Le compositeur rennais Sylvain Texier a sorti Home, troisième album de son projet solo Ô Lake, vendredi 6 février 2026. En neuf titres, il nous transporte dans la douce musicalité qu’offre le piano, et le pouvoir apaisant de cet instrument unique.
On entre dans le troisième album de Ô Lake, projet musical du Rennais Sylvain Texier, par la photographie d’abord. Une fenêtre embuée par la fraîcheur de l’aurore, dans la lumière d’un jour qui se lève, nous invite à regarder l’extérieur. Home fait l’effet de ce regard qui s’évade quand on le pose vers cet horizon en noir et blanc.

On connait d’Ô Lake son premier album Refuge (2019), sa réinterprétation de la bande originale du film Gerry de Gus Van Sant et son deuxième albumStill (2023). Le pianiste Sylvain Texier revient avec un troisième opus, certainement son œuvre la plus touchante par le naturel de la composition. Dès les premières notes, Home est une invitation à aller à l’essentiel. « Le titre fait référence à mon espace de travail : je compose, j’enregistre et je mixe à la maison, mais aussi au cocon et à ce que l’on retrouve dans l’album », introduit-il.
Les touches pop et électroniques de Still laissent place à un retour aux sources : on pénètre dans un univers sonore où seule la mélodie pure du piano compte, et rien d’autre. « À l’origine, c’est moi derrière mon piano et de l’improvisation », souligne-t-il simplement. « J’enregistre toujours ce que je compose, je stocke pendant un temps et je réécoute de temps en temps. Puis je travaille une nouvelle version, et j’écoute de nouveau. » Le pianiste autodidacte se laisse le temps et l’espace pour composer des morceaux, et cela se ressent. Home est un album que l’on prend le temps d’écouter, de ressentir le toucher délicat et mesuré des doigts effleurer les touches et d’entendre les notes s’étirer avec lenteur. Chaque morceau est un murmure.
La profondeur mélodique et la dimension mélancolique parlent à la partie sensible de notre être et confirme le pouvoir émotionnel de la musique. Porté par la douceur et l’émotion, l’album forme un espace calme et apaisé, coupé de toute agitation. « C’est ce que j’aime écouter, ce que j’aime entendre, et ce que j’aime jouer aussi », exprime-t-il. « Je ne voulais pas être dans la démonstration, plus dans le feeling, dans le sentiment et la texture. J’aime le silence entre les notes. » Et nous restons silencieux à l’écoute de Home : il représente ce temps suspendu où notre esprit et notre cœur s’évadent dans des rêveries personnelles.
Si Home n’a recours à aucun artifice électronique, il possède néanmoins ce côté ambient proche des compositions de musique électronique. Comme d’autres artistes néo-classiques, le compositeur offre à entendre les possibilités atmosphériques du piano : « Avec une belle réverbe comme dans “ Nuit ”, on peut se rapprocher de nappes sonores. » Il continue : « Niels Frahm a été le premier à s’attacher à la texture. Felt est un album formidable en termes de mélodie et de texture ». Il cite aussi Olafur Arnalds et Fédérico Albanise.
Les compositions de Ô Lake convoquent des images, peut-être car nous écoutons une musique instrumentale sans paroles, surtout car elles invitent à l’évasion. Le morceau « Nuit », composition réalisée de nuit, porte en lui une musicalité vaporeuse habitée par de longs silences, propre à ces instants nocturnes. « Je possède un vrai piano et j’habite en appartement, je devais jouer doucement pour ne déranger personne. Ce morceau est né de ça. » Les titres – seuls mots de l’album finalement – défilent, et sont propices à cette construction d’images. Et ce n’est pas un hasard si plusieurs langues sont utilisées : « Heima » signifie « À la maison » en Islandais ; « Dor » est un mot roumain qui n’a pas d’équivalent en français, mais définit un état mélancolique ; « Aurora » signifie « Aurore » en latin ; « Alma », « Âme » en espagnol ; « Saudade », « Désir » en portugais. « Je voulais utiliser plusieurs langues pour signifier que la maison ne se trouve pas forcément là où on naît, là où on vit ou dort. C’est aussi le monde », exprime-t-il. « On peut se sentir à la maison loin de chez soi. »
L’album se termine par « Gaïa », morceau en hommage à Stéphanie Cadeau — programmatrice du festival Les Embellies décédée en juin 2024 —, fait référence à la Terre. Il englobe justement ce monde musicalement universel car, n’ayons pas peur des mots, il touche l’âme. Et Sylvain Texier partage cette intimité avec nous.
Album Home, Ô Lake. Sortie vendredi 5 février 2026.
Vinyl : 20 € (100 EXEMPLAIRES UNIQUEMENT)
Disponible sur son site Internet
Prochaines dates :
Mardi 17 mars 2026, L’Accord Parfait (solo), Paris – France
Dimanche 12 juillet 2026 (deux horaires), Felt Room Berlin – Allemagne
Vendredi 11 septembre 2026, concert au casque au Centre d’art Les 3 CHA, Châteaugiron – France
Dimanche 4 octobre 2026, Théâtre de poche Graslin (solo), Nantes – France
Billetterie sur le site internet O Lake
Article connexe :
