La première exposition monographique parisienne dédiée au peintre Giovanni Segantini (1858-1899), grande figure du symbolisme et du divisionnisme, sera visible au Musée Marmottan (Paris 16e) du 29 avril au 16 août 2026.
Intitulée Je veux voir mes montagnes, l’exposition rend hommage au regard visionnaire de Giovanni Segantini, ainsi qu’à sa manière unique de mettre en dialogue l’homme et la nature, avec une étonnante modernité. Elle regroupe une soixantaine d’œuvres – peintures, pastels et dessins – et retrace le parcours artistique du peintre, centré sur les paysages alpins et leur dimension spirituelle. Longtemps empêché d’exposer à Paris, Giovanni Segantini est célébré en 2026, près de 130 ans après sa mort.
Le parcours d’exposition retrace l’itinéraire d’un des plus importants représentants du post-impressionnisme et du symbolisme européen de la fin du XIXe siècle. Ce peinture a su représenter les paysages alpins de manière tant esthétique que spirituelle : de la Lombardie italienne à la vallée suisse de l’Engadine, Giovanni Segantini a saisi la force de la nature et en a révélé la dimension symbolique, bien au-delà du réalisme. Lui qui espérait exposer à Paris, lors de l’Exposition universelle de 1900, est mort prématurément l’année auparavant.

Biographie :
Giovanni Segantini vient au monde le 15 janvier 1858 à Arco dans le Tyrol en Autriche. Sa famille est italienne, originaire d’une commune de la province de Vérone et travaille depuis des générations dans le tissage de lin et de soie, immigrée en Autriche. Mais au moment de la naissance de Giovanni Segantini, son père Agostino est charpentier, puis marchand ambulant. L’enfant perd Margherita, sa mère, quand il a sept ans, puis son père devenu alcoolique l’année suivante. Orphelin, il vit une jeunesse fermée et solitaire ; à 12 ans, il fugue, puis est arrêté pour oisiveté et vagabondage. Placé dans une maison de correction, il apprend le métier de cordonnier, mais c’est pour le dessin, qu’il se montre talentueux.

En 1875, il arrive à Milan en Italie pour travailler chez Luigi Tettamanzi, un peintre de drapeaux religieux, de bannières et d’enseignes ; ce dernier l’embauche en tant qu’assistant, et lui donne des cours de dessin. Cet emploi lui permet de suivre des cours du soir à l’école des Beaux Arts ; Il commence à peindre, avec des influences évidentes du réalisme lombard. En 1879, il fait sensation parmi les professeurs et les étudiants avec son premier grand tableau, les Stalles du chœur de Sant’Antonio, lors d’une exposition nationale.
Dans sa peinture, Giovanni Segantini trouve le moyen d’agencer les couleurs réelles et pures, en les plaçant sur la toile, non mélangées, les unes à côté des autres ! Il étudie en détail la nature morte, et développe une peinture orientée vers la nature dans de nombreuses natures mortes. Il aime peindre les fleurs car, pour lui, elles incarnent la pure beauté de la nature. Les thèmes de ses représentations sont principalement inspirés de la vie paysanne, avec de nombreuses scènes de genre : Retour à la bergerie ; La récolte des cocons ; La bénédiction des moutons ; et La première messe. Quand il peint la pénibilité du travail, les corps sont courbés par l’effort…

A la fin du XIXe siècle, sa peinture est rattrapée par les préoccupations symbolistes ; il se rapproche de la maternité humaine et animale, selon la vision animiste qui caractérise son regard sur la nature. Il peint ainsi l’homme et les animaux au gré des variations lumineuses qu’il observe dans la demi-obscurité qui suit la tempête, aux dernières lueurs du jour, ou encore sous les rayons de la lune. Giovanni Segantini a cette volonté de dépeindre une nature essentielle et primitive, qui s’est formée dans le sillage de l’impressionnisme.

Giovanni Segantini meurt le 28 septembre 1899 à l’âge de 41 ans. Il prononce sur son lit de mort la phrase : Je veux voir mes montagnes.
Sa mort est restée étrange. Ses amis ont raconté : « dans la nuit, le peintre se leva et malgré sa fièvre, il sortit, à peine vêtu, dans la tempête de neige. Le lendemain, il se traîna vers son tableau et tenta de travailler. Il s’endormit de faiblesse ; il refusa qu’on appelle un médecin, alors que le plus proche, le docteur Bernard de Samedan, était son ami. » Quand le médecin monte le voir quelques jours après, il n’y a plus rien à faire. Beaucoup de son entourage ont pensé à une forme de suicide…

Le 1er octobre 1899, le peintre est enterré dans le petit cimetière de Maloja, village du canton suisse des Grisons, entouré de montagnes et de lacs. Dans son rapport médical, rédigé quatorze jours après son décès, le docteur Oscar Bernhard retient pourtant le diagnostic d’appendicite.
Giovanni Segantini est considéré comme un représentant du XXe siècle de la peinture italienne révolutionnaire.
Infos pratiques
Exposition Giovanni Segantini : Je veux voir mes montagnes, Musée Marmottan Monet , du 29 avril au 16 août 2026
2, rue Louis Boilly – 16e arrondissement, Paris
En écho à cette rétrospective, une sélection d’œuvres du plasticien allemand de 81 ans Anselm Kiefer, intitulée Voglio vedere le mie montagne, rend hommage à Giovanni Segantini ; elle sera également présentée au public.
