Paris. Les grands âges, une exposition à découvrir au Musée de l’Homme

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les grands âges

Le Musée de l’Homme, dans le 16e arrondissement de Paris, présente une nouvelle exposition intitulée Les Grands âges. Fruit de la rencontre entre le biodémographe Samuel Pavard, spécialiste du vieillissement au Muséum national d’Histoire naturelle, et le photographe Nikos Aliagas, elle interroge notre rapport au temps, à la longévité et à la place accordée aux personnes âgées. À découvrir jusqu’au dimanche 3 janvier 2027.

Pourquoi les très grands âges nous fascinent-ils autant qu’ils nous dérangent ? Parce qu’ils déplacent nos repères habituels. Ils obligent à penser la vie humaine non seulement comme une succession d’étapes biologiques, mais aussi comme une histoire sociale, familiale, culturelle et sensible. Avec Les Grands âges, le Musée de l’Homme propose une exposition à la croisée de l’art et de la science, entre portraits photographiques, données démographiques et réflexion anthropologique.

La France compte aujourd’hui environ 31 000 centenaires, un chiffre qui témoigne de l’allongement spectaculaire de la durée de vie au cours des dernières décennies. À côté de ces centenaires apparaissent aussi des trajectoires plus rares encore, celles des personnes dites supercentenaires, c’est-à-dire âgées de 110 ans ou plus. Mais derrière ces records de longévité, l’exposition refuse la simple fascination statistique. Elle invite plutôt à regarder ce que vieillir veut dire, dans les corps, dans les familles, dans les sociétés et dans les imaginaires.

Présentée dans le Foyer Germaine Tillion, sur un espace de 250 m², l’exposition met en lumière la vieillesse comme réalité biologique, démographique et sociale. Les photographies de Nikos Aliagas y dialoguent avec les réflexions scientifiques de Samuel Pavard. D’un côté, des visages, des gestes, des présences. De l’autre, des données, des hypothèses, une histoire longue de l’évolution humaine. Entre les deux, une même question traverse le parcours : quelle place accordons-nous à celles et ceux qui portent en eux la mémoire d’un siècle ?

Une exposition sur la vieillesse, mais aussi sur le vivant

Les Grands âges ne se contente pas de documenter le vieillissement humain. L’exposition compare la longévité de notre espèce à celle du reste du vivant et rappelle combien les plus âgés ont pu jouer un rôle décisif dans l’évolution cognitive, sociale et culturelle de l’humanité. Dans les sociétés humaines, l’expérience accumulée, la transmission, le soin, la mémoire et l’organisation familiale ont constitué des forces de survie autant que des formes de culture.

Ce regard permet de sortir d’une vision strictement médicale ou déficitaire de la vieillesse. Les grands âges ne sont pas seulement le temps de la fragilité. Ils sont aussi le lieu d’une densité singulière, d’une mémoire incarnée, d’une relation différente au temps. L’exposition interroge ainsi les représentations contemporaines de la vieillesse, souvent prises entre invisibilisation, inquiétude sociale, fascination pour la longévité et injonction à rester jeune.

Le parcours ouvre également une réflexion plus large sur la santé de la planète. Vivre plus longtemps dans un monde soumis aux bouleversements environnementaux n’est pas une question purement individuelle. Elle touche à l’organisation collective, aux solidarités, aux conditions de vie et à notre capacité à penser ensemble la durée, la vulnérabilité et l’avenir.

Nikos Aliagas, le visage comme paysage du temps

Né à Paris en 1969, Nikos Aliagas est connu du grand public comme journaliste et animateur. Après ses débuts à RFI, puis à Euronews, il devient l’une des figures majeures de TF1, notamment avec Star Academy et The Voice. Mais cette notoriété télévisuelle a parfois masqué une autre pratique, ancienne et exigeante : la photographie.

Depuis de nombreuses années, Nikos Aliagas photographie les êtres avec une attention particulière aux traces du temps. La Grèce, les peuples de la mer, les artisans, les artistes, l’enfance, les voyages et la vieillesse traversent son œuvre. Son regard ne cherche pas l’effet spectaculaire. Il s’attarde sur les plis, les silences, les regards, les mains, les attitudes. Il voit dans les visages non pas une usure, mais une géographie humaine.

Photographier les grands âges constitue pour lui un défi artistique et humain. Il ne s’agit pas de faire de la vieillesse un motif pittoresque, ni de la réduire à la vulnérabilité. Ses portraits réaffirment la présence de celles et ceux que la société regarde trop peu. Ils donnent à voir des existences entières, des histoires déposées dans les traits, une dignité qui ne relève ni de l’héroïsation ni de la compassion.

Samuel Pavard, comprendre la longévité humaine

Samuel Pavard est biologiste et démographe. Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle, il travaille sur les déterminants biologiques, environnementaux, culturels et sociaux du vieillissement et de la longévité humaine. Ses recherches s’inscrivent dans le champ de la biodémographie, discipline qui croise les outils de la biologie évolutive, de la démographie et des sciences humaines pour comprendre les trajectoires de vie.

Après une thèse en écologie humaine soutenue en 2004, Samuel Pavard s’oriente vers la démographie et la biodémographie. Il effectue notamment un postdoctorat à l’Institut Max Planck de recherche démographique, à Rostock, en Allemagne, avant de devenir maître de conférences en 2009, puis professeur en 2021. Chercheur associé à l’Institut national d’études démographiques, au sein de l’unité « Mortalité, santé, épidémiologie », il s’attache aussi à diffuser les connaissances scientifiques auprès du grand public.

Dans l’exposition, son apport permet d’inscrire les portraits de Nikos Aliagas dans une réflexion plus vaste. Vieillir n’est pas seulement une affaire de biologie individuelle. C’est aussi le résultat d’un environnement, d’une histoire familiale, de conditions sociales, de systèmes de soins, de cultures et de relations intergénérationnelles. À travers cette collaboration, l’image et la science se répondent sans se confondre.

Le 20 mai, une rencontre pour penser le cycle de vie humain

Dans le cadre de l’exposition, le Musée de l’Homme propose une rencontre avec Samuel Pavard, le mercredi 20 mai 2026 à 15 h, autour d’un thème large et passionnant : Naître, grandir, aimer et mourir : une histoire naturelle du cycle de vie humain.

Cette rencontre permettra d’aborder le cycle de vie humain à partir de notre histoire phylogénétique de mammifère et de primate, mais aussi de ses particularités. Comment les capacités cognitives humaines, la culture, la technologie, les structures familiales et les organisations sociales ont-elles transformé notre manière de naître, de grandir, de nous reproduire, de vieillir et de mourir ? La question dépasse largement la biologie. Elle touche à la manière dont notre espèce a construit des formes d’entraide, de transmission et de mémoire.

La rencontre durera une heure. Elle est incluse dans le billet d’entrée du musée et se déroulera dans la Galerie de l’Homme. La réservation s’effectue sur le site de la billetterie du Musée de l’Homme.

Infos pratiques

Exposition : Les Grands âges

Dates : du 8 avril 2026 au 3 janvier 2027

Lieu : Musée de l’Homme, 17 place du Trocadéro, 75016 Paris

Espace : Foyer Germaine Tillion

Horaires : tous les jours sauf le mardi, de 11 h à 19 h

Dernière entrée : 18 h 15 pour l’exposition

Fermetures : mardi, 1er janvier, 1er mai, 14 juillet et 25 décembre

Tarifs : 15 € plein tarif, 12 € tarif réduit. Le billet donne accès à la collection permanente et aux expositions temporaires.

Rencontre : Naître, grandir, aimer et mourir : une histoire naturelle du cycle de vie humain, avec Samuel Pavard, mercredi 20 mai 2026, de 15 h à 16 h

Public : rencontre indiquée dès 12 ans par le musée

Tarif de la rencontre : inclus dans le billet d’entrée, réservation sur le site de la billetterie du Musée de l’Homme

Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.