Black is Beautiful à Guingamp où Kwame Brathwaite expose l’invention d’une beauté insoumise

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Kwame Brathwaite

Du 13 février au 7 juin 2026, le Centre d’art GwinZegal présente Black is Beautiful, une exposition consacrée au photographe afro-américain Kwame Brathwaite (1938-2023).

Bien plus qu’un slogan entré dans la culture populaire, une esthétique de libération, patiemment construite dans le Harlem des années 1960, au croisement de la mode, de la musique et des combats politiques.

Particularité majeure, l’exposition, réalisée en partenariat avec le Centre de la photographie de Mougins, est annoncée comme la première rétrospective de Kwame Brathwaite organisée en Europe. Une occasion rare de mesurer, images à l’appui, comment une communauté a repris possession de son visage, de ses cheveux, de sa lumière et comment un photographe a su donner à cette reconquête une forme à la fois populaire et radicale.

Kwame Brathwaite

Un studio, un collectif, une scène, AJASS ou la fabrique d’une contre-culture

Kwame Brathwaite n’est pas seulement un photographe de portraits. Jeune homme né à Brooklyn, élevé dans le Bronx, il cofonde avec son frère Elombe Brath l’African Jazz-Art Society & Studios (AJASS), un collectif, mais aussi un laboratoire culturel où s’invente une autre représentation de la vie noire américaine. À AJASS, la photographie n’est pas décorative, elle sert à produire de l’image comme on produit du politique. Défilés-happenings, lectures, performances, concerts, le collectif met en scène une fierté nouvelle, nourrie par une pensée panafricaine — celle de Marcus Garvey, célébré chaque année à Harlem lors du Marcus Garvey Day — et par un désir très concret de rompre avec les codes imposés.

Kwame Brathwaite
Kwame Brathwaite

Les Grandassa Models, le corps noir repris à l’histoire

Au cœur de cette aventure, il y a les Grandassa Models. Elles ne défilent pas seulement, elles apparaissent, elles imposent, elles déplacent la norme. Leurs coiffures naturelles, leurs bijoux symboliques, leurs vêtements inspirés du continent africain, leurs gestes — tout affirme une idée simple et incendiaire, la beauté noire n’a pas à s’excuser d’exister. Le nom même de “Grandassa” renvoie à Grandassaland, terme militant désignant l’Afrique ; une façon de dire que l’esthétique est aussi une géographie intérieure, une mémoire revendiquée.

Brathwaite photographie cette révolution au plus près. Concours comme le Miss Natural Standard of Beauty, séances en studio, événements de quartier, parades. Ses images inaugurent un nouveau régime de représentation. La peau n’est plus à corriger, les cheveux ne sont plus à lisser, l’allure n’est plus à négocier. La photographie devient un manifeste sensuel, plein d’allure, de grâce, de fierté tranquille.

Kwame Brathwaite

Harlem en musique oou quand la photographie écoute

Ce qui frappe, dans ce travail, c’est son écoute. Brathwaite photographie un monde en effervescence où la musique afro-américaine — jazz, soul, funk, gospel, blues, calypso — irrigue la ville et les imaginaires. Il collabore tôt avec des maisons de disques. Ses images signent des pochettes, capturent la dignité et la puissance d’artistes comme Abbey Lincoln et Max Roach, puis il devient le photographe attitré de Stevie Wonder ou du groupe The Stylistics.

Il faut rappeler l’ampleur de son champ avec Bob Marley, Muhammad Ali, les Jackson Five… Brathwaite documente une culture diasporique au long cours, des scènes new-yorkaises à des moments chargés d’histoire (comme le passage des Jackson Five à Gorée). L’exposition à GwinZegal promet ainsi un parcours où la mode n’est jamais séparée du réel, et où l’icône côtoie la rue, la foule, la célébration.

Black is Beautiful ne vient pas seulement illustrer une période. L’exposition permet de comprendre comment une image peut changer la perception d’un peuple par lui-même, puis contaminer le monde jusqu’à devenir une évidence. En replaçant Brathwaite au centre — non comme témoin périphérique, mais comme artisan majeur — GwinZegal propose une exposition qui parle d’histoire, de style, de politique, et de ce moment précis où la beauté devient une forme de résistance. Comme bien souvent avec les expositions de GwinZegal, à ne pas manquer !

Kwame Brathwaite

Infos pratiques

  • Exposition : Black is BeautifulKwame Brathwaite
    Exposition conçue par François Cheval, Yasmine Chemali et Jérôme Sother.
  • Dates : du 13 février au 7 juin 2026
  • Vernissage : jeudi 12 février 2026 à 18h30
  • Lieu : Centre d’art GwinZegal, 4 rue Auguste-Pavie, 22200 Guingamp
  • Horaires : du mercredi au dimanche, 14h – 18h30 (fermé les jours fériés)
  • Entrée : libre
  • Groupes : visites gratuites sur réservation
  • Contact : 02 96 44 27 78 — info@gwinzegal.com

Temps fort

  • Jeudi 26 mars 202620h : projection de I Am Not Your Negro au cinéma Les Korrigans