La Rennaise Agnès Ernoult ou l’enfance au crayon fin avec le Monstre de Morfesse

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Agnès Ernoult

Agnès Ernoult fait du doux une arme de précision avec un trait à la plume, des couleurs légères à l’aquarelle ou à l’encre, et surtout ce petit sens du décalage qui transforme une scène ordinaire en théâtre miniature. Née à Rennes (1987), formée à l’École Pivaut (Nantes), elle dessine depuis 2013 comme on compose une chanson courte : avec des motifs simples, une rythmique claire, et une pointe d’impertinence, juste ce qu’il faut pour que l’enfance se sente respectée.

Son univers est doux et sensible , mais ce serait oublier le troisième moitié de la formule qui est l’humour. Pas l’humour décoratif. Plutôt celui qui désamorce les peurs, dégonfle les grands airs, et remet le merveilleux à hauteur d’enfant. Dans ses images, les personnages ont des expressions précises, presque “jouées”, comme si chaque visage avait répété sa réplique. On y reconnaît aussi une culture du dessin animé et de la bande dessinée avec de l’énergie, des silhouettes lisibles, une narration visuelle qui ne s’excuse jamais d’être drôle.

Agnès Ernoult

Le parcours d’Agnès Ernoult n’a rien de tapageur. Un désir d’enfance devenu métier, puis une installation progressive dans le paysage jeunesse : commandes, albums, collaborations, et une patte qui s’affirme sans se raidir. Son travail est aussi repéré à l’international, elle est notamment représentée par IllustrationX, qui insiste sur son talent pour les personnages “à forte présence” — sorcières, dinos, créatures et figures comiques — et sur l’influence durable des récits animés et des souvenirs d’enfance. Le fait d’avoir ensuite vécu à Bristol, avec son bouillonnement créatif, s’entend dans cette liberté de ton, un monde imaginaire qui n’est pas un refuge, mais un terrain de jeu.

Agnès Ernoult
Agnès Ernoult

Le Monstre de Morfesse : quand la farce devient mécanique de lecture

Son dernier album, paru fin 2025, Le Monstre de Morfesse, illustre parfaitement ce qu’elle sait faire qui est donner du corps à une histoire qui carbure au rythme, à la surprise et à la musicalité des mots. Le texte est signé en 2006 Frédéric Sabrou et assume un comique frontal, quasi “cartoon”, porté par des onomatopées et une logique d’escalade. Le pitch, lui, est irrésistiblement absurde. Une nuit de “vide lune”, un monstre affamé… et sa spécialité, disons, très ciblée. C’est audacieux sans jamais être graveleux ; il joue l’innocence du burlesque, cette tradition enfantine où le corps devient gag parce qu’il est universel, et parce qu’on a le droit d’en rire.

Agnès Ernoult

Dans ce dispositif, l’image n’est pas une illustration “en plus” : elle est le moteur qui rend le comique acceptable, lisible, et surtout joyeux. Agnès Ernoult sait arrondir les angles sans édulcorer. Son monstre a l’air à la fois sûr de lui et un peu dépassé par sa propre mission — ce qui le rend immédiatement fréquentable. Les cadrages, la gestuelle, les regards, tout travaille à transformer un “gros gag” en aventure narrative. Au fond, l’album tient parce qu’il ne méprise jamais son lecteur. Il lui offre de rire, mais aussi une vraie dynamique de récit, avec des scènes qui s’enchaînent comme des séquences animées.

Agnès Ernoult

Le Monstre de Morfesse

  • Titre : Le Monstre de Morfesse
  • Texte : Frédéric Sabrou
  • Illustrations : Agnès Ernoult
  • Éditeur : Didier Jeunesse
  • Date de parution : 1er octobre 2025
  • Format : cartonné / relié
  • Pagination : 32 pages
  • Âge conseillé : à partir de 3 ans
  • Prix public : 13,90 €
  • ISBN / EAN : 978-2-278-13098-6 / 9782278130986