À Rennes, la flamme rock Caty Virgilio s’est éteinte

1427
Caty Virgilio
Caty Virgilio

C’est avec une immense tristesse que le milieu rock rennais a appris le décès de Caty Virgilio, leur « mamma », leur Pout-Pout. Une femme de caractère, entière, généreuse, au franc-parler et à l’humour bien à elle.

Son frère Éric Virgilio se souvient avec émotion du festival Élixir de 1979 où ils avaient emmené leur mère voir le concert de la Confrérie des fous. Deux ans après, ils organisaient leur premier concert à la Salle de la Cité avec ce même groupe, rebaptisé Quatuor. La fratrie a poursuivi dans cette voie avant de se structurer en 1983 avec Fun Spectacle, Éric à la présidence et Cathy comme permanente. Suivra la mémorable Fun House que Pierre-Henri Allain résume dans Rok 2, deuxième tome de l’incontournable encyclopédie coordonnée par le regretté Frank Darcel (éd. de Juillet) :

« Lorsqu’on évoque la Fun House avec Cathy Virgilio, qui en a présidé durant neuf ans les destinées, son regard s’illumine aussitôt. “Dès qu’on y entrait, se souvient-elle, on avait une vision globale du lieu, on se serait cru à l’intérieur d’une maison de poupées pour géant !” Installée en 1991 dans un ancien hangar à motos de 1 300 m2, rue Malakoff, au cœur de Rennes, la Fun House n’en tient pas moins davantage de la cour des miracles que de la crèche pour enfants. S’y mélangent rockers, punks de tout poil, plasticiens et jeunes paumés qui, durant plus de cinq ans, trouveront dans cette auberge espagnole pour artistes désargentés, ce havre de chaleur humaine pour âmes à la dérive, un lieu de création et de vie correspondant parfaitement à leurs moyens (inexistants) autant qu’à leurs besoins (très grands).

La Fun House est alors une émanation directe de Fun Spectacle, association qui organisait festivals et concerts sur Rennes et sa région tout en pratiquant l’accompagnement de jeunes artistes dans une vieille bicoque près du canal Saint-Martin. Sous son hangar comptant trois niveaux, dont une mezzanine de 300 m2, cette activité va prendre une nouvelle dimension. Au rez-de-chaussée, l’espace est assez vaste pour accueillir concerts et expositions. Y défileront des dizaines de groupes de la scène alternative internationale. La mezzanine se transforme quant à elle en ateliers, tandis que le reste des lieux se divise en locaux de répétition, bureaux et espaces de vie pour les résidents.

“C’était à la fois très créatif et très bordélique, résume Tonio Marinescu, qui y a posé son sac, ses pinceaux et sa batterie. Parfois on bossait toute la nuit et toute la journée et parfois on ne branlait rien. Une chose est sûre, on ne dormait pas beaucoup !”

Plusieurs groupes de la scène punk rock rennaise s’y croisent, tels les Gunners, Tagada Jones ou les Mass Murderers, mais on peut aussi y rencontrer les peintres Antoine Rigal et SP Truptin ou, entre deux répètes, Philippe Pascal ou un groupe de zouk antillais… La Fun House propose aussi des emplois en contrats aidés pour se former aux métiers du spectacle et, en 1994, le lieu connaît une effervescence particulière avec une performance de graffeurs qui, durant toute la durée des Transmusicales, recouvriront entièrement les murs de leurs fresques colorées.

Trois ans plus tard, la Fun doit cependant déménager et trouve un nouveau local, de même capacité, rue de Dinan. Du coup, elle s’ouvre à davantage de mixité, au rap, au reggae, aux DJs. Les activités se diversifient avec un club informatique, deux salles de danse, deux salles de squash, un magasin d’instruments de musique… La Fun inaugure aussi le premier bar associatif de Bretagne et comptera jusqu’à 10 000 adhérents. Faute de soutien de la municipalité, ce lieu précurseur fermera pourtant ses portes en février 2000.

“Deux ans plus tard, un rapport gouvernemental expliquait pourquoi les collectivités devaient soutenir les squats d’artistes, relève Cathy Virgilio. Si on avait eu cet outil-là, peut-être que la Fun existerait toujours.” »

Pierre-Henri Allain

Quelques années plus tard, Caty gère IDO Productions, dont l’équipe (Éric, Corto, Odile, Alice) lui rend hommage en ces termes :

« C’est avec une immense tristesse que nous annonçons le décès de Caty Virgilio.
Figure incontournable du rock rennais, Caty a consacré sa vie à faire vivre la musique, notamment par la création des différentes Fun House et la gestion d’IDO Spectacles / IDO Productions, en défendant les artistes avec passion, exigence et cœur. Avec sa silhouette de rockeuse vêtue de noir, elle se moquait du qu’en-dira-t-on. C’était sa façon d’être au monde.
C’était surtout une acharnée de boulot, une femme qui vivait, respirait et rêvait musique. Elle partageait cette passion avec intensité, sincérité et ce feu sacré qui ne la quittait jamais.
Depuis plusieurs années, elle luttait avec courage contre la maladie. Ces derniers temps, la bataille était devenue inégale, même pour une femme aussi forte que notre Caty.
Et pourtant, elle gardait son sourire, sa rage de vivre, cette énergie qui la rendait presque invincible à nos yeux.
Aujourd’hui, notre peine est immense. Difficile d’imaginer qu’elle ne sera plus là.
Caty laisse un vide considérable, mais aussi une empreinte indélébile dans le cœur de celles et ceux qui l’ont connue, aimée, et dans toute une scène qu’elle a tant fait vibrer.
Merci Caty. On ne t’oubliera pas. »

La cérémonie funéraire aura lieu le mardi 14 avril à 16 h au crématorium de Vern-sur-Seiche.

Marie-Christine Biet (avec l’aide de Pierre-Henri Allain)

Marie-Christine Biet
Architecte de formation, Marie-Christine Biet a fait le tour du monde avant de revenir à Rennes où elle a travaillé à la radio, presse écrite et télé. Elle se consacre actuellement à l'écriture (presse et édition), à l'enseignement (culture générale à l'ESRA, journalisme à Rennes 2) et au conseil artistique. Elle a été présidente du Club de la Presse de Rennes.