L’exposition Voir la mer – Reflets d’un océan chaviré est à découvrir gratuitement au MAIF Social Club, dans le Marais, jusqu’au samedi 25 juillet 2026 : une traversée sensible, politique et poétique qui invite à regarder autrement cet espace immense dont dépendent nos vies, nos imaginaires et nos équilibres. Des abysses à la surface, du rêve d’infini aux blessures infligées par l’exploitation humaine, le parcours explore une mer fascinante, nourricière, mais profondément fragilisée.
Avec cette exposition immersive, le MAIF Social Club consacre sa saison à l’océan et propose bien davantage qu’une promenade esthétique. Voir la mer interroge la place décisive qu’occupe cet univers dans nos civilisations, nos économies, nos mythologies et notre avenir commun. À la fois matrice de la vie et espace surexploité, la mer apparaît ici comme un monde à la fois sublime et chaviré.
Car il faut désormais regarder la mer en face. Réchauffement des eaux, montée du niveau marin, acidification, désoxygénation, pollution plastique, destruction des habitats, surpêche, effondrement de la biodiversité, marchandisation des rivages, industrialisation des flux maritimes : l’exposition prend acte de cette réalité sans sombrer dans le discours abstrait. Elle choisit au contraire la force des œuvres, des matières et des formes pour faire sentir ce qui se joue.

Voir la mer – Reflets d’un océan chaviré déploie un parcours en quatre séquences qui accompagne le visiteur depuis les profondeurs jusqu’aux rivages, avant de le confronter aux blessures infligées au monde marin et aux gestes qui permettent encore d’agir. Le propos est clair, mais jamais pesant. L’exposition conjugue l’émerveillement, l’inquiétude et la responsabilité.
Elle rassemble des artistes contemporains dont les œuvres rendent hommage à la puissance comme à la vulnérabilité de la mer. Sculptures, installations, matières organiques, objets récupérés, images, formes hybrides ou visions fantasmatiques composent un ensemble cohérent, où l’art devient un moyen de connaissance autant qu’un appel à la vigilance.

Parmi les œuvres marquantes, on découvre notamment :
Charlotte Gautier van Tour, avec une installation immersive où céramique, eau, membranes textiles, spiruline, brume et matières vivantes composent une sorte de cavité matricielle. Son travail fait sentir combien les organismes marins les plus minuscules, à commencer par le phytoplancton, soutiennent pourtant l’ensemble du vivant. L’œuvre convoque à la fois le laboratoire, la grotte primitive et le paysage sous-marin.

Elsa Guillaume présente un bestiaire sculpté en grès et en grès émaillé. Entre science, rêve et mythologie, ses formes empruntent aux profondeurs marines pour donner corps à des créatures ambiguës, à la fois précises et fabuleuses. Son travail, nourri par la plongée, le dessin et l’observation, rend sensible l’étrangeté du vivant marin.

L’association BLOOM fait entrer dans l’exposition un monde abyssal peu connu du grand public. Méduses translucides, poissons des profondeurs et créatures bioluminescentes rappellent la richesse stupéfiante de ces univers encore largement inexplorés. Leur présence ne relève pas du simple émerveillement : elle insiste sur la nécessité de défendre ces milieux invisibles, menacés par la logique extractiviste et la destruction des habitats marins.

Ugo Schiavi, lui, expose des coraux artificiels composés de matériaux récupérés, notamment de plastiques et de coquillages glanés sur le littoral méditerranéen. Son œuvre, traversée par des réminiscences antiques et mythologiques, produit un trouble fécond : ces formes sont somptueuses, mais elles témoignent aussi d’un monde marin altéré, recyclé, contaminé par les déchets humains.

Le parcours se prolonge avec les œuvres d’Adélaïde Feriot, de Rémi Lécussan, de Carla Guagliardi et de Mathieu Lorry Dupuy. Chacun à sa manière donne à sentir une mer rêvée, vécue, traversée, exploitée ou menacée. Ici, la vague devient sentiment, la plage un décor fragile, le poisson un symptôme de la prédation industrielle, le rivage une image de notre propre insouciance.


Ce qui fait la réussite de Voir la mer, c’est qu’elle ne se contente pas d’illustrer un désastre écologique. Elle montre combien la mer concentre en elle nos contradictions. Nous l’aimons comme horizon, décor, promesse d’évasion et réservoir de richesses. Mais nous l’épuisons dans le même mouvement. L’exposition réussit à tenir ensemble cette beauté et cette violence, cette ivresse et cette mise en garde.
On en ressort avec davantage qu’une conscience écologique renforcée. On en ressort avec une sensation physique, presque intime, de dépendance au monde marin. Comme si cette mer, souvent regardée de loin, redevenait soudain notre affaire directe.
Infos pratiques
Exposition : Voir la mer – Reflets d’un océan chaviré
Dates : du 11 octobre 2025 au 25 juillet 2026
Lieu : MAIF Social Club, 37 rue de Turenne, 75003 Paris
Accès : entrée libre, sans réservation
Horaires : lundi et samedi de 10 h à 19 h ; du mardi au vendredi de 10 h à 20 h 30 ; fermé le dimanche
Sur place : le MAIF Social Club propose également un café, une boutique engagée et différents espaces de médiation prolongeant la visite.


