Tempo Festival Le Croisic 2026. Quatre jours pour faire vibrer l’Ancienne Criée

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Du 14 au 17 mai 2026, pendant le week-end de l’Ascension, le Tempo Festival Le Croisic revient pour une 17e édition qui promet bien davantage qu’une simple succession de concerts. Dans le décor si particulier de l’Ancienne Criée, face au port, le festival ligérien poursuit ce qu’il sait faire de mieux. Réunir de grands interprètes, ouvrir des chemins entre les styles, mêler exigence artistique et plaisir immédiat, et faire de la musique un espace d’intelligence sensible.

Cette année, le festival choisit un fil rouge inspirant. Mettre à l’honneur les femmes musiciennes et compositrices, sans jamais s’enfermer dans un geste de vitrine. Ici, le propos n’est pas décoratif. Il irrigue la programmation, lui donne une densité, une orientation, une couleur. Au fil de ces quatre journées, le public passera ainsi du romantisme à la musique minimaliste, du baroque incandescent aux frottements du jazz et des musiques du monde, avec une même promesse. Celle d’un festival qui refuse les frontières trop étroites et préfère les correspondances, les contrastes, les circulations.

Le Croisic, port d’attache d’un festival qui cultive l’élan

Depuis plusieurs années, Tempo Festival s’est imposé comme un rendez-vous à part dans le paysage musical de la presqu’île. Il y a bien sûr le cadre, cette Ancienne Criée qui donne aux concerts une intensité presque charnelle. Il y a aussi une manière de penser la programmation, sous la direction artistique du pianiste Tanguy de Williencourt, comme un récit à plusieurs voix. On n’y vient pas seulement pour entendre de beaux noms. On y vient pour traverser des climats, pour éprouver des rapprochements inattendus, pour retrouver ce que la musique peut encore avoir de vivant, de poreux, d’ouvert.

Le plateau 2026 en donne une illustration éclatante. Vanessa Wagner, Vincent Peirani, François Salque, le Quatuor Fidelio, Amandine Beyer et Gli Incogniti composent une affiche de très haut niveau, capable d’attirer les mélomanes avertis tout en restant accueillante pour les curieux. C’est là l’une des forces du festival. Ne pas confondre exigence et fermeture. Ne pas sacrifier la qualité, mais ne jamais faire de la musique un territoire réservé.

Une ouverture sous le signe des horizons mêlés

Le festival s’ouvrira le jeudi 14 mai à 20 h 30 avec Horizons croisés, un titre qui dit bien l’esprit de cette première soirée. Le violoncelliste François Salque et l’accordéoniste Vincent Peirani y feront dialoguer musique savante, jazz et musiques du monde dans un même élan de liberté. Chez eux, la virtuosité ne vaut jamais démonstration. Elle devient respiration, invention, mouvement. Le programme annonce Pēteris Vasks, Michel Portal, Samuel Strouk, David Popper, Piazzolla, des thèmes roumains. Autant dire un concert sans corset, où les traditions se croisent sans s’annuler et où l’écriture laisse place à l’imaginaire.

Pour ouvrir un festival, le choix est judicieux. Il pose d’emblée une couleur, une disponibilité, une manière d’habiter l’écoute. Non pas dans la révérence, mais dans l’élan.

Chopin, Fanny Mendelssohn et les promesses du romantisme

Le vendredi 15 mai à 20 h 30, le tempo changera, sans perdre en intensité. Avec Âmes romantiques, le Quatuor Fidelio rejoint Tanguy de Williencourt pour une soirée qui mettra en regard Frédéric Chopin et Fanny Mendelssohn. Voilà un programme qui a de l’allure, parce qu’il évite le romantisme de carte postale. Il préfère la profondeur des lignes, la tension intérieure, la délicatesse sans fadeur.

Entre Andante spianato et Grande Polonaise brillante, le Quatuor en mi bémol majeur de Fanny Mendelssohn et le Concerto pour piano n° 2 de Chopin dans un arrangement pour piano et quatuor, la soirée devrait faire entendre un romantisme à la fois dense, lumineux et incarné. Le choix de Fanny Mendelssohn n’a rien d’anecdotique. Il inscrit la programmation dans sa ligne 2026 avec intelligence, en donnant toute sa place à une compositrice longtemps reléguée dans l’ombre des grands récits musicaux.

Jeunes Talents. La transmission plutôt que le décor

Le samedi 16 mai à 11 heures, le festival prendra un autre visage avec le concert Jeunes Talents, gratuit, proposé avec les élèves du Conservatoire à rayonnement régional de Nantes. On pourrait y voir une respiration dans la programmation. C’est plus que cela. C’est un principe. Celui d’un festival qui ne veut pas seulement montrer l’excellence accomplie, mais aussi accompagner ce qui vient, ce qui cherche, ce qui commence.

Dans beaucoup de manifestations, la transmission reste un mot commode. Ici, elle prend une forme concrète. Faire monter sur scène de jeunes musiciens en début de parcours professionnalisant, leur offrir un public, un lieu, une écoute. Rappeler aussi aux Croisicais et aux visiteurs que la musique classique ou contemporaine n’a rien d’un monument figé. Elle se transmet, elle se travaille, elle circule.

Vanessa Wagner entre Bach et Philip Glass

Le samedi 16 mai à 20 h 30, place à l’un des sommets les plus attendus de cette édition avec Vanessa Wagner. Son récital, De Bach à Philip Glass, devrait faire partie de ces soirées qui déplacent subtilement l’écoute. Parce qu’il ne s’agit pas ici d’un simple jeu de contraste entre un monument baroque et un géant du minimalisme américain. Il s’agit plutôt de révéler des résonances, des structures profondes, des lignes de force invisibles entre deux écritures que trois siècles séparent, mais qu’une même rigueur presque architecturale rapproche.

Vanessa Wagner est l’interprète idéale pour ce type de traversée. Son jeu, à la fois clair, habité et sans afféterie, sait faire entendre la pulsation intérieure des œuvres. En mettant en regard les Études de Philip Glass et des Préludes du Clavier bien tempéré, elle promet un concert de concentration et de souffle, une expérience qui pourrait bien suspendre le temps plus qu’elle ne le mesure.

Vivaldi pour finir, mais Vivaldi autrement

Le dimanche 17 mai à 11 heures, le festival se refermera avec un concert-brunch intitulé En Quatre Saisons. Il fallait bien une œuvre de cette puissance populaire pour clore l’édition, mais encore fallait-il lui offrir une lecture qui échappe à la routine. C’est précisément ce que laisse espérer la présence d’Amandine Beyer et de Gli Incogniti.

Les Quatre Saisons de Vivaldi ont été tant jouées qu’elles risquent parfois d’être réduites à leur propre célébrité. Avec Amandine Beyer, ce danger recule. Son art de l’archet, sa liberté, son sens des couleurs et des respirations rendent à cette œuvre sa nervosité, sa théâtralité, ses contrastes de lumière et d’orage. Le programme s’enrichira aussi d’une Sinfonia extraite de L’Olimpiade et d’un Concerto pour violoncelle, avant que le brunch de clôture ne vienne prolonger le concert dans une atmosphère plus conviviale.

Le symbole est beau. Célébrer en 2026 le tricentenaire de la publication des Quatre Saisons en les confiant à des interprètes capables d’en retrouver la sève plutôt que d’en répéter l’image.

Un festival qui tient ensemble exigence et accessibilité

Ce qui fait le prix du Tempo Festival, au fond, ce n’est pas seulement la qualité de son affiche. C’est la cohérence de sa philosophie. Le festival revendique depuis ses débuts une musique accessible à tous, sans renoncer à l’ambition. Il maintient des tarifs mesurés, propose un concert gratuit, accueille le public dans un lieu emblématique et conserve cette idée simple, mais précieuse, selon laquelle la culture reste un bien de partage, non un signe de distinction.

À une époque où tant d’événements culturels hésitent entre prestige, rentabilité et communication, Tempo Festival Le Croisic semble suivre un autre cap. Celui de la fidélité à un territoire, à un public, à une certaine idée de la musique comme expérience sensible, collective et profondément humaine.

Infos pratiques

Le Tempo Festival Le Croisic 2026 se tiendra du jeudi 14 au dimanche 17 mai à l’Ancienne Criée, au Croisic.

La billetterie a ouvert le 3 avril 2026 en ligne et dans les offices de tourisme de la presqu’île. Elle sera aussi accessible à l’Ancienne Criée à partir du 9 mai. Le festival propose un Pass Tutto pour les cinq concerts et un Pass Trio pour les trois concerts du soir.

Tarifs annoncés : 25 euros pour les concerts du jeudi, du vendredi et du samedi soir, avec un tarif moins de 26 ans à 12,50 euros. Le concert Jeunes Talents du samedi matin est gratuit. Le concert-brunch du dimanche est proposé à 30 euros, avec un tarif moins de 26 ans à 15 euros. Le Pass Tutto est à 85 euros et le Pass Trio à 60 euros.

https://www.tempo-festival-le-croisic.fr