Depuis ses débuts en 2017, P.R2B s’est trouvé une place bien à elle dans le paysage musical francophone. À travers son premier EP Des rêves puis l’album Rayons Gamma, l’artiste nous avait introduits dans son univers tout à la fois enchanté et désenchanté, qu’elle tisse avec une écriture nourrie de ses amours cinématographiques. Aujourd’hui, elle est de retour avec son nouvel opus Presque Punk, sorti le 5 décembre dernier chez Tie Break Music.
Depuis longtemps, la musique fait partie du patrimoine familial de P.R2B, de son vrai nom Pauline Rambeau de Baralon. Née en 1990 à Saint-Doulchard, dans le Cher, elle grandit à Bourges auprès d’un père guitariste professionnel et d’une mère travaillant en atelier de production. Elle évolue ainsi dans un cadre baigné de musique, un art qui se vit chez elle au quotidien. Pendant son enfance, elle découvre tout d’abord les disques de Brigitte Fontaine et Barbara, pour lesquelles elle se prend de passion et qui deviennent ses premières inspiratrices. En parallèle, elle reçoit également l’influence d’artistes venus, pour certains, de la sphère rap internationale, tels que Kanye West et Eminem. Cette éducation musicale bourgeonnante prend une nouvelle tournure lorsqu’à l’âge de 7 ans, sous l’impulsion de son père, elle s’inscrit en école de musique et choisit d’elle-même la pratique de la clarinette. Puis les années passent jusqu’à sa période collège, pendant laquelle elle s’initie à la guitare. C’est à cette même période qu’elle écrit ses toutes premières chansons.

Dans le même temps, elle nourrit une autre passion des plus dévorantes : le cinéma. À tel point que, très vite, elle éprouve le désir brûlant de l’explorer encore davantage en apprenant la réalisation. C’est ainsi qu’à 18 ans, son bac en poche, elle quitte Bourges pour s’installer à Paris et entre à la prestigieuse école de cinéma de la Fémis. Au cours de son cursus, elle réalise ses deux premiers courts métrages, dont Bird’s Lament (2015), créé autour de sa découverte du répertoire du compositeur américain Moondog. En parallèle, elle suit également le Cours Florent, animée par un intérêt prononcé pour l’univers de la comédie musicale et projetant alors de devenir comédienne.
À cette même période, elle maintient sa pratique musicale et, pendant ses études, elle compose même plusieurs chansons formant un nouveau répertoire, jusqu’à ce qu’elle écrive un morceau intitulé Océan Forever, l’été même où elle sort diplômée de réalisation de la Fémis. C’est alors le premier titre qu’elle signe sous son nouveau pseudonyme : P.R2B. Diffusé tout d’abord sur Internet, le morceau suscite l’attention du label défricheur La Souterraine. Ce dernier le publie sur sa compilation Qui sont les coupables ?, qui sort le 30 novembre 2017. Dans la foulée, P.R2B donne ses premiers concerts, parmi lesquels un passage sur la scène des Trois Baudets le 7 mars 2018, puis aux Bars en Trans de Rennes le 7 décembre de la même année.
Un nouveau tournant survient l’année suivante, lorsque Océan Forever est repéré par Arthur Teboul, chanteur au sein du groupe Feu ! Chatterton. Séduit par l’univers de l’artiste, il lui offre d’ouvrir le concert de sa formation le 10 avril de cette année au Bataclan. Un évènement qui agit comme un véritable tremplin pour la jeune artiste, alors encore seule aux commandes de son projet. C’est à cette même époque qu’elle fait aussi la rencontre, tout aussi décisive, de Tristan Salvati, producteur et arrangeur en compagnie duquel elle rentre en studio afin de retravailler ses compositions. Avec lui, elle met sur pied un premier EP intitulé Des rêves, qui sort en septembre 2020. Il est suivi, un an plus tard, de son premier album Rayons Gamma, qui remporte un beau succès public comme critique. Par la suite, elle se retrouve accompagnée par le dispositif FAIR et intègre la promotion 2021 des Francofolies de La Rochelle, s’illustrant aussi aux Primeurs de Massy.
À l’été 2022, P.R2B poursuit sur sa lancée et enchaîne les festivals, sans pour autant cesser d’écrire et de composer. C’est ainsi qu’une fois sa tournée terminée, elle reprend le chemin des studios et se consacre en grande partie à la composition de musique de film. Elle conçoit alors les bandes originales de plusieurs documentaires et longs métrages de fiction : parmi eux, elle signe la musique du film Les meutes de Kamal Lazraq (2023) et La mer au loin de Saïd Hamich (2024). Elle participe aussi aux arrangements de la musique de Partir un jour d’Amélie Bonnin (2025) et du court-métrage Dieu est timide de Jocelyn Charles. Entre-temps, elle poursuit aussi son projet personnel et dévoile les deux singles Metaverse et Vidéodrome, sortis respectivement en mars et juillet 2022. Parmi ses autres collaborations, elle prend également part à l’aventure du groupe DRAGA, formé aux côtés de Lucie Antunes, Theodora Deliez, Narumi Herisson et l’actrice Anna Mouglalis. Au sein de ce groupe, elle participe à mettre en musique plusieurs textes de la romancière et philosophe Monique Wittig, ce qui donne lieu à l’album Ô Guérillères, sorti en 2024.

Entre-temps, P.R2B réalise qu’elle sature de sa vie citadine. C’est ainsi qu’un beau jour, elle prend la route et décide de passer quelque temps au vert dans une maison située dans les Cévennes, afin d’enregistrer de nouvelles compositions. Au fil du temps, ce qui ne devait être qu’un bref séjour s’articule finalement sur plusieurs mois de résidence artistique, avant que la Berrichonne ne décide de déménager pour s’installer à plein temps dans ce nouveau sanctuaire. De ce nouveau départ naît ainsi son deuxième opus solo, nommé Presque Punk, qu’elle nous a dévoilé le 5 décembre dernier via Tie Break Music.
Une introduction à un nouveau chapitre
Plus encore que dans ses opus précédents, P.R2B a insufflé une dimension proprement corporelle à ces nouvelles compositions qui, à bien des égards, se dansent autant qu’elles se pensent. Un aspect qui doit beaucoup à l’habillage instrumental de cet album, que P.R2B a partiellement réalisé en collaboration avec l’auteur-compositeur-interprète Sage et surtout le beatmaker Rosalie Du 38, connu pour ses collaborations avec des artistes de la sphère rap comme La Fève, Mister V et So La Lune. Plus globalement au plan esthétique, les chansons de cet opus sont principalement ancrées dans un style électro-pop tantôt dynamique, tantôt à la lenteur plus appuyée, dont les accents rythmiques penchent parfois vers la house. C’est donc sur ces instrumentaux que P.R2B pose sa voix reconnaissable, oscillant entre douceur, plainte et cri du cœur, via des inflexions et une prosodie empruntant souvent à la rythmicité du rap, ou, d’une manière plus déliée, inscrite dans les canons de la chanson francophone. De fait, P.R2B y déploie très souvent un véritable mélodisme dont les contours peuvent évoquer des artistes emblématiques de la chanson française des années 70 comme Michel Berger et Véronique Sanson.
En introduction à ce nouvel opus se dévoile tout d’abord un Opening à l’instrumentation aussi grandiose qu’inattendue, croisant une écriture d’inspiration orchestrale classique avec la voix chuchotée de P.R2B, au registre étonnamment ASMR. Une entrée en matière qui résonne comme un quasi-manifeste via lequel l’artiste célèbre sa soif de liberté. Ici, elle nous appelle sans détour à nous émanciper du climat anxiogène et des simulacres illusoires de la vie moderne, via une grande désobéissance civile, sa vision personnelle de la « grande démission ». Dès lors, le ton est donné : dans cet album, P.R2B cherche l’énergie collective en s’adressant directement à ses pairs. Ce faisant, elle s’attache plus que jamais à retranscrire son rapport complexe au monde qui nous entoure, menacé de déséquilibre et en tension permanente. Un espace à la fois commun et individualiste dont elle ne cesse de pointer la dualité depuis ses débuts, lui dessinant un devenir aussi poétique que dystopique. Il s’incarne en outre dans le morceau-titre Presque Punk, conçu comme un cri de douleur et de désillusion face à une planète et une société en pleine déliquescence, vouées à devenir étouffantes et quasi invivables. Se trouvent ainsi conjugués le chaos de ce même monde et le peu de beauté qui lui reste, à l’aune d’une nostalgie persistante des « paradis perdus » du passé. Cette dernière se révèle de façon évidente à travers la poignante ballade Amnésie, dans laquelle l’artiste exprime la vivacité encore intacte de ses nombreux souvenirs de vie passée.
Redéfinir le rêve et préserver la beauté
Cette acuité de P.R2B se traduit par son écriture très visuelle, dont la portée évocatrice et émotionnelle se rapproche en grande partie de celle du cinéma. Elle s’affirme ainsi par un véritable lyrisme à fleur de peau qui, dans le même temps, délivre une sensorialité et une force de vie dynamique, celle-là même dont l’artiste a voulu animer ce nouvel opus. Par moments, elle s’autorise également quelques savoureuses pointes d’humour, dont la plus évidente via le propos de l’inspiré Bullshit Job, seul duo de l’ensemble qu’elle interprète en dialogue avec Philippe Katerine. P.R2B se présente ici surtout comme membre de cette communauté de souffrance à laquelle nombre d’entre nous appartiennent désormais, face à cette société en pleine autodestruction humaine et environnementale. Dans ce cadre, cette poétisation vise aussi à célébrer l’« étrangeté » et les personnalités dites « atypiques » qui, très souvent, agissent comme de véritables lanceurs d’alerte en se confrontant à la toxicité et à la sinistrose ambiantes. Une démarche qui adopte ici des contours de mélancolie aux multiples nuances, sous un versant tantôt spleen, tantôt plus solaire, à l’instar de titres comme la belle déclaration d’amour Bizarre.

Plus largement, Presque Punk est construit autour d’une véritable tension entre la retranscription d’une douleur infinie face au visage laid de l’humanité et la célébration de ses quelques traits les plus solaires. D’une part, sous une expressivité parfois poignante, l’artiste déconstruit les multiples mirages de ce monde partagé, dont l’horizon ne cesse de rétrécir petit à petit. Sur le morceau Cristal notamment, elle exprime son décalage et ses désillusions face à cette vision édulcorée de la vie, vendue à tort par certains comme un rêve infini. Pourtant, s’il n’est pas infini et sans doute moins rose qu’on le voudrait, ce même rêve n’a pas déserté l’imaginaire de P.R2B. Il y reste même omniprésent en contrepoint au vague à l’âme, via notamment une certaine dynamique de consolation qui adopte elle aussi des formes diverses. Plusieurs titres de Presque Punk mêlent ainsi l’enthousiasme à la combativité, une approche qui trouve sa cristallisation dans l’ultime chanson de l’album, J’aime la vie. Un titre qui apparaît alors comme un symbole d’acceptation de l’existence telle qu’elle est et sera toujours, malgré ses épreuves et les blessures qu’elle peut laisser sur le chemin.

À travers Presque Punk, P.R2B nous offre un second album réussi et puissant, autant sur la forme que sur le fond, traversé d’une grande profondeur expressive et esthétique qui touche droit au cœur et à l’âme. Ambivalent et ancré dans notre époque avec ses tourments comme sa poésie, il nous plonge dans un nouveau chapitre éloquent de l’œuvre encore jeune, mais déjà riche, de l’artiste, auquel notre attachement se retrouve renforcé. Un univers qu’on espère pouvoir retrouver sur les scènes du Grand Ouest au cours de cette nouvelle année…

L’album Presque Punk de P.R2B est sorti le 5 décembre 2025 chez Tie Break Music.
À retrouver sur les plateformes et à commander ICI
L’artiste sera en concert le 10 février prochain à la Salle Paul-Fort de La Bouche d’Air à Nantes.
