BD Le goût du métal : une chasse aux trésors comme un miroir des fractures sociales

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bd gout du metal

Dans Le Goût du métal, polar rural, Bruno Duhamel nous invite à la recherche d’un trésor. Réel ou imaginaire ? Allez savoir.

« Détectoriste » voilà un mot peu usité mais qui est au cœur de cette nouvelle BD de Bruno Duhamel. Si vous ignorez sa signification, vous avez des excuses : ce vocable n’est entré dans le dictionnaire qu’en 1984. Un peu d’imagination et avec la racine du mot vous pouvez deviner qu’il s’agit d’une «  personne qui pratique la détection de métaux en tant que loisir », appelée aussi « fouilleur » dans la communauté de ces obsédés de la quête.

C’est bien un trésor que cherche depuis des mois Léo, un jeune homme, à peine sorti de l’adolescence, hébergé par sa soeur. Bénéficiant du RSA, détestant les taches ménagères, la vaisselle en particulier, il se pare d’un casque sur les oreilles. Pour éviter les récriminations de sa frangine ? Peut être. Pour écouter le dernier morceau de Rap ? Possible. Mais plus sûrement, depuis qu’il a reçu un détecteur de métaux, pour entendre la douce mélodie d’un bip-bip lui signalant un probable trésor métallique. Pas la peine de vous faire un dessin, Bruno Duhamel le fait très bien, Léo est un … glandeur invétéré, mais … sympathique. Avec son nouvel appareil, il abandonne, sa rudimentaire chasse à l’aimant, pour ambitionner une quête plus ambitieuse, celle dont rêve tous les fouilleurs : la richesse ancestrale enfouie depuis des siècles par de riches châtelains, d’avares agriculteurs ou des bandits de grand chemin.

Oui mais voilà, il n’est pas seul dans la région : aiguillonnés par des tutos sur internet, de nombreux personnages, sillonnent eux aussi la campagne, pénétrant dans les granges, les sous-bois, à la recherche de métaux précieux, de pièces d’or. Ils suscitent la colère d’un vieux professeur retraité, Gabriel, inquiet pour la survie du patrimoine, qui décide de les traquer et de leur interdire la réalisation de leurs méfaits. Il vieillit le prof et cette colère se mêle à de douloureux souvenirs personnels.

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Un grand benêt, genre Gaston, un vieil irascible, genre Les Vieux Fourneaux, un possible trésor, genre Stevenson, un cadavre couvert de diamants genre … et les imbroglios peuvent débuter.

Comme d’habitude avec Bruno Duhamel, le récit se déroule dans de magnifiques décors campagnards, que l’auteur n’invente jamais mais « recopie » à sa manière délicate et douce. Après la normandie natale, c’est cette fois-ci la campagne nivernaise qui sert de cadre à ce thriller nostalgique, plus exactement la vallée du Beuvron où les chevreuils, se baladent. Tels les gendarmes en vadrouille, qui enquêtent avec une traditionnelle bonhommie.

Le charme principal des ouvrages de Bruno Duhamel, réside dans cette proximité avec notre monde quotidien. Les truands ne sont pas des gangsters repentis de Chicago, réfugiés dans la campagne française. Léo n’est pas un détective doté de pouvoirs surnaturels. Gabriel n’était pas titulaire d’une chaire à la Sorbonne. Ils nous ressemblent terriblement ces personnages et leurs aventures n’ont rien d’un roman de Jules Verne. L’auteur réussit pourtant à nous les rendre attachants, femmes et hommes en lisière, décalés, un peu paumés mais porteurs de rêves et d’ambitions modestes. Mélangeant polar rural et description sociologique, il y ajoute une tache de noirceur suffisante pour nous toucher au coeur.

Avec une sobriété, proche parfois de la naïveté, le dessinateur évoque souvent la vieillesse, en n’hésitant pas à en pointer ses souffrances et ses manques. Alors si vous êtes amateur d’exceptionnel, prenez la route à droite, après le croisement et filez votre chemin vers la grande ville. Mais si vous aimez « les gens de peu », faites un bout de balade avec Duhamel. Il vous tient par la main. Chaude et douce, la main.

Le goût du métal de Bruno Duhamel. Editions Bamboo. Label : Grand Angle. 64 pages. 15,90€. Parution : 01/04/2026
Album disponible avec le choix de deux couvertures.

Eric Rubert
Le duel Anquetil Poulidor sur les pentes du Puy-de-Dôme en 1964, les photos de Gilles Caron dans le Quartier latin en Mai 68, la peur des images des Sept boules de cristal de Hergé, les Nus bleus de Matisse sur un timbre poste, Voyage au bout de la Nuit de Céline ont façonné mon enfance et mon amour du vélo, de la peinture, de la littérature, de la BD et de la photographie. Toutes ces passions furent réunies, pendant douze années, dans le cadre d’un poste de rédacteur puis rédacteur en chef de la revue de la Fédération française de Cyclotourisme.