Créée le 1er janvier 2024, la Brigade anti-incivilités de la Ville de Rennes est désormais installée dans le paysage municipal. Après un premier bilan publié début 2025, qui faisait apparaître une activité majoritairement tournée vers le stationnement gênant, les dépôts sauvages et les déchets, la Ville a renforcé en 2025 son arsenal contre certaines incivilités du quotidien. Mais un autre sujet nourrit de plus en plus le malaise urbain : la cohabitation tendue entre piétons, vélos, trottinettes et deux-roues motorisés.
La Brigade anti-incivilités, ou BAI, a été déployée à Rennes en janvier 2024 pour lutter contre les incivilités dans l’espace public. Le dispositif s’inscrit dans la politique globale de tranquillité, de sécurité publique, de propreté urbaine et de préservation du cadre de vie portée par la Ville. Deux ans après son lancement, la brigade intervient toujours sur les mêmes enjeux très visibles du quotidien : stationnements gênants, dépôts sauvages, jets de déchets, déjections canines, mégots, affichage sauvage, tags, nuisances et usages indélicats de l’espace public.

Lors de ses patrouilles, la BAI mène un travail à la fois préventif et répressif. Ses agents informent, dialoguent, sensibilisent, rappellent les règles, constatent les infractions et verbalisent lorsque la situation l’exige. Ils renforcent ainsi le dispositif municipal aux côtés de la police municipale, dans une logique de présence de terrain. La brigade est rattachée à la direction Police municipale et Domaine public, au sein du service Occupation du domaine public.
Une fiche de recrutement publiée par Rennes Métropole en 2026 décrit une équipe de 16 agents de surveillance de la voie publique composant la Brigade anti-incivilités. Les agents interviennent en binôme ou en trinôme, à pied, à vélo, en voiture ou en scooter, avec une présence quotidienne sur le terrain. Ils assurent une mission d’information, de surveillance et d’alerte pour lutter contre les incivilités liées au respect de l’espace public, ainsi que contre certaines infractions en matière de stationnement gênant et de zones réglementées.

La création de la BAI a aussi accompagné une réorganisation plus large du contrôle de l’espace public. Depuis le 1er janvier 2024, le contrôle du stationnement payant sur voirie est assuré par la SPL Citédia Métropole, tandis que les anciens agents municipaux de surveillance de la voie publique ont été réorientés vers la Brigade anti-incivilités nouvellement créée. Ce changement a permis de dissocier davantage le contrôle du stationnement payant et les missions de tranquillité, de salubrité et de respect de l’espace public.
Un premier bilan 2024 dominé par le stationnement gênant
Le premier bilan communiqué par la Ville pour l’année 2024 faisait apparaître une activité très majoritairement concentrée sur trois champs : le stationnement gênant, les déchets et les incivilités diverses. Aucun nouveau bilan annuel global comparable n’a encore été rendu public pour l’année 2025. Les chiffres de 2024 restent donc, à ce stade, les derniers chiffres consolidés disponibles pour évaluer l’activité de la brigade.
Le stationnement gênant : près de 6 000 verbalisations en 2024
La BAI procède à des verbalisations en cas d’entrave à la circulation, à la sécurité des piétons, des cyclistes ou des services publics. Sont notamment concernés les stationnements sur les passages pour personnes à mobilité réduite, les passages piétons, les voies cyclables, les trottoirs, ou encore les emplacements gênant l’accès aux véhicules de secours, de nettoyage ou de collecte des déchets.
Les déchets : 2 200 verbalisations contre les dépôts et jets sauvages en 2024
La brigade a dressé plus de 2 200 verbalisations en raison de dépôts sauvages et de jets de déchets sur la voie publique. Lorsqu’il est possible d’identifier la provenance des déchets, les agents peuvent saisir l’officier du ministère public pour engager une procédure. Ces interventions concernent aussi bien les sacs abandonnés hors des bacs, les dépôts d’encombrants, les cartons non pliés que les déchets jetés dans l’espace public.
Les incivilités diverses : environ 200 interventions en 2024
La BAI est également intervenue pour des rappels à la réglementation ou des verbalisations concernant des chiens non tenus en laisse, des déjections canines, des crachats, des mictions sur la voie publique, des tags, de l’affichage sauvage, des réparations mécaniques inappropriées dans l’espace public, des nuisances sonores ou encore la distribution préventive de mégotiers.

Dépôts sauvages : un dispositif durci en 2025
La principale actualisation depuis le bilan publié début 2025 concerne la lutte contre les dépôts sauvages. La Ville de Rennes rappelle désormais que les dépôts d’encombrants et de poubelles sur l’espace public sont interdits lorsqu’ils sont effectués en dehors des bacs, conteneurs ou circuits de collecte prévus. Les agents assermentés de la Brigade anti-incivilités peuvent verbaliser les auteurs de ces dépôts.
En cas de procès-verbal, l’usager reçoit une contravention de 135 €, à régler dans un délai de quarante-cinq jours, ainsi qu’un courrier de la Ville l’informant de la verbalisation. Les agents municipaux procèdent ensuite à l’enlèvement des déchets. Le coût de cet enlèvement est fixé à 150 €. Lors d’une première infraction, ce coût n’est pas facturé. En cas de récidive, le contrevenant devra s’acquitter d’une nouvelle contravention de 135 €, ainsi que des 150 € correspondant au coût de l’enlèvement.
Ce durcissement vise à répondre à un problème récurrent dans les rues rennaises : sacs déposés au pied des colonnes d’apport volontaire, encombrants abandonnés sur les trottoirs, cartons non découpés, déchets de chantier ou objets volumineux laissés hors des dispositifs de collecte. La Ville rappelle que plusieurs solutions existent, dont la collecte à domicile des encombrants, la Tri Troc mobile dans l’intra-rocade, les déchèteries métropolitaines et les dispositifs spécifiques proposés dans certains quartiers comme Le Blosne ou Maurepas.
Propreté, rats, mégots : des incivilités aux effets très concrets
La lutte contre les déchets abandonnés dépasse la seule question esthétique. La Ville de Rennes établit désormais un lien explicite entre les déchets alimentaires laissés dans les rues ou les parcs et la présence de rats. Les restes de repas, sacs éventrés, dépôts au pied des bacs ou détritus abandonnés constituent autant de sources de nourriture pour les rongeurs. Dans ce domaine, le service Santé Environnement s’appuie notamment sur l’action de la Brigade anti-incivilités, aux côtés des opérations de nettoyage, de dératisation et de coordination avec les bailleurs sociaux.
Les mégots, papiers, chewing-gums, canettes, emballages de restauration rapide et déchets de sandwich restent eux aussi passibles d’une contravention de 135 €. La même sanction s’applique au fait d’uriner sur la voie publique. Rennes dispose de nombreuses corbeilles de rue, de cendriers publics, de sanitaires et de panneaux d’affichage libre, autant d’équipements dont la Ville rappelle régulièrement l’existence pour prévenir les comportements indélicats.
Les déjections canines sont également concernées. Les propriétaires de chiens qui ne ramassent pas les déjections de leur animal encourent une contravention de 135 €. Des sacs sont mis gratuitement à disposition à l’accueil de l’Hôtel de Ville, dans les directions de quartier, chez certains vétérinaires et dans plusieurs commerces. La Ville invite aussi les propriétaires à utiliser les canisites aménagés dans différents secteurs de Rennes.
Tags et affichage sauvage : nettoyage gratuit, mais sanctions possibles
La BAI intervient également dans un environnement urbain marqué par la question des tags et de l’affichage sauvage. Rennes indique nettoyer chaque année environ 30 000 m² de tags, pour quelque 12 500 interventions. Le service spécialisé de la Ville utilise différentes techniques, dont l’hydrogommage, les produits de nettoyage adaptés ou le recouvrement à la chaux teintée ou à la peinture, technique privilégiée depuis 2011 afin de préserver au mieux les supports.
Pour les propriétaires rennais, l’intervention de la Ville est gratuite lorsque le tag est accessible et que le nettoyage ne risque pas de dégrader le support. Le fait d’apposer un tag reste toutefois un acte de vandalisme. En cas de dommage léger, la sanction peut aller jusqu’à 3 750 € d’amende et un travail d’intérêt général. En cas de dommage important, les peines peuvent atteindre deux ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende. L’affichage sauvage peut également donner lieu à une contravention, à laquelle peuvent s’ajouter des frais de nettoyage, notamment 11 € par sticker et 32 € par affiche.

2020-2026, 2027, 2028 ?… Deux-roues, vélos, trottinettes : le point aveugle des incivilités rennaises
À ces incivilités classiques s’ajoute désormais un autre sujet de crispation dans l’espace public rennais : les comportements dangereux, violents, injurieux ou indélicats de certains conducteurs de deux-roues, vélos, trottinettes et autres engins à deux ou trois roues. Circulation sur les trottoirs, vitesse excessive dans les zones piétonnes, feux grillés, refus de priorité, stationnements anarchiques, slaloms entre piétons, scooters bruyants ou conduites agressives nourrissent un sentiment d’insécurité très concret, en particulier chez les personnes âgées, les enfants, les personnes en situation de handicap et les piétons les plus vulnérables.
Il aura fallu de très longs mois mois pour que la Ville de Rennes reconnaissent ce problème et lance, en juin 2025, la campagne « Ici, on partage la rue ». Son constat est explicite : entre piétons, trottinettes, cyclistes et automobilistes, la cohabitation devient plus difficile, les flux augmentent et les incivilités aussi. Rennes rappelle que le trottoir est réservé aux piétons, que les trottinettes doivent circuler sur les pistes cyclables lorsqu’elles existent, et que les vélos doivent adapter leur vitesse dans les espaces fréquentés. La question ne relève donc pas seulement de la mobilité douce, mais bien de la tranquillité publique. Dix mois après, les résultats de cette campagne semblent quasi nuls. Les incivilités continuent à se propager.
Ce point est essentiel pour comprendre le décalage entre le bilan administratif de la Brigade anti-incivilités et le ressenti d’une partie des habitants. Une ville peut verbaliser davantage les dépôts sauvages ou le stationnement gênant tout en laissant progresser, dans l’expérience quotidienne des piétons, l’impression factuelle d’une rue plus confuse, plus rapide et moins sûre. L’explosion des usages du vélo, de la trottinette et des deux-roues motorisés transforme l’espace public. Lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’un respect strict des règles, cette mutation produit une nouvelle forme d’incivilité, moins spectaculaire qu’une agression, mais répétée, irritante et parfois dangereuse.
Or, à ce stade, la réponse municipale tarde toujours à prendre la mesure de la situation. Parce que de nombreux écologistes siègent dans la majorité ? Et jusqu’à quand Rennes continuera-t-elle à dépenser des l’argent dans des compagnes de communication et de pédagogie aux résultats visiblement médiocres ? La campagne « Ici, on partage la rue » rappelle des règles utiles, mais elle ne constitue pas, à elle seule, une politique de régulation. Malgré une demande croissante, aucun dispositif fortement lisible de contrôle, de sanction ou de présence dédiée ne paraît avoir été adopté pour répondre spécifiquement aux conflits d’usage liés aux vélos, trottinettes et deux-roues dans les zones les plus sensibles. Le risque est donc que le problème demeure traité à la traîne, alors même qu’il touche directement au bien-être urbain, à la confiance des piétons et à la capacité de chacun à se déplacer sans tension.
Ce sujet est politiquement d’autant plus sensible que la majorité municipale reconduite a paradoxalement fait de la transformation des mobilités l’un de ses marqueurs. Le développement du vélo, la réduction de la place de la voiture et l’apaisement de la ville peuvent répondre à des objectifs environnementaux légitimes. Mais une politique de mobilité ne peut être durablement acceptée si elle donne le sentiment de remplacer une domination par une autre. Le piéton ne doit pas devenir la variable d’ajustement d’une ville convertie aux mobilités actives. Une ville réellement apaisée suppose que la priorité aux plus vulnérables soit effectivement respectée, et pas seulement affichée.
La question est donc simple : Rennes veut-elle seulement promouvoir le vélo ou veut-elle aussi organiser rigoureusement sa cohabitation avec les autres usages ? Marquage au sol plus clair, contrôles ciblés dans les zones piétonnes, sanctions contre les circulations sur trottoirs, médiation dans les secteurs de forte tension, limitation effective des vitesses, verbalisation des stationnements gênants de deux-roues et insultes proférés par des chauffards à l’encontre d’un piéton ; hier encore, c’est une femme enceinte qui a manqué de se faire percuter par un vélo qui ne voulait pas décélérer à l’approche du passage piéton de la passerelle Saint-Germain, au lieu de s’excuser, le chauffard est reparti en faisant un doigt d’honneur – la classe bienveillante…) et campagnes répétées auprès des usagers pourraient constituer un socle minimal. Sans cela, le sentiment d’abandon des piétons risque de progresser, notamment chez les habitants qui ne se reconnaissent plus dans une rue devenue trop rapide, trop dense, trop nerveuse. Et les rixes ne manqueront pas d’augmenter.
Cité Zen : signaler une anomalie dans l’espace public
La Ville et la Métropole disposent également d’un outil de signalement citoyen désormais présenté sous le nom de Cité Zen. Il permet aux habitants de signaler une anomalie constatée dans l’espace public afin de déclencher une intervention ou une orientation vers le service compétent. Les signalements peuvent concerner la voirie, l’éclairage public, la propreté, les espaces verts, les tags, les déchets, le mobilier urbain, le stationnement, le bruit ou la tranquillité publique.
Les signalements peuvent être effectués en ligne, via l’application mobile « Ici Rennes, Ville et Métropole », ou par téléphone au 02 23 62 10 10, de 8h30 à 17h30 en semaine et de 9h à 12h30 le samedi. Grâce à la géolocalisation et à l’envoi de photographies, l’application permet de documenter précisément les situations. La demande est ensuite transmise au service compétent, avec un suivi de traitement.
Le dispositif remplace ou prolonge l’ancien nom RenCitéZen, mentionné dans les communications précédentes. Il constitue l’un des relais utiles pour les habitants, mais ne remplace pas les procédures d’urgence. En cas de danger immédiat, de trouble grave ou de situation nécessitant une intervention policière ou de secours, il convient naturellement de contacter les services d’urgence compétents.

Un outil utile, mais insuffisant face au sentiment de dégradation
La Brigade anti-incivilités répond à une attente réelle d’une partie des habitants, régulièrement confrontés à des trottoirs encombrés, des dépôts sauvages, des stationnements dangereux ou des nuisances récurrentes. Elle matérialise une présence municipale visible dans l’espace public, entre médiation, rappel à la règle et sanction. C’est précisément cette présence qui constitue l’un des enjeux politiques du dispositif.
Mais la BAI ne peut pas, à elle seule, résoudre toutes les tensions de la ville dense. Les incivilités ne relèvent pas seulement de comportements individuels. Elles croisent des questions d’organisation urbaine, de collecte, de saturation de certains quartiers, de vie nocturne, de précarité, de mobilités et d’accès aux services. La sanction peut donc être nécessaire, notamment face aux dépôts sauvages répétés ou aux stationnements mettant en danger les piétons et les cyclistes, mais elle ne peut suffire. Le traitement durable de ces problèmes suppose aussi des équipements accessibles, une information claire, une présence humaine, des solutions de collecte adaptées et une capacité d’intervention rapide.
Le bilan 2024 montrait déjà que la BAI verbalisait d’abord le stationnement gênant, loin devant les autres incivilités. L’actualisation 2025-2026 confirme que la propreté urbaine et les dépôts sauvages sont devenus un autre front prioritaire. La nouveauté réside moins dans la création d’une nouvelle mission que dans le durcissement progressif des réponses, avec une sanction financière plus complète en cas de récidive. Reste désormais à savoir si la Ville publiera un nouveau bilan chiffré permettant d’évaluer l’efficacité du dispositif sur la durée.
Surtout, l’écart persiste entre le bilan administratif et le vécu quotidien d’une partie des Rennais. Beaucoup ne jugent pas l’état de leur ville à partir du nombre de procès-verbaux dressés, mais à partir de ce qu’ils éprouvent en sortant de chez eux : trottoirs encombrés, tags récurrents, poubelles débordantes, nuisances nocturnes, vélos ou trottinettes surgissant dans les zones piétonnes, scooters bruyants, conflits d’usage permanents. De ce point de vue, une brigade anti-incivilités peut être utile sans être encore suffisante. Elle peut sanctionner des infractions sans modifier immédiatement le climat urbain.
Deux ans après sa création, la BAI a rendu la sanction plus visible, notamment contre les dépôts sauvages et le stationnement gênant. Mais elle ne suffit pas à dissiper le sentiment d’une dégradation du cadre de vie. Celui-ci se nourrit aussi d’autres phénomènes : comportements agressifs ou dangereux de certains deux-roues, vélos et trottinettes, conflits d’usage dans les zones piétonnes, saturation de l’espace public, nuisances sonores, trafics visibles ou propreté insuffisante. À Rennes, la question des incivilités ne se résume donc plus aux déchets abandonnés ou aux voitures mal garées. Elle touche désormais à la manière même dont les habitants partagent — ou ne parviennent plus à partager — la rue.
Chiffres clés disponibles
- 1er janvier 2024 : mise en service de la Brigade anti-incivilités à Rennes ;
- 16 agents mentionnés dans une fiche de recrutement Rennes Métropole en 2026 ;
- près de 6 000 verbalisations pour stationnement gênant en 2024 ;
- plus de 2 200 verbalisations contre les dépôts et jets sauvages en 2024 ;
- environ 200 interventions dans le cadre de la lutte contre les incivilités diverses en 2024 ;
- 135 € de contravention pour les dépôts sauvages, déjections canines, jets de mégots ou mictions sur la voie publique ;
- 150 € de coût forfaitaire d’enlèvement des dépôts sauvages, facturable en cas de récidive ;
- 30 000 m² de tags nettoyés chaque année par la Ville de Rennes ;
- 12 500 interventions annuelles environ pour l’effacement des tags ;
- 02 23 62 10 10 : numéro indiqué pour Cité Zen, du lundi au samedi selon les horaires du service ;
- juin 2025 : lancement de la campagne municipale « Ici, on partage la rue », consacrée à la cohabitation entre piétons, vélos, trottinettes et automobilistes.
Dessins : Inès en Gribouillis
Photo : La Brigade anti-incivilités fait du centre-ville et des quartiers prioritaires des lieux privilégiés de patrouille. Crédit : Arnaud Loubry / Rennes Métropole.
