Le Trésor retrouvé du Roi-Soleil, sous la Nef du Grand Palais, reconstitue, au plan sensible, une intention politique et esthétique avec une réunion exceptionnelle de tapis monumentaux commandés en 1668 pour habiller la galerie reliant le Louvre au palais des Tuileries (aujourd’hui disparu). Conçus pour accompagner la traversée des invités, ces tapis devaient faire du sol une scène, du pas une cérémonie, de l’ornement une démonstration.
La commande est lancée sous l’impulsion de Jean-Baptiste Colbert à travers 92 tapis dessinés par Charles Le Brun, Premier peintre du roi, et tissés par la Manufacture de la Savonnerie, spécialisée dans cet art. Le projet, achevé en 1689, s’inscrit parmi les plus ambitieux programmes décoratifs de l’histoire royale. Il ne s’agit pas d’orner une pièce, mais de “tenir” une galerie, d’en régler la perception, d’en amplifier la majesté par un continuum d’images et de matières.
Ces tapis alternent paysages imaginaires de la France et bas-reliefs peuplés de divinités et d’allégories. Les quatre éléments (eau, air, feu, terre), mais aussi les vertus du règne (force, victoire, abondance). Une reproduction du premier tapis (1687), conservé à Naples, permet de lire de près ce vocabulaire, avec Apollon au centre et les quatre parties du monde figurées dans des médaillons : Asie, Europe, Afrique, Amérique.
« Que les Turcs et Persans ne vantent plus leur art à faire des tapis : c’est maintenant la France qui en a… la parfaite science. »
L’énigme : des chefs-d’œuvre achevés… mais jamais posés
Le paradoxe fait partie du vertige. Achevés alors que Louis XIV vit déjà à Versailles, ces tapis ne seront jamais installés dans la galerie pour laquelle ils avaient été conçus. Puis la Révolution française accélère la dispersion ; l’ensemble est morcelé, échangé, vendu, et se retrouve disséminé au fil des siècles. Ce que montre l’exposition, ce n’est donc pas seulement une splendeur. C’est aussi un récit patrimonial fait de survivances, de pertes et de retrouvailles. Pour la première fois, une part considérable de cet ensemble redevient lisible par le public, au plan spatial et au plan historique.
Pour “mettre en lumière cet assemblage monumental”, il fallait une architecture capable de soutenir l’échelle et le souffle. La Nef du Grand Palais (13 500 m²) offre précisément ce volume. Et, plus subtilement, elle partage avec la Grande Galerie un même imaginaire – position stratégique en bord de Seine, volonté de faire rayonner la France, et idée d’un lieu où la circulation des corps devient, au plan symbolique, un parcours de prestige.
Une exposition augmentée, 14 tapisseries pour “L’Histoire du Roi”
Le dispositif ne s’arrête pas au sol. L’expérience est encadrée par 14 tapisseries illustrant L’Histoire du Roi, réalisées à la Manufacture des Gobelins et achevées en 1682. Elles ornent les contours du chemin, comme une frise narrative autour du déploiement des tapis. Cette mise en regard tisse une lecture double : au sol, l’allégorie et l’emblème ; autour, le récit et la glorification historique.
La déambulation passe du spectaculaire au lisible : espace de restauration (pour comprendre la matière et ses fragilités), ateliers de tissage, puzzles de tapis, jeu de repérage de détails avec des jumelles depuis les balcons, jeu de piste (avec Quelle Histoire), et points-paroles animés par les élèves de l’École du Louvre le week-end. Une manière de rappeler que ce trésor est aussi un chantier de connaissance.
Au final, un tapis peut être un monument, non seulement par ses dimensions, mais parce qu’il condense un régime d’images, une industrie du luxe, et une stratégie de prestige. Ici, l’art décoratif ne sert pas la puissance, il la fabrique, au plan de la sensation. Et pendant huit jours, ce qui fut conçu pour éblouir des hôtes royaux redevient, enfin, une expérience publique.
Repères pratiques
- Dates : du 1er au 8 février 2026
- Lieu : Grand Palais, Nef (accès par l’entrée Gabrielle Chanel)
- Horaires : dimanche 1er (10h–19h30) ; lundi 2 (10h–19h) ; mardi 3, mercredi 4, jeudi 5 (10h–19h30) ; vendredi 6 (10h–minuit) ; samedi 7 (10h–19h30) ; dimanche 8 (10h–16h)
- Sur place : espace pédagogique, espace restauration, boutique/sortie (selon plan de visite)
- Conseil : l’événement est très bref ; mieux vaut anticiper (billetterie et modalités sur la page programme)
Commissariat et scénographie
L’exposition est portée par les Manufactures nationales – Sèvres & Mobilier national et le Grand Palais. Commissariat : Wolf Burchard, Emmanuelle Federspiel, Antonin Macé de Lépinay. Scénographie : Clément Hado et Anthony Lelonge.
