À Rennes 2, la forêt écrit encore. Le concours « Faites court ! » ou la vie littéraire du campus en 2026

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concours Faites court

À Rennes 2, la 27e édition du concours d’écriture « Faites court ! » a révélé bien davantage qu’un simple palmarès. Sous un thème emprunté à Hélène Dorion — « Mes forêts sont de longues tiges d’histoire » — la remise des prix du 31 mars 2026 a dessiné le portrait d’un campus où la culture continue de faire lien, de travailler la mémoire, d’accueillir l’inquiétude écologique et de transformer les sensibilités en formes. Dans une université souvent ramenée à ses contraintes, le concours rappelle qu’écrire reste une manière de penser ensemble.

Quand un campus choisit encore d’écrire

Sur le papier, l’événement paraît modeste. Une remise de prix, quelques textes distingués, une lecture publique, un recueil en ligne. Rien de spectaculaire. Mais c’est justement là que se loge son intérêt. À l’heure du flux, du contenu et de la visibilité obligatoire, « Faites court ! » défend encore un geste plus lent et plus dense : écrire.

Écrire, ici, ce n’est pas remplir un espace. C’est laisser venir une image, une inquiétude, une mémoire, une forme. C’est rappeler qu’une université ne se réduit ni à ses diplômes ni à ses procédures, mais qu’elle peut encore être un lieu où l’imaginaire circule et s’éprouve.

Bérénice Briand
Bérénice Briand

Une forêt comme humeur intellectuelle

Le thème choisi cette année, tiré de Mes forêts d’Hélène Dorion, ne faisait pas de la forêt un simple décor poétique. Il en faisait une mémoire, une matière vive, une réserve d’histoires. Le recueil officiel le confirme : cette édition s’inscrit dans une saison culturelle marquée par les questions écologiques, le temps fort Verdoyons et un dialogue avec le festival Transversales autour de « Forêt forêt, forêt ».

La forêt devient alors plus qu’un motif. Elle agit comme un climat de pensée. Elle permet de relier le vivant, la transmission, la perte, les récits et les formes artistiques. Elle dit aussi quelque chose de Rennes 2 en 2026 : une université où la culture n’illustre pas les enjeux du temps, mais les travaille de l’intérieur.

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Marius Vialatte

Le palmarès 2026

Dans la catégorie étudiantes et étudiants, trois textes ont été récompensés. Bérénice Briand, en Master 1 d’Économie sociale et solidaire, pour le poème Calculez la circonférence de la terre. Marius Vialatte, en Master 1 Arts du spectacle, études théâtrales, pour Le loup, texte de théâtre. Valentine Valluet, en Master 1 Études anglophones, pour Sève héritée, un conte.

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Valentine Valluet

Une mention spéciale a été attribuée à Ganzer, doctorant en 2e année en Arts de la scène, laboratoire Arts Pratiques et Poétiques, pour la micro-nouvelle La forêt de mon fils.

Dans la catégorie personnels, le prix revient à Albine Voisin-Villeger, ingénieure d’études au département Communication de l’UFR Arts, Lettres et Communication, pour la nouvelle Et d’orange se souviennent les forêts.

Le palmarès impressionne par la diversité de ses formes — poème, théâtre, conte, micro-nouvelle, nouvelle — mais il tient aussi par une cohérence souterraine. Tous ces textes, à leur manière, interrogent ce qui se transmet, ce que les paysages gardent, ce que la langue peut encore sauver.

Des textes où le vivant devient mémoire

Le poème de Bérénice Briand mêle jeux de langage, inquiétude écologique et puissance d’évocation. Le loup, de Marius Vialatte, travaille le théâtre des représentations et la fabrication symbolique de la peur. Sève héritée, de Valentine Valluet, donne au motif forestier une ampleur presque mythologique. La forêt de mon fils, de Ganzer, fait surgir une nature spectrale, comme revenue d’un monde qui l’aurait presque effacée. Quant à Et d’orange se souviennent les forêts, d’Albine Voisin-Villeger, le texte tresse mémoire, déplacement, guerre et paysages perdus.

Autrement dit, la forêt n’est jamais ici un simple fond végétal. Elle est une mémoire blessée, une présence menacée, un lieu de transmission. Elle devient la forme même d’un rapport inquiet au monde.

Ce que « Faites court ! » dit de Rennes 2

Pris ensemble, ces textes racontent une université où la culture demeure une pratique vivante. Des étudiantes, des étudiants, des personnels écrivent encore, chacun depuis sa discipline, sa voix, son propre régime de sensibilité. Et pourtant une même intuition les rassemble : le monde ne se comprend pas seulement par l’expertise, mais aussi par les récits, les images et les formes.

C’est peut-être cela que révèle le mieux ce concours en 2026. Rennes 2 reste un lieu où la vie culturelle sert encore à faire circuler des perceptions, des inquiétudes, des imaginaires. Un lieu où la littérature n’est pas une survivance décorative, mais une manière de mettre en commun une expérience du présent.

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Une tenue contre le vacarme

Dans bien des institutions, la culture doit aujourd’hui prouver son efficacité immédiate. Ici, le geste reste sobre. Le service culturel organise, publie, met en voix, accompagne. Il laisse les textes exister. Cette retenue a quelque chose de précieux. Elle suppose qu’un poème, un conte ou une micro-nouvelle aient encore leur place dans l’espace commun.

En cela, « Faites court ! » dit quelque chose de simple et de rare au sujet de Rennes 2 en 2026. Non pas une université idéale, mais une université qui ménage encore un lieu pour la littérature vécue. Et cela, aujourd’hui, compte déjà beaucoup.