Finistère. Pourquoi la ville de Landerneau est-elle surnommée la Florence de l’Ouest ?

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Landerneau-Florence

À l’image de Florence en Italie, symbole de la Renaissance, la commune de Landerneau, dans le Finistère, déploie des maisons à colombages, des façades sculptées et des encorbellements majestueux qui témoignent d’un passé prospère, notamment au XVIe siècle.

Florence, la ville toscane, a joué un rôle économique et culturel décisif sous la lignée des Médicis aux XVe et XVIe siècles. Son âge d’or se lit dans une concentration rare de monuments et de chefs-d’œuvre, autour de la cathédrale Santa Maria del Fiore, de Santa Croce, du palais des Offices ou encore du palais Pitti. Cette histoire s’incarne aussi dans les artistes qui l’ont façonnée, parmi lesquels Giotto di Bondone (1267-1337), qui fut à la fois peintre, architecte et sculpteur, Filippo Brunelleschi (1377-1446), Sandro Botticelli (1445-1510) et, bien sûr, Michel-Ange (1475-1564), figure tutélaire de la Renaissance italienne.

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Cathédrale Santa Maria del Fiore, avec le campanile attribué à Giotto di Bondone

Aujourd’hui encore, le centre historique de Florence, qui est délimité par les vestiges des murs d’enceinte du XIVe siècle, couvre une superficie de 505 hectares. Inscrit au patrimoine mondial, il est souvent présenté comme une réalisation urbaine et sociale exceptionnelle, issue d’une créativité durable, où musées, églises et palais dialoguent avec des œuvres d’art d’une valeur inestimable. L’influence de Florence sur l’architecture et les beaux-arts s’est d’abord imposée en Italie, puis au-delà, au fil des siècles, jusqu’à irriguer l’Europe entière.

La richesse patrimoniale de Landerneau n’a rien à envier aux belles cités italiennes, ce qui lui a valu le surnom évocateur de Florence de l’Ouest.

Ce surnom n’est pas une comparaison littérale, mais un raccourci parlant. Il renvoie à une densité architecturale étonnante pour une ville de cette taille, à l’allure « décor » du centre ancien, et à une histoire urbaine qui a longtemps mêlé commerce, pierre et représentation. À Landerneau, l’œil est happé par les façades, les volumes, les détails, comme si la prospérité passée avait laissé un goût durable pour la beauté de l’ornement.

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Vers 1500, la réussite à Landerneau se traduit par l’émergence, dans les sources, d’une élite de citadins aisés composée d’artisans, de marchands, d’armateurs et de maîtres de navire. Le paysage urbain se structure autour du pont habité, d’un réseau de rues, de moulins puissants, d’un hôpital, des églises Saint-Thomas, Saint-Houardon et Saint-Julien, des halles et d’hôtels bourgeois. Sur les quais, un port actif accueille des navires marchands qui circulent à l’échelle atlantique, du Portugal aux îles Britanniques, et au-delà, au rythme des échanges et des saisons.

Cette prospérité s’explique aussi par une économie régionale très spécifique : le Léon est longtemps l’un des grands territoires liniers de France. Les ports de Landerneau et de Morlaix participent à l’exportation des « crées », ces fines toiles de lin réputées, qui alimentent des circuits marchands au long cours. Autrement dit, la ville s’est enrichie au contact des flux, et l’on retrouve cette énergie dans l’architecture : demeures de négociants, hôtels particuliers, quais et perspectives qui affirment, encore aujourd’hui, une certaine idée de la réussite.

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Les anciens hôtels particuliers des marchands, dans les rues pavées de Landerneau, demeurent les témoins d’un riche passé et attirent aujourd’hui photographes, peintres et cinéastes en quête de décors authentiques. Il n’est pas rare d’y croiser des artistes installés face aux façades, un chevalet au ras des pavés, comme si la ville conservait ce pouvoir simple de faire ralentir le regard.

L’Elorn, fleuve côtier, traverse Landerneau et ajoute une dimension poétique à l’ensemble. Les ponts historiques offrent des perspectives singulières, au premier rang desquelles le pont de Rohan, reconstruit en 1510. Emblème urbain, il participe fortement au surnom de « Florence de l’Ouest », parce qu’il concentre l’identité de la ville en une image presque unique : un pont habité, qui abrite encore une vie de boutiques et de passages, comme une rue suspendue au-dessus de l’eau. Au fil des rues, céramistes, sculpteurs, sérigraphes et designers graphiques trouvent à Landerneau des ateliers abordables et une qualité de vie qui favorise l’élan créatif.

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Le pont habité de Landerneau (pont de Rohan)

L’atmosphère de Landerneau est particulière, parce qu’elle mêle tradition et modernité et qu’elle forme un terreau fertile pour l’expression artistique. Des résidences d’artistes se développent, tandis que des rendez-vous consacrés aux arts visuels et aux métiers d’art ponctuent le calendrier culturel. Durant les nocturnes estivales, les rues et ruelles s’animent, au rythme des performances, des installations et des concerts, comme si la ville se donnait, un soir, la permission d’être un atelier à ciel ouvert.

À noter : le Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la culture, installé dans l’ancien couvent des Capucins, est l’un des marqueurs contemporains de cette identité de « ville d’art ». Le bâtiment, qui date du XVIIe siècle, a connu plusieurs vies avant de devenir un lieu d’exposition majeur, et il participe à faire de Landerneau une destination culturelle bien au-delà du Finistère.

Quatrième ville du département du Finistère, Landerneau est située aux portes de la métropole brestoise et constitue le second pôle économique du Pays de Brest, avec un tissu d’emplois et d’entreprises qui dépasse largement son échelle urbaine, tout en conservant une intensité patrimoniale rare pour une ville de cette taille.

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Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.