Paris. Le musée Carnavalet consacre une exposition à Madame de Sévigné pour les 400 ans de sa naissance

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Madame de Sévigné. Lettres parisiennes Musée Carnavalet - Histoire de Paris  Paris
Madame de Sévigné. Lettres parisiennesMusée Carnavalet - Histoire de Paris Paris

Le musée Carnavalet – Histoire de Paris, au cœur du Marais, présente l’exposition Madame de Sévigné. Lettres parisiennes du 15 avril au 23 août 2026. Elle est consacrée à Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696), à l’occasion du 400e anniversaire de sa naissance.

L’exposition réunit plus de 200 œuvres — peintures, dessins, objets, lettres et pièces patrimoniales — issues des collections du musée Carnavalet, de grandes collections publiques françaises et étrangères, ainsi que de collections particulières.

Le parcours revient sur la vie parisienne de Madame de Sévigné au sein de l’hôtel Carnavalet, où elle vécut de 1677 à sa mort, en 1696. Il éclaire aussi l’extraordinaire postérité de sa correspondance, en particulier les lettres adressées à sa fille, Françoise-Marguerite de Sévigné, mariée en 1669 au comte de Grignan et installée en Provence. Cette œuvre épistolaire compte parmi les sommets de la littérature française. Elle constitue aussi un témoignage précieux sur les mœurs, les sensibilités, les sociabilités et les événements du Grand Siècle.

Conçue par le musée Carnavalet – Histoire de Paris, l’exposition s’attache à restituer Madame de Sévigné dans toute son épaisseur de femme de lettres, de Parisienne, de mère, de mondaine et d’observatrice aiguë de son temps. Elle ne se limite donc pas à l’image scolaire de la « grande épistolière ». Elle montre aussi une femme insérée dans les réseaux sociaux, littéraires et politiques du XVIIe siècle, attentive aux mutations d’une capitale en pleine transformation.

Le parcours explore ainsi plusieurs dimensions de son univers : la postérité de son image dans l’imaginaire collectif, la place des femmes dans le Paris classique, la culture galante, la vie des salons, la distance critique qu’elle entretient vis-à-vis de la cour de Louis XIV, mais aussi le quotidien à l’hôtel Carnavalet, alors demeure aristocratique avant de devenir, bien plus tard, le musée de l’histoire de Paris.

Madame de Sévigné

Marie de Rabutin-Chantal, une femme du Marais devenue classique

Marie de Rabutin-Chantal naît le 5 février 1626 à Paris, place Royale — l’actuelle place des Vosges — à l’hôtel Coulanges, chez ses grands-parents maternels. Baptisée le lendemain à l’église Saint-Paul, elle perd très tôt ses parents : son père, Celse-Bénigne de Rabutin, meurt alors qu’elle est encore enfant ; sa mère, Marie de Coulanges, disparaît en 1633. Orpheline très jeune, elle est élevée dans un milieu cultivé qui lui assure une éducation particulièrement soignée, rare pour une femme de son temps.

Cette formation, alliée à une vive intelligence et à un art très sûr de la conversation, contribue à faire d’elle l’une des figures les plus brillantes du XVIIe siècle français. Sa vie ne se résume pourtant ni à l’esprit des salons ni à la grâce mondaine. Sa correspondance laisse apparaître une personnalité plus complexe : sensible, énergique, ironique, attentive aux soubresauts de l’histoire comme aux nuances du cœur.

En 1644, à dix-huit ans, elle épouse Henri de Sévigné, gentilhomme breton lié à Vitré et à l’Ille-et-Vilaine. De cette union naissent deux enfants : Françoise-Marguerite, en 1646, puis Charles, en 1648. Le mariage est malheureux. Henri de Sévigné mène une vie dissipée et meurt en duel en 1651. Veuve à vingt-cinq ans, Marie de Sévigné ne se remarie pas. Elle conquiert alors une forme de liberté rare, qui lui permet de mener sa vie entre Paris, la Bretagne et, plus tard, la Provence.

Elle s’installe à plusieurs reprises dans la capitale avant de trouver à l’hôtel Carnavalet, en 1677, un lieu à sa mesure. C’est là qu’elle vit une part essentielle de sa maturité, au sein de ce quartier du Marais qu’elle n’a, au fond, jamais cessé d’habiter symboliquement. Cette proximité entre une femme, une œuvre et une demeure donne aujourd’hui à l’exposition une résonance particulière.

Le grand arrachement de sa vie demeure toutefois le départ de sa fille. En 1669, Françoise-Marguerite épouse François Adhémar de Monteil, comte de Grignan, nommé lieutenant général en Provence. Lorsqu’elle quitte Paris en 1671 pour rejoindre son mari, Madame de Sévigné entre dans une nouvelle existence, désormais scandée par l’absence. De cette séparation naît l’une des plus célèbres correspondances de la littérature française.

Dans ses lettres, la marquise parle de tout : de la santé, de la cour, des affaires, des scandales, des deuils, des rumeurs, des livres, des sermons, des paysages, des émotions les plus intimes. Elle invente surtout une voix. Une voix souple, vive, mobile, capable de mêler l’observation sociale à la tendresse, le trait d’esprit à la douleur, l’anecdote à la méditation. C’est cette écriture, à la fois libre et tenue, familière et admirablement composée, qui a traversé les siècles.

Françoise de Sévigné
Françoise-Marguerite de Sévigné, comtesse de Grignan

Cette relation mère-fille, si intense, n’est pas exempte d’ambivalence. L’amour maternel y apparaît absolu, parfois inquiet, parfois débordant, toujours habité par le désir de vaincre la distance. C’est aussi ce qui fait la force singulière de ces lettres : elles sont tout ensemble document historique, œuvre littéraire et laboratoire d’une subjectivité féminine moderne.

À partir des années 1670, Madame de Sévigné connaît aussi divers problèmes de santé et effectue des séjours hors de Paris, notamment à Vichy. En 1694, elle quitte définitivement la capitale pour se rapprocher de sa fille. Elle meurt le 17 avril 1696 au château de Grignan. Sa disparition ne met pas fin à sa présence. Ses lettres, d’abord conservées dans le cercle familial, sont publiées au XVIIIe siècle et entrent progressivement dans le patrimoine littéraire français.

Les lettres de Madame de Sévigné, adressées à sa fille comme à ses proches, sont devenues un classique de la littérature française autant qu’une source majeure pour comprendre la société du XVIIe siècle.

Leur publication fut progressive et parfois imparfaite. Des éditions partielles paraissent d’abord au début du XVIIIe siècle. En 1734, sa petite-fille Pauline de Simiane contribue à une publication plus ample, qui participe à faire entrer la correspondance de la marquise dans la postérité littéraire. Depuis lors, Madame de Sévigné n’a cessé d’être lue, commentée, éditée et réinterprétée.

Une exposition pour relire Paris à travers une femme

Avec Madame de Sévigné. Lettres parisiennes, le musée Carnavalet ne rend pas seulement hommage à l’une de ses plus illustres habitantes. Il propose aussi une traversée du Paris du XVIIe siècle à hauteur de femme, d’écriture et de regard. C’est là tout l’intérêt de cette exposition : faire apparaître, derrière la figure canonique de l’épistolière, une conscience vive, mobile, urbaine, qui saisit son temps dans ses éclats, ses troubles et ses raffinements.

On y retrouve Madame de Sévigné comme autrice, bien sûr, mais aussi comme témoin d’une capitale en mutation, comme femme de réseau, comme veuve indépendante, comme mère passionnée, comme observatrice du pouvoir et comme présence familière du Marais. Une manière de rappeler que les grandes œuvres ne naissent pas hors du monde, mais dans ses tensions, ses fidélités et ses absences.

Infos pratiques

Exposition Madame de Sévigné. Lettres parisiennes
Du 15 avril au 23 août 2026
Musée Carnavalet – Histoire de Paris, 23 rue de Sévigné, 75003 Paris

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h
Fermeture des caisses à 17h30
Fermeture le lundi et certains jours fériés

Tarif plein : 15 €

Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.