Des créations Art déco à découvrir à Rennes, Saint-Brieuc, Brest et Vannes

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art déco Bretagne
La façade des anciens magasins Valton : 9, rue d’Antrain à Rennes

L’année 2025 fut marquée par le centenaire du style Art déco, le monde de l’art et de la culture a célébré les 100 ans de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925, événement fondateur qui a donné son nom — et son élan — à l’Art déco.

À Paris, la commémoration a pris des allures de grand retour : expositions, parcours patrimoniaux, conférences, visites guidées… Le Musée des Arts décoratifs, en particulier, a inscrit ce centenaire dans son calendrier avec une exposition-manifeste, tandis que d’autres institutions se sont emparées de l’Art déco comme d’un prisme pour relire l’entre-deux-guerres : sa modernité, ses contradictions, son goût du luxe, mais aussi sa foi dans le progrès et l’industrie.

Architecture des années 1930 à Paris, proche de l’esthétique Art déco
Le Palais de Tokyo, un bel exemple d’architecture des années 1930, proche de l’esthétique Art déco

L’Art déco, une modernité qui aime la ligne, la matière et l’allure

L’Art déco s’épanouit au cœur des années 1920 et rayonne jusqu’aux années 1940, même 1950 aux USA. On le reconnaît à ses formes géométriques, ses symétries, ses compositions en “façade” (souvent très théâtrales), son art de la stylisation — et à un certain goût pour les matériaux qui accrochent la lumière : marbre, faïence, verre, mosaïque, laiton, ferronneries soignées. Au plan architectural, il dialogue volontiers avec le Mouvement moderne : parfois décoratif, parfois dépouillé, souvent hybride — mais toujours lisible, assumé, “tenu”.

Ce style ne s’est pas cantonné à Paris, il s’est glissé dans toute la France, dans les cinémas, les piscines, les halls, les boutiques, les immeubles de rapport, les équipements publics. Et la Bretagne, loin d’être périphérique, en conserve des traces splendides.

Bretagne Art déco : quatre escales pour ouvrir l’œil

1) Rennes : Odorico, la mosaïque comme signature urbaine

L’entreprise italienne Odorico s’installe à Rennes en 1882. Spécialiste du pavement en mosaïque, elle connaît son plein essor dans l’entre-deux-guerres avec Isidore Odorico (1893-1945), formé à l’École des Beaux-Arts de Rennes. Il reprend l’atelier familial en 1918 et le dirige jusqu’à sa mort. Dans les années 1920-1930, ses décors deviennent un véritable langage : tesselles colorées, motifs stylisés, arabesques géométrisées, cartouches, frises…

Maison Odorico à Rennes
La maison Odorico, devenue un salon de thé-crêperie

À Rennes, le patrimoine Odorico se cherche “à hauteur de pas” autant qu’“au nez en l’air” : entrées d’immeubles, devantures, sols de boutique, panneaux, façades… Des dizaines de sites sont documentés, et d’autres réapparaissent encore au fil des rénovations, lorsqu’on retire un vieux revêtement ou qu’on décroche un crépi fatigué.

Immeuble Poirier à Rennes, exemple Art déco
L’immeuble Poirier (cinq étages), à l’angle de la rue Duhamel et de l’avenue Janvier : un exemple de la période Art déco à Rennes

La maison Odorico, située au 7, rue Joseph-Sauveur, a été transformée en crêperie-salon de thé ouverte au public. L’adresse met en valeur le savoir-faire de la famille de mosaïstes, qui a marqué Rennes et le Grand Ouest de son empreinte. La salle de bains, devenue emblématique, a fait l’objet d’une restauration attentive, portée notamment par une mosaïste rennaise, Caroline Bernard.

À voir aussi, au fil d’une promenade rennaise : la crêperie Bretone (maison Odorico), l’immeuble Poirier (avenue Janvier), la façade de l’ancienne maison Valton (aujourd’hui Crazy Republic), ou encore des mosaïques disséminées dans des halls et commerces du centre. L’Art déco, ici, n’est pas un décor-musée : c’est un détail vivant, semé dans la ville comme une ponctuation.

2) Saint-Brieuc : une chapelle Art déco comme “pièce maîtresse”

À Saint-Brieuc, l’Art déco réserve de belles surprises au hasard des rues : angles arrondis, bow-windows, hublots, ferronneries typiques, motifs stylisés… L’esprit des années 1930 se lit dans la manière de traiter les façades : un art de la courbe et de la géométrie, toujours au service de l’allure.

Façade Art déco à Saint-Brieuc
Façade remarquable d’inspiration Art déco, à l’angle des rues Saint-Benoît et Saint-Vincent-de-Paul

Le chef-d’œuvre Art déco briochin demeure la chapelle de la Maison Saint-Yves, ancien Grand Séminaire réhabilité et ouvert à la ville : mosaïques Odorico, peintures a fresco, mobilier inspiré par l’esprit Seiz Breur, et fresques murales de Xavier de Langlais. La lumière des vitraux y fait vibrer les ors, les bleus, les rouges : l’Art déco y apparaît au plan le plus spectaculaire — celui d’un décor total, enveloppant, presque “cinématographique”.

Intérieur de la chapelle de la Maison Saint-Yves
L’intérieur de la chapelle de la Maison Saint-Yves

3) Morbihan : Pontivy et Vannes, l’Art déco des équipements et des façades

À Pontivy, plusieurs constructions adoptent le style Art déco dans l’entre-deux-guerres, souvent sur des parcelles où des bâtiments plus anciens ont été rasés. Un architecte municipal est particulièrement associé à cette période : Édouard Ramonatxo (1869-1933), formé à l’École des Beaux-Arts de Paris. On lui doit notamment des bâtiments publics qui installent une modernité “civile” dans le paysage urbain, dont l’école Quinivet et la cité du Plessis (1931), pensée pour loger une compagnie de gardes républicains.

Architecture Art déco à Pontivy
Pontivy : façades et volumes caractéristiques de l’entre-deux-guerres

Autre emblème : la Plage municipale des Familles, conçue à partir de 1935 et inaugurée en 1938. Le bâtiment d’entrée, en béton, assume une écriture résolument moderne : fronton géométrique, lignes droites, toiture-terrasse, refus des effets régionalistes. Ici, l’Art déco se fait “fonctionnel” : une architecture de loisir populaire, optimiste, tournée vers l’hygiène, le sport, l’accès du plus grand nombre.

À Vannes, la façade du cinéma Eden (devenu ensuite Comédia puis Universel), au 7 rue Pasteur, mérite le détour : un décor Art déco très lisible, conçu comme un “écran” urbain. On y retrouve un oriel central (ancien emplacement de la cabine de projection), des oculi, un fronton, et un programme décoratif dessiné par Robert Damilot. La façade raconte une époque : celle des salles de quartier, du muet et des débuts du spectacle de masse — quand l’architecture elle-même annonçait la magie.

Cinéma l’Universel à Vannes, façade Art déco
Vannes : la façade Art déco de l’ancien cinéma Eden / Universel

4) Finistère : Brest, l’Art déco face à la guerre — et la gare comme manifeste

Le courant Art déco s’est aussi exprimé à Brest. Malgré les destructions de la Seconde Guerre mondiale, la ville conserve des traces de cette période, notamment dans certains îlots de la rive gauche où l’on perçoit encore une architecture d’immeubles à l’allure “paquebot”, faite de lignes horizontales, d’angles arrondis, de rythmes réguliers.

Dans les années 1930, l’adaptation aux nouvelles exigences ferroviaires conduit à la construction d’une nouvelle gare confiée à un spécialiste : Urbain Cassan (1890-1979), architecte-conseil de la Compagnie des chemins de fer du Nord. Édifiée en 1936-1937, la gare de Brest assume la fascination de l’époque pour la machine et la vitesse : rotonde, auvent continu, toit-terrasse, et surtout cette tour d’horloge.

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