Martin Parr, Global warning au Jeu de Paume, le rire jaune d’un photographe britannique face au monde qui déborde

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Martin Parr. Global warning Jeu de Paume  Paris
Martin Parr. Global warningJeu de Paume Paris

Le Jeu de Paume consacre une grande exposition à Martin Parr (Global warning), conçue comme une relecture de cinquante ans de photographie à l’heure du désordre contemporain. Posthume, l’accrochage a été préparé avec l’artiste avant sa mort (6 décembre 2025). Une manière d’entendre encore, derrière chaque image, ce “clic” ironique qui transforme nos loisirs, nos objets, nos foules et nos automatismes en symptômes.

On a trop résumé Martin Parr à ses couleurs saturées, à son flash frontal, à ses scènes de plage, de buffet tiède et de tourisme de masse. Or ce qui se joue ici est plus profond : Parr n’est pas “militant” au sens classique, mais il observe avec une constance d’entomologiste les causes ordinaires de l’Anthropocène. Dans ses images, l’absurde n’est pas une décoration : c’est un révélateur. Le trivial colle au politique, sans discours, par simple accumulation de détails, d’emballages, de gestes mécaniques, de postures répétées.

Global warning met ce fil rouge au premier plan : ce qui semblait “drôle” il y a vingt ou trente ans devient, avec le recul, plus grave qu’il n’y paraissait. Le monde photographié par Parr amuse, puis inquiète. Son humour (très britannique, satirique, doux-amer) agit comme un vinaigre discret versé sur nos cartes postales : il empêche l’image de se refermer en souvenir confortable.

Une traversée en 180 œuvres, des débuts en noir et blanc à la couleur agressive

L’exposition rassemble environ 180 œuvres, des années 1970 à aujourd’hui, et s’organise en cinq sections (commissariat : Quentin Bajac). On y retrouve les thèmes obsessionnels de Parr, déployés des îles britanniques aux cinq continents : ravages du surtourisme, domination de la voiture, dépendances technologiques, frénésie consumériste, et, plus largement, notre rapport ambivalent au vivant.

Ce qui frappe, c’est la manière dont Parr rend visible une époque sans la surplomber : il photographie “la vie ordinaire”, mais une vie ordinaire surexposée, saturée, comme si la modernité avait trop monté le contraste. On rit souvent. Et ce rire, précisément, fait partie du piège : il nous inclut dans le cadre. Personne ne se tient vraiment “au-dessus” de ces images, pas même le photographe.

Infos pratiques

  • Dates : du 30 janvier au 24 mai 2026
  • Lieu : Jeu de Paume, 1 place de la Concorde, 75001 Paris
  • Horaires : mardi 11h–21h ; mercredi à dimanche 11h–19h
  • Tarifs : de 0 à 14 € (réservation indiquée)
  • Conseil : viser le mardi en fin de journée pour profiter du nocturne