Paysages Pluriels ou dix regards sur les paysages bousculés aux Ateliers des Capucins à Brest

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exposition photo brest capucins

Du 9 janvier au 28 février 2026, les Ateliers des Capucins à Brest accueillent l’exposition photographique Paysages Pluriels.

Conçue par le photographe et commissaire Nicolas Coutable, cette proposition collective réunit dix artistes autour d’un même fil rouge : comment l’humanité marque, transforme – et parfois abîme – les paysages à l’heure du dérèglement climatique.

En une trentaine de photographies, l’exposition compose une sorte d’enquête visuelle, à mi-chemin entre reportage et art conceptuel. Le visiteur est invité à suivre un itinéraire sensible qui épouse les cycles de l’eau et de la matière. Des quais industriels du port de Dunkerque jusqu’aux fjords norvégiens, avant de conduire vers une île abandonnée au large du Japon, en passant par des littoraux bretons érodés, des plages saturées de touristes, des zones sinistrées par les incendies ou la pollution.

Une exposition manifeste sur les traces de l’Anthropocène

À l’origine, Paysages Pluriels était une exposition personnelle de Nicolas Coutable. De son travail sur les friches portuaires du Nord, ses résidences en Amérique du Sud ou ses recherches autour des flux industriels, le photographe a tiré une conviction. Nos paysages portent, parfois de manière spectaculaire, les stigmates du capitalisme mondialisé. Incendies, érosion littorale, surtourisme, gigantisme des infrastructures, mais aussi gestes ordinaires de nos loisirs et de nos déplacements, laissent une empreinte durable dans le relief du monde.

En invitant neuf autres artistes – Brice Bourdet, Cécile Pardo Iloé, Claire Béteille, Jamaya, Kristina Olianiouk, Léo Sestier, Nathan Houtch, Romain Gambier et Stéphane Louis – il transforme cette réflexion en conversation collective. Chacun arrive avec sa sensibilité – paysages industriels ou lacustres, ruines modernistes, îles ultra-denses vues du ciel, plages envahies par la foule, Salton Sea californien à l’agonie, villages andins suspendus au-dessus des salines, selfies contrariés qui masquent les « spots » touristiques pour réhabiliter la part invisible du décor…

L’exposition ne cherche pas à asséner des vérités, mais à créer des liens de cause à effet perceptibles à l’échelle du globe. D’un cliché à l’autre, l’œil passe d’une scène familière – une baignade devant un paquebot de croisière, une plage bondée, une maison en bord de mer – à une vision plus inquiétante : voitures calcinées, terres rongées par la mer, architectures abandonnées. Entre fascination esthétique et consternation écologique, le visiteur mesure à quel point l’Anthropocène est d’abord une expérience de paysage.

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Dix manières de regarder un monde qui bascule

Chaque photographe décline à sa façon ce rapport troublé entre humains et milieux. Chez Nicolas Coutable, les ports, les usines, les digues et les îles bretonnes deviennent des cartes sensibles où l’on lit autant les accidents géologiques que les décisions économiques. Les images de Cécile Pardo Iloé ouvrent, elles, sur l’énigme de Hashima, île japonaise vidée de ses habitants après la fermeture de la mine de charbon, aujourd’hui classée au patrimoine mondial mais laissée à l’abandon.

Claire Béteille questionne la manière dont les réseaux sociaux et la quête du « spot parfait » modifient notre manière d’être au paysage avec des silhouettes anonymes, comme aspirées par le selfie, masquent le point de vue « carte postale » et obligent à regarder ce qu’il y a autour. Brice Bourdet collecte et superpose des images glanées en ligne jusqu’à créer des visions fantomatiques où les clichés touristiques se ressemblent tous, soulignant la standardisation de nos imaginaires.

Avec son reportage Polymorphe, Jamaya suit les opérations de brûlage dirigé et les interventions de secours face aux feux de forêt, révélant la présence humaine là où nous imaginons souvent une nature autonome. Kristina Olianiouk compose, quant à elle, des scènes où une mer de vacanciers côtoie les silhouettes massives des paquebots, image saisissante d’un tourisme mondialisé qui se déploie sur fond de crise climatique.

Les images de Léo Sestier et Nathan Houtch nous transportent vers les hautes altitudes de l’Himalaya ou des Andes, où l’hélicoptère de loisir et les salines géantes rappellent que même les paysages les plus spectaculaires sont pris dans un réseau d’usages et d’extractions. Romain Gambier s’attarde sur une plage dunkerquoise soudain envahie, tandis que Stéphane Louis revisite le Salton Sea, lac californien devenu symbole d’un désastre écologique programmé.

Ensemble, ces dix voix tracent un parcours sensible et pédagogique, où l’on peut venir en simple amateur d’images fortes comme en visiteur déjà averti des enjeux environnementaux. L’exposition reste accessible à tous les publics, y compris aux lycéens et aux familles, tout en offrant une matière riche pour les débats, les médiations et les ateliers.

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Installer Paysages Pluriels aux Ateliers des Capucins n’a rien d’anodin. Ancienne friche industrielle de l’arsenal brestois, le site est devenu en moins de dix ans un pôle culturel et de loisirs emblématique, relié au centre-ville par le premier téléphérique urbain de France. Médiathèque, espaces d’exposition, boutiques d’artisans, salle de théâtre et lieux d’innovation y cohabitent au cœur d’une vaste halle publique.

Dans ce décor de reconversion réussie, l’exposition trouve un écho particulier car elle rappelle que nos territoires peuvent se transformer, se réparer, se réinventer, à condition d’en regarder lucidement les blessures. Paysages Pluriels est ainsi présentée comme une exposition engagée, portée par des artistes citoyens désireux de rendre la question écologique tangible, concrète, à hauteur de regard.

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Infos pratiques

Exposition « Paysages Pluriels »
Du 9 janvier au 28 février 2026
Les Ateliers des Capucins
25, rue de Pontaniou, 29200 Brest
Horaires d’ouverture : 10h00-00h00 sauf vendredi et samedi jusqu’à 1h du matin.

Vernissage : vendredi 9 janvier à 18h, en présence de l’artiste et commissaire Nicolas Coutable.
Avec : Brice Bourdet, Cécile Pardo Iloé, Claire Béteille, Jamaya, Kristina Olianiouk, Léo Sestier, Nathan Houtch, Nicolas Coutable, Romain Gambier, Stéphane Louis.
Plus d’information : paysagespluriels.com