Depuis plusieurs années, le bar-concert Le Sablier, situé rue Jean Guéhenno à Rennes, est au cœur d’un conflit persistant avec une voisine qui dénonce des nuisances sonores récurrentes. Le dossier a désormais quitté le simple cadre relationnel pour entrer dans celui d’une procédure administrative, voire judiciaire.
Arrivé au Sablier en 2022, le gérant, Atho (Athanase Bassene), affirme que les tensions ont commencé dès l’inauguration. Il évoque des plaintes répétées, des centaines de messages et des signalements réguliers. Selon lui, la situation est devenue « un cauchemar ». La voisine concernée, de son côté, estime que l’établissement est « hors-la-loi ». Elle met en cause l’infrastructure du lieu qu’elle juge inadaptée à l’organisation de concerts, et parle d’importantes nuisances phoniques dans l’immeuble mitoyen. Dans le quartier, les avis recueillis sont partagés. Nombre d’habitants affirment ne pas être gênés par l’activité du bar et relativisent le niveau sonore du Sablier qu’ils jugent comparable à celui d’un environnement urbain classique. Certains riverains ont même rédigé des lettres de soutien au gérant.

Étude acoustique et intervention de la Ville
Au-delà des déclarations, des éléments factuels émergent. Une étude acoustique a été réalisée et plusieurs constats de dépassements auraient été relevés. À la suite de ces contrôles, la Ville de Rennes a engagé une procédure. Le gérant indique avoir revu sa programmation et ne proposer désormais que des concerts acoustiques. Il se montre toutefois réticent à installer un limiteur.
Dans un courrier évoqué par l’exploitant, il est précisé qu’à défaut d’attestation, un procès-verbal d’infraction pourrait être dressé et transmis au procureur de la République. La municipalité confirme que ses services ont procédé à des contrôles réglementaires relatifs à la diffusion de sons amplifiés. Elle indique que l’établissement sera informé des suites données au dossier. À ce stade, aucune décision judiciaire n’est connue publiquement.

Ce que dit la réglementation
La diffusion de sons amplifiés dans les établissements recevant du public est encadrée par le Code de la santé publique et le Code de l’environnement, complétés par l’arrêté du 17 avril 2023 relatif à la prévention des risques liés aux bruits et aux sons amplifiés. Selon le cadre en vigueur, l’exploitant peut être tenu d’installer un limiteur et de produire une attestation lorsque l’étude acoustique l’exige. À défaut, il s’expose à une amende pouvant atteindre 1 500 euros. Au plan civil, indépendamment de la réglementation administrative, un trouble anormal de voisinage peut également être invoqué si les nuisances dépassent les inconvénients normaux d’un environnement urbain.

Une situation encore ouverte
À ce stade, le dossier semble suspendu aux suites administratives et judiciaires éventuelles. Entre défense d’une activité culturelle de quartier et droit au calme des riverains, l’affaire illustre un équilibre délicat bien connu à Rennes. Reste à savoir si une solution technique, une médiation ou une décision judiciaire permettra de clore un conflit qui, depuis plusieurs années, dépasse largement les murs du bar.
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