À Chartres-de-Bretagne, le Carré d’Art de Pôle Sud accueille du 10 avril au 24 juin 2026 Wild Rose, l’exposition de Gabrielle Duplantier. Une proposition photographique d’une intensité rare, où le noir et blanc n’adoucit rien, mais creuse. Ici, le paysage ne sert pas de décor, le portrait ne cherche pas la pose, l’animal ne passe pas comme un simple motif. Tout semble surgir d’un monde à la fois proche et ensorcelé, comme si la photographe n’avait pas voulu documenter le réel, mais en réveiller la part fuyante, charnelle, secrète.
Photographe franco-américaine née en 1978, Gabrielle Duplantier développe depuis des années une œuvre puissante, enracinée dans les territoires proches, du Pays basque au Portugal, et dans une pratique du portrait qui touche moins à l’identité qu’à la présence. Avec ses livres Volta, Terres Basses et Wild Rose, tous publiés aux éditions lamaindonne, elle a imposé une écriture photographique immédiatement reconnaissable. Un noir et blanc dense, organique, parfois presque tellien, où les corps, les feuillages, les bêtes, les pierres et les visages semblent appartenir à une même matière sensible.

Le familier devenu trouble
Une grande partie de Wild Rose naît en 2020, au moment du repli imposé par la crise sanitaire. Gabrielle Duplantier se retire alors dans la maison familiale et décide de changer de vie. Ce contexte pourrait donner lieu à un travail d’époque, à une chronique du confinement, à une méditation sur l’enfermement. Or ce n’est pas du tout ce qu’elle fait. Elle choisit au contraire de regarder le proche comme une énigme retrouvée. Le familier devient instable, presque magique. Les arbres se nouent comme des forces anciennes, les enfants apparaissent dans une lumière d’avant le langage, les façades prennent l’allure de seuils, les animaux semblent chargés de messages obscurs.

Ce qui frappe dans Wild Rose, c’est cette capacité à faire basculer le monde visible vers autre chose sans jamais rompre avec lui. Gabrielle Duplantier ne quitte pas le réel, elle l’épaissit. Elle le rend plus troublant, plus poreux, plus habité. Il y a dans ses images quelque chose du conte, de la légende, du rite, mais aussi une profonde physicalité. La boue, l’écorce, la peau, le vent, les ombres, les masses végétales composent une géographie intérieure. Le paysage devient l’expression d’un état de l’âme, sans lourdeur symbolique, sans maniérisme.
C’est là que l’exposition se distingue. À l’heure où tant d’images veulent prouver, informer, légender, Wild Rose choisit la densité plutôt que le commentaire. Gabrielle Duplantier ne surligne rien. Elle laisse le regard entrer dans un espace de vibration, d’incertitude, de silence. Ses photographies ne sont pas faites pour être consommées d’un coup d’œil. Elles demandent un ralentissement, une disponibilité au trouble, une attention à ce qui affleure sans se livrer tout à fait.

Cette retenue fait leur force. On comprend pourquoi plusieurs critiques ont vu en elle une photographe de l’apparition. Son univers convoque quelque chose de primitif, de fantastique, de mélancolique parfois, mais sans jamais sombrer dans l’esthétisme noir pour lui-même. Il y a au contraire une tension très juste entre l’inquiétude et l’apaisement. Wild Rose n’est pas une œuvre de fermeture. C’est une réconciliation, mais une réconciliation grave, traversée d’ombres, conquise au contact du vivant.
Présentée dans le cadre du festival écocitoyen J’agis pour ma Planète, l’exposition trouve ici un ancrage pertinent, à condition de comprendre l’écologie non comme un discours, mais comme une relation sensible au monde. Chez Gabrielle Duplantier, la nature n’est pas un sujet extérieur. Elle est une force de liaison, un langage muet, une puissance de métamorphose.

Wild Rose Gabrielle Duplantier
Du 10 avril au 24 juin 2026
Carré d’Art / Pôle Sud, Chartres-de-Bretagne
Visite commentée vendredi 23 mai à 11 h
Entrée libre et gratuite
