPIES)
- En scène : tournée annoncée au printemps 2026, en France et en Europe
Tracklist
- (home yet?)
- we need to get our stories straight
- summer over
- dm for collab
- televangelism
- puta calor
- (i don’t dare to dream of you)
- got a lot to show you
- in tuscon
- wd40
