Dans le cadre du Printemps du dessin, la Cité de l’architecture et du patrimoine, au Trocadéro à Paris, accueille du jeudi 26 mars au dimanche 12 avril 2026 la résidence Dessiner Taïwan, confiée à Li Chien-Lang, grand dessinateur, historien de l’architecture et figure majeure de la préservation du patrimoine taïwanais. Pendant plus de deux semaines, le public pourra observer l’artiste au travail, découvrir son univers graphique et comprendre, par le dessin, la richesse architecturale de Taïwan.
Il y a dans cette proposition quelque chose de particulièrement séduisant. Non pas une exposition figée, ni un simple atelier pédagogique, mais une résidence vivante, installée au cœur même des collections, où le dessin se donne à voir comme un geste de connaissance, de mémoire et de transmission. À la Cité de l’architecture, Li Chien-Lang ne vient pas seulement montrer des œuvres achevées. Il vient ouvrir son atelier, son regard, sa méthode, sa manière si singulière de faire parler les bâtiments.
Cette résidence s’inscrit dans le Printemps du dessin, rendez-vous national créé en 2017, qui fédère chaque année artistes, musées, centres d’art, monuments historiques, galeries, bibliothèques et lieux patrimoniaux autour de la pratique du dessin contemporain. L’édition 2026 se déroule du 20 mars au 21 juin et rassemble plus d’une centaine de structures en France. Dans ce vaste ensemble, la proposition parisienne portée par la Cité de l’architecture se distingue par son angle à la fois patrimonial, international et profondément incarné. :contentReference[oaicite:1]{index=1}
Avec Dessiner Taïwan, il ne s’agit pas seulement d’initier le public au dessin d’architecture. Il s’agit aussi d’ouvrir une fenêtre sensible sur une culture bâtie encore peu connue du grand public français. Toitures, charpentes, hybridations stylistiques, formes vernaculaires, influences chinoises, japonaises ou occidentales, tout un paysage architectural se laisse approcher à travers le trait de Li Chien-Lang, où la précision documentaire n’efface jamais la poésie visuelle.

Dessiner pour comprendre, conserver et transmettre
La Cité de l’architecture a choisi d’installer l’artiste sous la coupole de Cahors, au cœur de la galerie des peintures. Ce détail compte. Il ne s’agit pas d’une animation périphérique reléguée dans un atelier fermé, mais d’une présence active au sein même du musée. Li Chien-Lang y développera son œuvre pendant toute la durée de la résidence, dans un dialogue direct avec les collections, les visiteurs et l’espace monumental de la Cité. :contentReference[oaicite:2]{index=2}
Le public est invité à suivre une immersion progressive dans les formes, les savoir-faire et les paysages architecturaux de Taïwan. La résidence sera rythmée par des performances dessinées, un atelier en dialogue avec les collections et une conférence dessinée à l’auditorium. Le dispositif est intelligent, car il montre plusieurs états du dessin : le dessin comme observation, le dessin comme pédagogie, le dessin comme outil professionnel, mais aussi le dessin comme langage universel capable de transmettre un monde bâti à ceux qui ne l’ont jamais vu. :contentReference[oaicite:3]{index=3}
Dans l’atelier proposé au public, les participants s’appuieront sur les œuvres grandeur nature du musée ainsi que sur les dessins de l’artiste pour travailler des notions-clés du dessin d’architecture : la perspective, l’éclaté et l’écorché. L’intérêt de cette approche est considérable. Elle rappelle que le dessin architectural n’est pas seulement une question de virtuosité graphique. Il est une manière de déplier un édifice, de le rendre lisible, de montrer ses volumes, ses logiques constructives, ses articulations internes, son intelligibilité profonde. :contentReference[oaicite:4]{index=4}

Ce qui rend le travail de Li Chien-Lang particulièrement précieux, c’est précisément cette alliance entre rigueur constructive, observation savante et grande accessibilité visuelle. Ses dessins ne s’adressent pas seulement aux spécialistes. Ils restent didactiques, lisibles, accueillants, sans rien perdre de leur profondeur. Ils donnent à voir l’architecture comme un organisme vivant, fait de structures, de matériaux, d’ornements, mais aussi d’histoires et de transmissions.
À une époque où le patrimoine est souvent réduit à une photographie de façade ou à un discours institutionnel, la présence de Li Chien-Lang rappelle une évidence plus rare : dessiner un bâtiment, c’est déjà le sauver un peu. Le dessin oblige à regarder lentement, à comprendre ce qui soutient, ce qui relie, ce qui orne, ce qui vieillit, ce qui subsiste. Il est un acte de connaissance aussi bien qu’un acte de sauvegarde.

Li Chien-Lang, mémoire dessinée de l’architecture taïwanaise
Li Chien-Lang est né en 1949 à Taipei et a grandi aussi à Tamsui, dans un environnement marqué par la coexistence de styles architecturaux orientaux et occidentaux. Cette double sensibilité visuelle a compté très tôt dans son parcours, de même que l’influence de son père, architecte. Il s’est ensuite imposé comme l’un des grands spécialistes taïwanais de l’architecture traditionnelle et de la préservation patrimoniale. :contentReference[oaicite:5]{index=5}
Son travail mêle études de terrain, photographies, croquis, relevés, coupes, vues éclatées et dessins perspectifs. Le ministère taïwanais de la Culture souligne qu’il a contribué à préserver les détails architecturaux par le dessin à la main et la documentation sur site, et qu’il a réalisé plus d’une centaine de dessins du National Taiwan Museum et de ses bâtiments annexes. Son œuvre apparaît ainsi comme une entreprise de connaissance de très longue durée, à la fois érudite et profondément sensible. :contentReference[oaicite:6]{index=6}

La Cité de l’architecture le présente comme un maître dessinateur taïwanais, enseignant et spécialiste du patrimoine, actif depuis plus de quarante ans dans une pratique qui conjugue regard architectural et transmission. L’institution insiste aussi sur l’accessibilité remarquable de ses dessins, à la fois didactiques, illustratifs et attractifs, ainsi que sur son goût pour la pédagogie. C’est d’ailleurs ce qui rend cette résidence particulièrement prometteuse : Li Chien-Lang ne vient pas seulement exposer son savoir, il sait manifestement le partager. :contentReference[oaicite:7]{index=7}
Son parcours a été largement reconnu à Taïwan. Il a reçu le National Cultural Award, l’une des grandes distinctions culturelles du pays, et le ministère de la Culture le présente comme l’un des préservateurs du patrimoine les plus influents de Taïwan. Cette reconnaissance institutionnelle ne doit pas faire oublier l’essentiel : ce qui frappe dans ses dessins, c’est moins la solennité patrimoniale que leur capacité à rendre les bâtiments presque familiers, presque habitables à l’œil. :contentReference[oaicite:8]{index=8}


Pourquoi cette résidence mérite le détour
Le grand mérite de Dessiner Taïwan est de tenir ensemble plusieurs promesses rarement réunies. D’abord, la découverte d’un artiste important, encore trop peu connu en France. Ensuite, une introduction sensible à l’architecture traditionnelle taïwanaise, loin des approches exotiques ou touristiques. Enfin, une réflexion très concrète sur le rôle du dessin dans l’architecture, non comme simple préambule décoratif, mais comme véritable outil de lecture, de pensée et de conservation.
Pour le grand public, la résidence peut être l’occasion d’une révélation : voir naître un dessin, comprendre comment un édifice se construit sur le papier, mesurer ce qu’un regard patient découvre là où nos yeux pressés ne voient qu’une façade. Pour les amateurs d’architecture, elle promet un échange plus rare encore, celui d’un artisan du regard qui sait faire dialoguer le savoir savant, la pratique pédagogique et la beauté du trait.
Dans un musée consacré aux formes bâties, ce type de résidence a quelque chose d’évident, presque de nécessaire. Elle redonne au dessin son statut de langue première de l’architecture. Avant les logiciels, avant les rendus spectaculaires, avant les simulations, il y a la main, l’œil, la coupe, l’élévation, la mise en perspective. Il y a le dessin comme manière d’habiter intellectuellement le réel. Li Chien-Lang vient précisément rappeler cela.
Infos pratiques
Événement : Dessiner Taïwan — résidence de Li Chien-Lang à la Cité de l’architecture et du patrimoine
Dates : du jeudi 26 mars au dimanche 12 avril 2026
Lieu : Cité de l’architecture et du patrimoine
1, place du Trocadéro et du 11 Novembre, 75116 Paris
Horaires de la résidence : de 11 h à 19 h, jusqu’à 21 h le jeudi
Tarifs de la résidence : 13 € plein tarif, 10 € tarif réduit
Atelier : Dessiner l’architecture avec Li Chien-Lang, samedi 11 avril 2026 à 11 h, durée 2 h, tarif 30 €
Conférence dessinée : jeudi 9 avril 2026 à 19 h, gratuit sur inscription
Contact : 01 58 51 52 00
Billetterie : sur le site de la Cité de l’architecture et du patrimoine

